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Médicament vétérinaire Mieux mobiliser les filières industrielles dans la pharmacovigilance

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Pour suivre les problèmes d’usage liés aux médicaments vétérinaires, un dispositif de « pharmacovigilance » est en place depuis 2002 en France. Selon l’Anses, des efforts sont encore nécessaires pour que les filières industrielles (bovines, ovines, aviaires…) déclarent plus systématiquement les effets indésirables des médicaments.

Normalement, les médicaments prescrits par les vétérinaires soignent. Mais, en pratique, ils ont parfois des effets indésirables qu’il est important de surveiller, à l’échelle nationale, pour modifier si nécessaire leurs notices d’emploi ou leur autorisation réglementaire, voire les retirer du marché. C’est l’objet du dispositif dit de « pharmacovigilance », opérationnel en France depuis 2002.
En octobre et pour la deuxième année consécutive, l’Anses (Agence de sécurité sanitaire), qui en est responsable, publiait un rapport pour faire le point sur ces remontées du terrain. Il montre que la pharmacovigilance se met en place, mais que des efforts sont encore nécessaires, notamment pour impliquer davantage les filières industrielles animales (bovines, aviaires, porcines,…). En marge du colloque « Antibiorésistance et pharmacovigilance », le 21 octobre à Paris, Sylviane Laurentie, chef du département dédié à l’Anses, détaillait : l’objet de la pharmacovigilance est de détecter « le plus rapidement possible tout signal émergent », lié à l’utilisation de produits vétérinaires, qui auraient provoqué « un effet indésirable inattendu ou bien attendu mais dont la fréquence ou la gravité est inattendue ».
 
Limiter la sous-déclaration
En 2012, 3 058 cas d’effets indésirables ont ainsi été rassemblés par l’Anses, dont 43% sont jugés « graves ». S’il est obligatoire de déclarer les effets indésirables « graves », cela n’est pas systématiquement fait, soupçonne l’Anses. Quant aux effets indésirables qui ne sont pas classés comme « graves » il n’est pas obligatoire de les déclarer. En somme, la sous-déclaration est plus que certaine. Or, les remontées terrain de 2012 montrent que certaines filières déclarent de manière assez systématique : à eux seuls, les chiens et les chats comptent plus de 80% des 3 000 déclarations recensées par l’Anses. À l’inverse, seules 9,3% concernent des bovins.
Pour améliorer le taux de notification des filières agricoles industrielles, « nous avons travaillé sur les raisons pour lesquels les professionnels peuvent ne pas déclarer. Nous avons mené avec eux une réflexion, et allons modifier les formulaires de déclaration ». Cette obligation pouvait jusqu’ici « leur sembler très administrative, note Sylviane Laurentie. Les industriels ont par exemple pointé des redondances dans les informations demandées. En contrepartie, nous avons pu expliquer en quoi certains champs d’information sont requis pour pouvoir analyser les données ».
 
Efforts de communication
L’Anses a en effet identifié qu’une grande partie du travail de pharmacovigilance repose sur la communication autour du dispositif de pharmacovigilance, l’information des professionnels et leur mobilisation. C’est pourquoi, la communication sera, en 2013, l’un des axes prioritaires du département pharmacovigilance, qui a recruté deux nouveaux salariés, avec notamment pour cible les filières industrielles. Déjà en 2012, c’était un axe fort : l’Anses, avec la CNMV (Commission nationale du médicament vétérinaire), ont fait un effort de publication des informations (modifications des autorisations, …), et d’intervention dans les écoles vétérinaires. Cela sera poursuivi en 2013. Par ailleurs, la sous-déclaration des effets indésirables des médicaments vétérinaires a beau être réelle, elle est difficilement quantifiable. Une expérimentation d’un an va donc être lancée, qui s’appuie sur la participation d’une douzaine de cliniques vétérinaires volontaires, dans tous les secteurs (animaux de compagnie, mais aussi filières industrielles). Les volontaires s’engagent à transmettre l’intégralité des déclarations d’effets indésirables, une donnée à comparer avec les quantités de déclaration des années passées. « Nous ne nous attendons pas à avoir autant de remontées concernant les animaux de compagnie que de la part des filières industrielles, reconnaît Sylviane Laurentie, mais il faut de toute façon que la quantités de déclaration progresse ».

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