L’emprise de la ville sur les territoires périurbains a tendance à faire flamber les prix des terres agricoles. Au risque de les faire disparaître. Mieux utiliser les documents d’urbanisme constitue une piste pour limiter le grignotage de la ville sur la campagne. Mais elle n’est pas évidente, comme l’a montré le colloque de l’Inra organisé le 5 mai sur l’agriculture péri-urbaine.
Une proportion de « 40 à 45 % des exploitations agricoles se trouvent en zones urbaines ou périurbaines », a expliqué Jean Cavailhès, de l’Inra de Dijon, le 5 mai lors du colloque sur l’agriculture péri-urbaine organisé par l’Inra à Versailles. Problème de taille : cette proximité de la ville et de la campagne contribue à faire exploser les prix des terres agricoles. Car les propriétaires « anticipent des plus-values liées à l’urbanisation », a précisé le scientifique. Chercheur à l’Inra d’Avignon, Claude Napoleone a analysé les mécanismes d’urbanisation en Provence pour la région Paca, soucieuse de préserver un territoire qui devrait voir sa population progresser de 20 % dans les 20 prochaines années. Là-bas comme ailleurs, les élus ont eu tendance à privilégier la consommation d’espaces naturels puis de terres agricoles pour agrandir des villages devenus en 20 à 30 ans des communes urbanisées de 30 000 habitants. Intégré par les habitants, ce mode d’évolution « est un signal qui permet aux gens d’anticiper », a expliqué le chercheur. « Même si leur terrain est protégé au sein d’un plan d’occupation des sols, ils sont habilités à penser que la propriété qu’ils possèdent pourra bénéficier d’une plus-value », a-t-il poursuivi.
« Ecologiser » les documents d’urbanisme
Agrandir son exploitation ou s’installer agriculteur devient donc particulièrement compliqué dans certaines zones. Or, pour Claude Napoleone, « même dans les communes qui se disent saturées, il y a des espaces vacants, simplement en utilisant les endroits déjà prévus pour l’urbanisation ». Le scientifique a participé à la construction d’un outil d’analyse et de prospective dont le but est « d’écologiser » les documents d’urbanisme. Si les élus conservent ce cap dans leur politique d’aménagement du territoire, la région pourrait accueillir 20 % de nouveaux arrivants « sans perturber les espaces agricoles et naturels », estime le chercheur. Pour Claude Napoleone, « ce sont les politiques publiques qui permettent de baisser les tendances d’anticipation sur les prix ».
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A l’image de la Provence, les élus de l’agglomération de Montpellier se sont eux aussi récemment décidés à prendre à bras le corps la question de l’aménagement de leur territoire. Il faut dire que l’agglomération s’étendait en 2004 sur 10 000 ha au lieu de 1 000 en 1960, et que la densité d’habitants au km 2 n’a dans le même temps cessé de se réduire. « Cette consommation d’espace n’apparaissait pas durable », a observé Françoise Jarrige, chercheuse à Supagro Montpellier. Au moins parce que les espaces naturels et agricoles constituent l’un des éléments d’attractivité de la zone.
Le Scot ne fait pas tout
A la demande des élus de l’agglomération, la spécialiste a donc travaillé avec son équipe à la réalisation d’un diagnostic agricole du Scot (Schéma de cohérence territoriale). « Notre idée était d’inverser le regard des urbanistes sur le territoire pour révéler l’armature de ses espaces naturels », a-t-elle rapporté. Ce qu’a permis la réalisation d’une carte des unités « agro-physionomiques », qualifiant les espaces agricoles en fonction des activités menées. Reste qu’un Scot ne fait pas tout. « C’est un dispositif insuffisant pour pérenniser les exploitations agricoles sur une commune », a précisé Françoise Jarrige. Il ne peut pas, par exemple, empêcher le démantèlement progressif des structures agricoles : certains exploitants revendent des terrains par petits morceaux pour profiter de la rente foncière au fur et à mesure… Mais au final, leur ferme n’est plus viable. De nouveaux outils de gestion de l’espace commencent à se développer comme les Zap (Zones agricoles protégées) ou les Paen (Périmètre de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels péri-urbain). Mais ils n’ont pas encore réellement fait leur preuve.