Au milieu d’une semaine passée avec son cabinet délocalisé à Bruxelles, le ministre de l’Agriculture est venu à Paris expliquer à la presse ses grands chantiers 2008 : parmi eux, la diplomatie active qu’il mène pour préparer la présidence française et la réflexion sur la Pac 2013, la politique agroalimentaire et une refonte des structures du ministère pour une meilleure prise en compte des enjeux de l’alimentation.
C’est dans un « état d’esprit volontariste » que Michel Barnier aborde 2008 car il ne veut pas manquer ce rendez-vous que d’aucuns ont signalé en parlant du « grand retour de l’agriculture ». Quelques signes ne trompent pas : le rapport de la Banque Mondiale, le Sommet de Davos s’en préoccupent, et la commission Attali elle-même a évoqué le secteur agro-industriel comme un des atouts stratégiques pour notre croissance, s’est félicité le ministre en recevant la presse la semaine dernière.
Infléchir la Pac
D’où l’ambition qui est la sienne de construire une « nouvelle politique alimentaire, agricole et rurale » (on notera l’ordre des facteurs !), y compris au niveau européen, puisque l’heure est à la rénovation de la Pac.
Ce sera bien sûr l’un des grands chantiers de Michel Barnier quand arrivera la présidence française de l’Union. Et il l’anticipe avec une active « diplomatie agricole » qu’il estime déjà entamée depuis le début de sa tournée des capitales européennes et avec cette délocalisation plus que symbolique, tout au long de la semaine dernière, de son cabinet à Bruxelles. « C’est avec une majorité qualifiée qu’il faut désormais construire », dit-il, et, face à l’approche qu’a donnée la Commission du bilan de santé de la Pac, Michel Barnier cherche à déplacer les lignes et à rallier le maximum de pays partenaires. Ses priorités en la matière, qu’il soumet actuellement à débat au sein des Chambres d’agriculture, sont au nombre de quatre :
– adapter les instruments de la Pac à la nouvelle volatilité des marchés en maintenant des outils de gestion efficaces et en responsabilisant les opérateurs dans la stabilisation des marchés ; ceci suppose une évolution juridique qui les sécurise par rapport au droit de la concurrence (cf. encadré sur le Mémorandum envoyé à Bruxelles), et la création d’un système de gestion des risques climatiques en prélevant sur les aides Pac,
– soutenir les territoires fragiles et le bio en prélevant là aussi sur les aides du « premier pilier »,
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– limiter le transfert vers la politique de développement rural,
– anticiper 2013 en ouvrant le débat sur la légitimité et la répartition des soutiens.
Cinq priorités assignées à Philippe Rouault
La « politique agroalimentaire », qui figure en bonne place dans les 19 chantiers ouverts par Michel Barnier, justifie qu’ait été reconduite la Délégation interministérielle aux IAA et à l’agro-industrie, avec des missions qui ont été recentrées en lien avec le ministère de l’Economie. Cinq priorités sont ainsi assignées au nouveau Délégué, Philippe Rouault : renforcer la contractualisation entre l’agriculture et les entreprises agroalimentaires pour maintenir dans les territoires l’activité et l’emploi ; soutenir l’innovation et faciliter l’accès des PME aux résultats de la recherche et les incitant à y investir ; soutenir l’exportation et l’internationalisation des IAA ; intégrer les questions de santé et d’environnement dans les stratégies des entreprises ; développer l’emploi et améliorer l’attractivité des métiers. Le « Partenariat » version 2008 doit préparer en ce sens des programmes d’action pour consolider la place stratégique des IAA dans l’économie et pour élaborer la contribution française à la réflexion qu’a lancée la Commission européenne A travers le « groupe de haut niveau » créé par le commissaire à l’industrie et aux entreprises - cf Agra alimentation n° 1996 du 22.11.07, p.10 en vue d’un plan de compétitivité à concrétiser en 2009.
Une sous-direction des IAA
Michel Barnier a aussi l’intention de donner plus de visibilité aux enjeux alimentaires de son action en remodelant les structures de son ministère. Dans le nouvel organigramme qui est en préparation pour la mi-2008, il entend créer une sous-direction des IAA au sein de la Direction générale de l’économie et des territoires (ex-DGPEI). De son côté, la DGAL revoit son organisation pour mieux mettre en avant la dimension « alimentation » dans ses services : à l’échelon régional, une direction de l’alimentation et de la sécurité alimentaire bâtie autour des missions des services vétérinaires, et dans les départements, un regroupement de tous les contrôleurs de la sécurité alimentaire, DDSV, DDCCRF et DDASS (pour le secteur de l’eau).
Le tout justifierait l’intitulé dont semble rêver Michel Barnier qui ne cesse de parler, toujours dans cet ordre, du « ministère de l’alimentation, de l’agriculture, de la forêt et de la pêche ».