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Mise en évidence de nouveaux effets cocktails des toxines alimentaires

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Des toxines produitent par certaines moisissures se retrouvent principalement dans les céréales. Crédits : © Emagneto - Pixabay

  Des chercheurs français ont démontré que des mycotoxines présentes dans l’alimentation ont de nombreuses synergies avec des génotoxines naturelles ou de synthèse.

Des travaux menés par INRAE, en collaboration avec l’Inserm, l’université Toulouse III-Paul Sabatier et l’École nationale vétérinaire de Toulouse, « ont montré que la famille de mycotoxines fréquemment retrouvées dans les aliments interagit avec un grand nombre d’autres toxines ».

Les résultats de ces recherches, parus le 18 novembre 2022 dans la revue Environmental Pollution, montrent que les mycotoxines présentes dans l’alimentation augmentent l’action de diverses génotoxines, en particulier à de faibles doses. L’étude in vitro a été menée par Isabelle Oswald, directrice de Toxalim, l'unité de toxicologie alimentaire d’INRAE Toulouse.

Pendant deux ans, les équipes de chercheurs se sont intéressées aux synergies des mycotoxines avec les génotoxines. Les mycotoxines sont les contaminants naturels les plus couramment présents dans l’alimentation humaine et animale. L’une d’elles, le déoxynivalénol, ou DON, est produite par des moisissures se développant surtout chez les céréales pendant la culture. Elle fait partie de la famille des trichothecènes (TCT).

Mycotoxines résistantes aux procédés technologiques

D’après un chiffre cité par INRAE, environ 80% de la population y est exposée. L’enjeu est d’autant plus important que « les mycotoxines sont très résistantes aux procédés technologiques », explique Isabelle Oswald. « Si une matière première est contaminée, le produit final le sera lui aussi. » Les génotoxines sont des contaminants alimentaires qui « endommagent notre ADN » et favoriseraient « l’inflammation et le développement potentiel de cancers », explique le communiqué d’INRAE du 29 novembre 2022.

D’après les conclusions de l’étude, « même si les TCT ne sont pas génotoxiques en eux-mêmes, ces contaminants favorisent la génotoxicité des génotoxines présentes dans l'alimentation, comme les pesticides, ou produites par le microbiote intestinal ». Ainsi le DON, et les TCT en général, augmentent l’action de plusieurs génotoxines, à commencer par la colibactine, une toxine produite par notre microbiote et le captane, un pesticide avec une action fongicide.  

Isabelle Oswald espère que ces découvertes contribuent à modifier la réglementation en vigueur. « Le problème est que la réglementation est faite pour nous protéger quand nous prenons les substances une par une. Mais ces synergies n’ont jamais été regardées dans la réglementation. Si les études in vivo confirment nos résultats in vitro, il faudra avoir une réglementation encore plus protectrice pour prendre en compte ces effets cocktails et nous en protéger. »

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Pour la suite, la directrice de recherche prévoit de continuer à élargir ses travaux sur les effets cocktails entre les mycotoxines et les génotoxines contenues dans l’alimentation telles que « l’alcool, l’acrylamide et le fer héminique de la charcuterie ».