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Métam-Sodium : interrogation sur les alternatives

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Si des solutions alternatives au métam-sodium existent, la plupart se révèlent plus chères ou moins efficaces. Des producteurs demandent une augmentation des budgets dédiés à l’expérimentation.

La décision de l’Anses d'interdire le métam-sodium relance la recherche de méthodes de substitution pour la désinfection des sols, cette dernière étant une obligation européenne pour certaines cultures. « Certaines plantes ont des exigences fongiques, d’autres liées aux nématodes [des vers qui attaquent les racines des plantes] », explique Cyril Pogu, maraîcher nantais et vice-président de Légumes de France (FNSEA). « La carotte, les plans de fraises et d’asperges sont soumis à une réglementation européenne qui oblige à avoir un passeport sanitaire. Produire des plans de fraises et d’asperges, qui sont sujets aux nématodes, exige d’avoir un passeport sanitaire qui ne peut exister que s’il y a eu désinfection du sol », explique celui qui travaille également avec le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes) et l’Arelpal (Association régionale d’expérimentation légumière des Pays de la Loire).

Des solutions pas forcément identiques selon les cultures

« On va évidemment nous parler d’impasses techniques comme à chaque fois qu’on retire un pesticide, c’est un mensonge, estime pour sa part Emmanuel Aze, représentant de la commission fruits et légumes de la Confédération paysanne, après la décision de l’Anses. 98 % des usages de pesticides ont des alternatives, mais, c’est vrai, à des coûts de production ou des rendements moins bons que le recours au pesticide correspondant », ce qui justifie pour lui l’instauration de «prix minimum d’entrée», afin de limiter la concurrence de pays utilisant toujours les produits pesticides interdits en France.

Dans le cas du métam-sodium, des alternatives existent mais ne sont pas forcément les mêmes selon les cultures. La « désinfection à la vapeur », utilisée par les producteurs avant la mise en place de solutions chimiques, « est une solution alternative mais le coût actuel d’achat du matériel et de l’énergie fait que ce n’est pas une solution durable », estime Cyril Pogu. La machine elle-même s’achèterait ainsi autour de 150 000 euros, sans compter le prix du fioul (5000 litres par hectare). Et la « vapeur pourrait être utilisée en mâche ou jeunes pousses mais ne conviendra pas forcément pour des fraises qui sont sur butes », indique-t-il.

Un appel à projet rejeté l’année dernière

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Il existe également une technique de désinfection « par solarisation » qui consiste à bâcher le sol pendant 8 à 10 semaines et à se servir du soleil pour atteindre au moins 300 heures au-dessus de 50 degrés. Inconvénient : « Cela marche très bien à Marseille pour le plein champ et les serres, cela peut marcher à Nantes dans les serres, mais en Normandie cela marche ni dans les serres, ni dans le plein champ », résume Cyril Pogu. Et en comptant la remise en état des sols, « c’est trois mois de blocage de l’outil de production donc compliqué économiquement », indique-t-il. Enfin, il est également possible d’utiliser des principes d’engrais vert avec des plantes assainissantes, en plantant par exemple entre deux cultures, de la moutarde. Celle-ci comporte naturellement du MITC, le principe actif du métam-sodium, mais à des niveaux bien inférieurs. Une méthode combinatoire « plus ou moins efficace », juge Cyril Pogu.

« Aujourd’hui nous n’avons pas d’alternatives viables, résume-t-il. C’est pour cela que nous avons besoin d’un vrai soutien pour faire de l’expérimentation de manière beaucoup plus large que ce qui se fait aujourd’hui. » Un appel à projet avait ainsi été déposé l’année dernière par l’Arelpal auprès de l’organisme FranceAgriMer, portant spécifiquement sur la recherche d’alternatives aux produits à base de métam-sodium. « Mais il n’avait pas été retenu comme étant pertinent », ironise Cyril Pogu. « Nous l’avons redéposé cette année, avec l’actualité il ne peut qu’être pertinent », estime-il.

Produire des plans de fraises et d’asperges exige d’avoir un passeport sanitaire

L'alternative «par solarisation» fonctionne à Marseille mais pas en Normandie