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Microsoft, jeune acteur de la gestion des données en agriculture

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Présent au Forum international de la robotique agricole (Fira) à Toulouse le 11 décembre, Microsoft est un acteur récent dans l’agriculture via les services de gestion de données et d’intelligence artificielle qu’il développe pour les entreprises agroalimentaires ou les coops. Dans une interview, Claudia Rossler, directrice monde des solutions industrielles pour la chimie et l’agriculture, trace les grandes lignes de l’activité de l’entreprise américaine dans le secteur.

Dans sa dernière campagne publicitaire consacrée à l’intelligence artificielle, Microsoft met en avant l’agriculture. Quel rôle voulez-vous jouer dans le monde agricole ?

Microsoft est une société de plateforme et cela ne va pas changer. Nous voulons offrir les technologies de base comme l’intelligence artificielle, l’IOT [Ndlr : Internet des objets] ou la blockchain nécessaire aux industriels du secteur mais aussi à leurs partenaires qui construisent des services digitaux. Ce que cela veut dire, c’est que nous ne sommes pas dans la meilleure position pour travailler directement avec les agriculteurs. Nous avons des agronomes, nous avons une équipe qui examine les moyens d’être plus pertinent dans cette industrie. Mais nous travaillons avec des partenaires, qui construisent des solutions sur nos plateformes pour les industriels ou les agriculteurs.

Depuis quand l’agriculture est-elle un domaine qui intéresse Microsoft ?

Nous avons des équipes spécialisées sur certains de ces sujets depuis presque 15 ans. Je rencontre des entreprises agricoles ou agroalimentaires depuis plus de 8 ans. Et nous avons formalisé une approche officielle et industrielle dans les deux dernières années. En faisant des investissements et en construisant des équipes locales qui peuvent travailler avec des partenaires et des clients sur des sujets spécifiques.

Avez-vous un intérêt pour des domaines en particulier ?

Nous avons identifié des domaines où nous pensons que la technologie peut jouer un rôle important. Le premier, c’est la capacité à obtenir de meilleures données des exploitations. Autrement dit, trouver la meilleure combinaison entre les données des capteurs dans les champs, les données images, les données historiques pour être capable de les agréger et faire de la prédiction sur l’exploitation. Un autre exemple serait des services de conseil comme la modulation de la densité de semis, faire des recommandations pour de l’irrigation de précision, de la fertilisation.

Un autre domaine, c’est la traçabilité alimentaire. C’est une des principales demandes que nous recevons des entreprises, être capable de tracer les produits, non seulement d’où ils viennent mais aussi combien d’eau a été utilisée pour le produire, combien d’engrais… Être capable de mesurer leur durabilité. Il y a tout un domaine de notre activité qui consiste à pouvoir tracer tout, depuis la ferme jusqu’à l’assiette, mais également à travers les différentes entreprises qui travaillent entre elles dans la préparation des aliments.

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Le dernier sujet serait de sécuriser l’échange de données. Nous comprenons qu’il y ait beaucoup d’inquiétudes sur le fait de partager ces données avec une autre entreprise. Nous voulons créer des espaces sécurisés où vous pouvez consentir à ce que vous voulez partager et sous quelles conditions.

Sur combien d’applications concrètes travaillez-vous ?

C’est très dur à dire. Nous sommes une entreprise de taille mondiale avec des équipes locales. Nous avons plus de 5 000 personnes dans le monde qui travaillent sur l’intelligence artificielle, dont une équipe de 60 ingénieurs basée en Inde qui travaille sur les technologies de bases plus spécifiques au secteur agricole. Ensuite, les filiales travaillent avec les clients sur des projets précis. La meilleure manière de décrire ce que nous faisons, c’est que nous travaillons avec différents types d’entreprises. La première, ce sont les fournisseurs d’intrants, les firmes agrochimiques ou les producteurs de semences. Parce qu’ils ont beaucoup de besoins concernant les changements de pratiques. Ensuite, les fournisseurs d’équipements agricoles, les fabricants de robots agricoles. Et il y a aussi toutes les grandes coopératives agricoles, les gros producteurs. Ce sont les entreprises clés avec lesquelles nous travaillons.

RO

En agriculture, « nous avons formalisé une approche officielle et industrielle dans les deux dernières années »

Quelle présence en France ?

L’entreprise américaine est déjà bien présente en France dans le domaine agricole, notamment à travers les solutions cloud (espace de stockage et de traitement des données) qu’il fournit aux entreprises ou aux coopératives. « Nous avons des choses mais qui ne sont pas forcément visibles », précise ainsi Xavier Besseyre des Horts, Agritech Foodtech Program Manager à Microsoft France. C’est par exemple le cas de son cloud Azure, pour lequel Microsoft travaille notamment avec le groupe In Vivo. « Ils ont annoncé le 19 décembre qu’ils allaient baser tout leur plan de transformation digitale, notamment une plateforme de commercialisation de services et de produits, sur Azure », rappelle-t-il. « Isagri utilise des éléments d’Azure », précise aussi M. des Horts, en évoquant l’éditeur de logiciel gestion à destination du monde agricole. « Nous travaillons aussi avec des start-up, par exemple Copeeks qui va utiliser Azure et Smag qui va aussi s’en servir dans les mois à venir ». Via Microsoft Dynamics, une autre solution cloud, le géant américain est aussi présent dans la gestion de coopératives agricoles. « Nous avons développé avec TVH Consulting, un logiciel appelé Adax Coop, pour la gestion de toutes les formes de coopératives. Des coopératives comme Acolyance ou Cap Seine utilisent cette solution pour gérer leur relation avec leurs membres », détaille Xavier Besseyre des Horts. L’entreprise est enfin présente dans le monde du vin avec Primus Wine, utilisé par certains châteaux pour gérer leurs stocks ou leurs plans de vinification.