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Mexique : une loi sur l’étiquetage nutritionnel conçue pour lutter contre l’obésité

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Dans le cadre de sa lutte contre l’obésité, l’État fédéral mexicain impose depuis décembre l’incorporation d’un logo d’avertissement sur les étiquettes des aliments transformés riches en sucres, graisses ou sodium. Les groupes Mondelez, Danone et Lala, parmi d’autres, ont été rappelés à l’ordre.

Au Mexique, plus de 70 % des adultes souffriraient de surpoids ou d’obésité ; tout comme 30 % environ des adolescents et des enfants, des taux parmi les plus élevés au monde. Et le pays recense plus de 10 millions de diabétiques. Un problème qui pèse lourdement sur le système de santé publique, d’autant plus en période de pandémie.

La nouvelle loi mexicaine sur l’étiquetage des aliments transformés, homologuée le 1er octobre et appliquée depuis le 1er décembre dernier, rend obligatoire la présence d’un nouveau logo sur les emballages d’aliments et de boissons non alcoolisées, aussi bien locaux qu’importés. Ce logo octogonal sur fond noir doit porter l’inscription « excès de sucre », « excès de sodium » ou « excès de graisses saturées », sur la partie frontale de l’emballage, lorsque leur dose est jugée dangereuse pour la santé, en particulier pour celle des jeunes.

Dès le 14 octobre, l’autorité mexicaine de défense du consommateur (Profeco) a montré les dents en ordonnant le retrait du marché de 23 fromages de 19 marques différentes, jugeant leur présentation « trompeuse et préjudiciable ». Les groupes Danone, Mondelez, Lala, visés parmi d’autres groupes internationaux, « par surprise » selon un communiqué de Mondelez, ont dû rappeler les lots concernés et procéder à la modification de l’étiquetage, avant de pouvoir remettre leurs produits à la vente.

Le fromage Philadelphia montré du doigt

La Profeco a notamment accusé Mondelez de tromperie avec son fromage Philadelphia. Notons que l’accusation de la Profeco n’a pas porté sur le non-respect de l’étiquetage du nouveau logo obligatoire, mais sur la dénomination des produits laitiers concernés. « Divers produits qualifiés de fromage ou de yaourt nature ne sont pas conformes aux nouvelles normes. Ils portent la légende “100 % lait”, sans l’être, contenant des ajouts de graisses végétales », s’est plaint la Profeco. Une critique, jugée « infondée » par le groupe américain, « laquelle a nui à la réputation de [sa] marque ».

Interrogé à la mi-janvier par Agra Alimentation, le directeur de la communication de la Profeco, José de Jesús Montaño Barragán, assure que « cette nouvelle loi sur l’étiquetage est déjà respectée sur l’ensemble du territoire mexicain, non seulement en GMS, mais aussi dans les superettes de coin de rue ».

Une loi progressivement renforcée

Les nouvelles exigences seront mises en œuvre en trois phases : d’abord du 1er décembre 2020 au 1er octobre 2023, puis jusqu’au 1er octobre 2025, date à partir de laquelle débutera la troisième phase.

Actuellement, les avertissements octogonaux noirs doivent être apposés sur l’emballage des aliments et des boissons dans les cas suivants. Pour les solides, le seuil établi pour indiquer un excès de calories est égal ou supérieur à 275 kcal pour 100 g de produit ; l’avertissement concernant l'excès de sucres est obligatoire lorsque 10 % au moins des calories proviennent des sucres libres ; le logo de l’excès de graisses saturées doit être affiché quand 10 % au moins des calories en proviennent ; et quand 1 % au moins des calories sont issues de graisses trans ; enfin, le seuil déterminant un excès de sodium a été fixé à partir de 350 mg, et qui sera abaissé à 300 mg à partir de la mi-2023.

La loi mexicaine prévoit également deux autres logos : « Contient des édulcorants, non recommandés pour les enfants » et « Contient de la caféine, non recommandée pour les enfants » ont d’ores et déjà été rendus obligatoires.

Le Mexique est l’un des rares pays (avec la France notamment, depuis 2012) à imposer une taxe couramment appelée « soda », sur les boissons sucrées. Et depuis août dernier, la vente de celles-ci aux mineurs est interdite dans l’État de Oaxaca, pionnier en la matière, et déjà suivi par les États de Sonora et la ville de Mexico, qui ont adopté cette mesure.