L'initiative « BON et Bien » développée par trois chefs d'entreprise du Nord-Pas de Calais avec les soutiens d'agriculteurs et de la Banque Alimentaire, a séduit Michel Edouard Leclerc. « Je veux que l'on en fasse un combat d'enseigne et que nos 600 chefs d'entreprise participent désormais à un véritable puzzle d'initiatives », a-t-il déclaré lors du lancement officiel des premières soupes le 28 mai dernier à Templeuve (59). De son côté, Dirk Van de Put, patron de McCain Foods, veut développer ce modèle d'innovation sociale dans les usines du groupe à travers le monde.
La réflexion sur la lutte contre le gaspillage n'est pas forcément corrélée à l'aide « alimentaire ». Pour le patron des 600 centres Leclerc, le lancement des soupes « BON et Bien » à Templeuve (59) ne pouvait pas mieux tomber à l'issue du débat parlementaire sur la lutte contre le gaspillage alimentaire qui s'est tenu quelques jours plus tôt à l'Assemblée nationale. Un débat qu'il a d'ailleurs qualifié de « surréaliste ».
« Leclerc est devenu un des grands pourvoyeurs des réseaux d'aide alimentaire, puisqu'avec 20 000 t/an (…), notre enseigne figure parmi les plus gros contributeurs », a confirmé Michel Edouard Leclerc tout en relativisant la responsabilité des GMS sur le gaspillage, suivant en cela les positions prises par la FCD quelques jours plus tôt. « Si les GMS ne sont responsables que de 5% des volumes gaspillés, les plus gros vecteurs du gaspillage demeurent les ménages et la restauration collective », a-t-il rajouté.
80 000 LITRES DE SOUPES/AN
La mise en rayon des trois premières soupes « BON et Bien » dans le Leclerc de Templeuve matérialise ainsi l'aboutissement d'une démarche initiée depuis 2 ans par trois chefs d'entreprise du Nord-Pas de Calais avec le soutien de la Banque Alimentaire et de producteurs agricoles (Agra Alimentation du 14 octobre 2014). Jean Bernou, CEO de McCain Europe Continentale, assisté de Lucile Celisse, vice-présidente « retail et communication », François Beharel, patron de Ranstad France, dont le groupe hollandais pointe à la deuxième place mondiale des groupes d'interim, accompagné de Thomas Pocher, propriétaire des trois magasins de la métropole lilloise (Wattrelos, Lille-Fives et Templeuve) ont ainsi lancé officiellement la commercialisation des trois premières soupes le 28 mai dernier à Templeuve (59).
« BON et Bien » est une initiative qui s'attaque au problème du gaspillage alimentaire par le biais de l'insertion de personnes en grande difficulté. Cette petite entreprise (une SAS dans laquelle chacun des 3 fondateurs a mis 100 000€ et qui a bénéficié de 30 000€ d'aides de l'Etat) achète des écarts de triage. Ce sont des légumes hors calibre ou présentant des défauts visuels, mais parfaitement sains sur un plan de la qualité nutritionnelle.
Ces légumes (pommes de terre, carottes, oignons, betteraves, tomates, endives, fraises et poireaux) sont collectés dans une dizaine de sites et ramenés au magasin Leclerc de Templeuve. Là, ils sont épluchés, lavés et traités dans un laboratoire de 200 m2 spécialement aménagé pour cette opération où est installée la ligne de production de soupes en bocaux.
Objectif de la première année : une production de 80 000 litres de soupes. Le seuil de rentabilité ? « Il suffit d'approvisionner les rayons de deux magasins et nous deviendrons rentables », précise Jean Bernou.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L'initiative de ce « social business » lui revient entièrement. Il a pris modèle sur une expérience développée en Colombie par le groupe (CampoVivo), placée sous le parrainage du prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus.
MONTER UN RÉSEAU D'INITIATIVES
Les partenaires associés dans cette co-création en sont convaincus : leur projet doit être reproductible et pérenne. « C'est un modèle innovant. On va créer un deuxième atelier, puis un troisième… », lance, très enthousiaste, Jean Bernou.
Les cinq salariés embauchés (dont deux en CDI) n'ont pas vocation à rester salariés de la SAS. Ils doivent pouvoir reprendre une activité professionnelle, laissant ainsi la place à d'autres… dans une sorte de cercle vertueux destiné à remettre le pied à l'étrier à d'autres demandeurs d'emploi.
« Ce que vous avez initié, on va le démultiplier sur le territoire ! », a affirmé de son côté Michel Edouard Leclerc qui veut en « faire un combat d'enseigne et nourrir la promesse sociale de cette dernière ». Il a d'ailleurs demandé à Thomas Pocher de rejoindre le comité stratégique national pour développer toutes les actions de développement durable sur la base des expériences lancées depuis 2008 dans ses trois magasins.
Quant au hollandais Dirk Van de Put, p.-d.g. de Mc Cain Foods, il a annoncé à Templeuve qu'il « démultiplierait ce modèle d'innovation sociale dans les usines McCain du monde entier ».