La campagne de communication de l’interprofession de la banane de Guadeloupe et Martinique, qui prétend que la banane française conventionnelle est plus saine que la banane bio importée, fait grincer des dents chez les bio. Ils sortent victorieux du 1er round du combat.
« Qui peut dire mieux que bio ? » interpellait le stand de la banane de Guadeloupe et de Martinique en ouverture du Salon de l’agriculture le 25 février. « Le sujet ne plaît pas à tout le monde », a reconnu Éric de Lucy, président de l’UGPBAN (interprofession de la banane de Martinique et de Guadeloupe) en conférence de presse le 28 février. Car à travers ce message, l’UGPBAN affirme que les bananes conventionnelles françaises sont moins traitées que les bananes importées certifiées bio. L’agence bio et Synabio (syndicat des entreprises bio) ont saisi sur-le-champ le tribunal de grande instance en référé (procédure accélérée) qui leur a donné raison le 1er mars. Dès le lendemain, l’UGPBAN devait flouter les messages « mieux que bio » sur tous ses supports de communication sous peine d’être soumise à des pénalités financières quotidiennes.
Des bananes qui n’ont de bio que le nom ?
La banane française n’a jamais été si verte, affirme l’UGPBAN. Elle subit en moyenne 7 traitements chimiques par an (jamais par épandage aérien) contre 15 à 20 traitements naturels, souvent aériens, en République dominicaine, selon l’UGPBAN. Pire, la banane dominicaine pourrait recevoir 33 produits, dont 14 interdits – même en agriculture conventionnelle – en France. Pourtant, ces bananes seraient certifiées bio dans leur pays d’origine et estampillées du logo bio européen grâce à des équivalences que dénonce l’UGPBAN. Les producteurs français quant à eux ne font pas de bananes bio, car le cahier des charges est très strict (3 produits naturels autorisés). « En l’état actuel des connaissances scientifiques et dans un climat tropical, nous ne sommes pas capables de produire bio, aux normes européennes », explique Éric de Lucy. « Par contre, nous faisons bien mieux que du bio équatorien, dominicain ou péruvien ». Car traiter à base de pesticides naturels ne signifie pas « sans danger » pour la santé, rappelle l’UGPBAN citant en exemple l’huile de Neem (évalué comme perturbateur endocrinien).
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Les professionnels du bio vent debout
Le président de l’Agence bio, agacé, a annulé sa visite sur le stand de la banane française, le jour de l’ouverture du salon. « Il n’existe pas de bananes bio sur le marché français ne respectant pas les normes communautaires », a affirmé l’Agence Bio dans un communiqué le 1er mars. Elle se félicitait alors de la décision de justice enjoignant l’UGPBAN de mettre un terme à sa campagne. Pour les professionnels du bio (Synabio, Fnab, Synadis Bio, Cebio), l’UGPBAN met en place « une communication opportuniste visant à profiter de l’engouement des consommateurs pour la bio », indiquent-ils dans un communiqué le 2 mars. Pourtant, l’UGPBAN ne demande pas que la banane française soit labellisée bio mais que les bananes importées soient strictement soumises au cahier des charges bio européen. Par ailleurs, le Synabio affirme que si l’UGPBAN n’exécute pas la décision de justice, il utilisera les astreintes financières pour « soutenir les producteurs des Antilles françaises qui cherchent contre vents et marées à développer une vraie banane bio ». Reste à trouver qui sont ces producteurs. L’UGPBAN affirme qu’il n’y a pas de producteurs bio dans les Antilles françaises et que 100 % des producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique adhèrent à son organisme.
« Nous faisons bien mieux que du bio équatorien, dominicain ou péruvien »