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Michèle Boudoin, président de la FNO : « Je continue à travailler comme mon prédécesseur »

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Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO) depuis 2015, revient sur l'assemblée générale du syndicat, qui s’est tenue les 21 et 22 avril à Saint-Malo : contractualisation, loup, Pac, segmentation de la viande, mention d’origine… Les éleveurs d’ovins ont encore du pain sur la planche.

Vous avez pris la présidence de la Fédération nationale ovine l’année dernière. Vous êtes une femme, présidente d’un syndicat d’élevage et non issue du milieu agricole. C’est rare…

Je travaille au nom des éleveurs. Je n’ai jamais eu de souci. Cela ne veut pas dire pour autant que les échanges ne sont pas animés ! J’avais 26 ans quand je suis retournée à l’école étudier l’agriculture. Je venais de la fonction publique. C’est en 1994 que j’ai intégré le conseil de la FNO. Je me suis installée en hors-cadre familial. J’avais besoin de trouver des partenaires, des gens avec qui échanger pour avoir des repères sur la production. Et j’ai trouvé des collègues assez ouverts. Les éleveurs de moutons ont tellement souffert ! Ils avaient souvent déjà un contact avec le monde hors agricole car le conjoint travaillait à l’extérieur ou l’éleveur exerçait lui-même un autre métier en parallèle. Cela leur donne un autre regard.

Comment avez-vous vécu cette première année en tant que présidente ?

Serge Préveraud, l’ancien président de la FNO, a instauré un réel esprit d’équipe. Il n’avait aucun état d’âme à déléguer. Je continue à travailler comme mon prédécesseur. Je pense être plutôt dans la continuité après avoir été longtemps secrétaire générale du syndicat. Il est vrai qu’une femme à la tête d’un syndicat d’élevage, ça change. Ce n’est pas commun. Avec mes collègues éleveurs d’ovins, je n’ai aucun problème. Dans d’autres productions, ils me respectent mais ne savent pas trop comment s’y prendre parfois ! Une de mes priorités, en tant que président, c’est de conserver un lien avec le terrain. Le syndicalisme doit revenir à la base et les informations remonter à notre niveau pour pouvoir argumenter devant les ministères.

Quels ont été les sujets abordés lors du congrès de la FNO à Saint-Malo les 21 et 22 avril ?

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Le seul signal que les éleveurs comprennent, c’est le prix ! Cela leur permet de se projeter sur leurs investissements et leur rémunération. Durant le congrès, nous avons parlé de contractualisation. 82 % des brebis sont déjà sous contrat. Seulement, cette contractualisation n’est pas allée au bout. Il manque le distributeur. Nous essayons donc d’imaginer des contrats tri-partites. Durant le Salon de l’agriculture, nous avons déjà rencontré dans ce sens tous les distributeurs, sauf… Leclerc qui ne nous répond ni par écrit, ni par téléphone. La PAC a été aussi l’un des sujets traités. En effet, les déclarations de surfaces 2016 sont déjà ouvertes alors que les éleveurs n’ont pas encore les résultats de celles de 2015 ! Et puis, il semblerait que le paiement de la Pac 2015 sera en juin pour le premier pilier‎ et seulement à l’automne pour le second pilier ! C’est une vraie discrimination pour notre élevage !

Et le loup ?

Cela a fait partie des sujets abordés lors de la venue du ministre de l’Agriculture ! Nous avons quand même des sujets de mécontentements vous remarquerez ! Pour autant, nous voulons être résolument optimistes. Nous avons un prix, des aides, une production qui a une bonne image sociale, des pays européens qui arrivent à travailler ensemble côté communication. Nous sommes en train d’anticiper sur la création d’une segmentation de la viande d’agneau avec du steak haché d’agneau, des boulettes d’agneau par exemple. Mais surtout, nous voulons que l’agneau soit de l’agneau et non pas du mouton. Dans ce sens, nous avons engagé une démarche auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Un de nos autres défis sera de faire rentrer l’agneau au moins une fois par trimestre dans les cantines scolaires. L’avantage que nous avons, c’est d’avoir une viande œcuménique et une production qui rentre parfaitement dans un système agro-écologique.

La production ovine devrait repartir à la baisse en 2016, selon le ministère

Avec une production prévisionnelle de plus de 5,2 millions de têtes, la production ovine française devrait décroître en 2016 (-1 %), « du fait de la baisse constatée fin 2015 des effectifs de brebis et agnelles ovin viande », prévoit le ministère de l’Agriculture dans une note parue le 15 avril. En 2015, la production s’était maintenue à 5,3 millions de têtes, et les carcasses avaient été légèrement supérieures à 2014, peut-être grâce au « climat doux et humide de 2015 propice à la pousse de l’herbe et à la réduction du coût de l’alimentation », propose le ministère. L’année 2015 avait été marquée par la baisse des importations (-7 %), notamment depuis le Royaume Uni et l’Irlande, mais aussi par un retour des importations de Nouvelle-Zélande après plusieurs années de repli. En Europe, les principaux pays européens prévoient une baisse du cheptel en 2016, notamment dans les pays du Sud, en Espagne (-3 %) en Grèce (-5 %) et en Roumanie (-2 %). Il n’y a pas de données communiquées pour le principal producteur européen, le Royaume-Uni.