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Jeunes Agriculteurs Mieux informer les cédants pour installer

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Les Jeunes agriculteurs ont organisé la semaine du renouvellement des générations en agriculture à Pau, du 4 au 6 février 2014. Pour Joël Clergue, vice-président du syndicat en charge du dossier installation, il faut davantage accompagner les cédants et assurer un revenu aux jeunes pour relever le défi du renouvellement des générations.

La moitié des agriculteurs a plus de 50 ans, est-ce inquiétant ?

Oui, c'est inquiétant. Pour arriver à remplacer tout ce monde, il va falloir donner confiance aux jeunes pour reprendre ces exploitations. Ce n'est pas évident même si le métier est redevenu attractif et attire du monde.

Alors comment favoriser le renouvellement des générations ?

Par l'accompagnement, déjà par la formation, et pour la partie économique par la réalisation d'un bilan prévisionnel pour avoir un revenu. Mais il y a aussi l'idée de trouver des accompagnements financiers. Il y a bien sur l'Etat avec la DJA (dotation jeune agriculteur). Il y a aussi des choses qui se mettent en place, des cautionnements grâce aux collectivités locales ou des apports par des investisseurs. L'exemple du moment, qui montre la créativité que l'on peut avoir en agriculture, c'est Labéliance avec la Fédération nationale ovine (FNO) (1).

L'agrandissement des exploitations continue, ce qui les rend plus chères et donc plus difficile à reprendre. Comment lutter contre ce phénomène ?

Il y a la partie financière pour les jeunes, mais aussi une autre partie importante qui vise principalement les futurs cédants. Il faut anticiper la transmission, faire en sorte que les cédants se mettent non pas dans une démarche d'arrêt de leur activité, mais dans une démarche de progrès, de transmission. Ils doivent se projeter pour penser à un jeune qui va faire perdurer ce qu'ils ont construit. Il faut le faire assez tôt, sinon les gens se démobilisent et rendent leur exploitation non reprenable.

Mais c'est plus rentable pour les cédants de vendre un terrain soit pour la construction, soit pour l'agrandissement à des gens qui ont plus d'argent que les jeunes…

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Pour le côté constructible, on demande une commission de consommation des espaces agricoles (CDCOA) assez forte pour limiter l'impact de l'urbanisation sur le foncier, mais on ne peut pas empêcher quelqu'un qui a un terrain constructible de le vendre hors de l'agriculture. Par contre, nous avons des réponses contre l'agrandissement. Lorsque le cédant ne vend pas à un jeune, il se dit soit que son exploitation n'est pas viable, soit que le jeune ne sera pas financièrement solide pour le payer. On peut répondre à ces craintes avec des aides à la location du foncier par les collectivités. Après, les banques ne prêtent pas toujours assez aux jeunes. On a pensé à un outil, la dotation pour transmission installation : le futur cédant place de l'argent sur un compte défiscalisé puis il le prête à taux zéro au jeune qui va reprendre son exploitation. Cela amène des financements et concerne le futur cédant, qui est vraiment acteur de l'accompagnement du jeune. Nous avons aussi réfléchi à un parcours accompagnement du cédant. Des outils qui existent, comme le répertoire départ installation, ne sont pas forcément coordonnées avec les aides de l'Etat et des régions. Les gens ne savent pas ce qui existe, il y a un gros manque de communication. L'idée est de faire connaître et de présenter tous les outils qui existent déjà aux futurs cédants, pour les inciter à transmettre.

La loi d'avenir agricole, actuellement en discussion parlementaire, amène t-elle des améliorations pour l'installation ?

Il y a des choses nouvelles qui sont arrivées, notamment sur la partie contrôle des structures, qui permettraient de limiter l'agrandissement à tout va. Il y a aussi l'apparition du statut d'agriculteur, qui va nous permettre de dire qui est actif agricole ou pas, pour cibler les aides. Les financeurs n'auront pas droit aux aides, qui iront vraiment aux agriculteurs qui en ont besoin.

Certains craignent que ce statut empêche les jeunes qui ont des projets qui sortent des clous de bénéficier des aides…

Quand on s'installe, on a cinq ans pour avoir un revenu, c'est assez long. Un jeune qui s'installe a un projet de vie, un projet de famille aussi. Il faut que tous ceux qui s'installent aient un revenu pour vivre comme tout le monde dans la société. Si nous ne sommes pas exigeant sur le revenu, comment peut-on assurer la pérennité de nos exploitations ? La passion seule ne fait pas vivre.

* Labéliance, une société d'investissement, a lancé en mai 2013 un appel de fond de 20 millions d'euros, avec une fiscalité avantageuse, auprès de détenteurs de hauts patrimoines pour financer des projets de reprise d'exploitation innovants en production de viande ovine.