Abonné

Commerce Mise en garde de Rabat sur le traité Maroc/UE

- - 4 min

Rabat a averti qu’un éventuel « vote négatif » du Parlement européen sur l’accord de libéralisation réciproque des échanges de produits agricoles entre l’UE et le Maroc « affecterait les intérêts supérieurs des deux parties ». Les députés doivent se prononcer lors de leur session plénière du 13 au 16 février à Strasbourg.

Signé en décembre 2010, le nouvel accord de libéralisation réciproque des échanges de produits agricoles entre l’UE et le Maroc (1) a reçu le feu vert de la commission du commerce international du Parlement européen qui l’a jugé « équilibré », contrairement à la position adoptée par son rapporteur, le Français José Bové, membre du groupe des Verts (2). Il a été évoqué le 2 février à Rabat par un conseil de gouvernement présidé par Abdelilah Benkirane, chef de l’exécutif et du Parti islamiste de la dustice et du développement (PJD).
Un rejet de l’accord « livrerait un signal négatif concernant l’horizon stratégique qui encadre le statut avancé du Maroc auprès de l’UE », a souligné Mustapha El Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement.
Pour sa part, le ministre l’agriculture et de la pêche, Aziz Akhannouch, a estimé que ce statut avancé « perdrait sa substance en l’absence d’accords sectoriels à même de donner un nouvel élan à la coopération bilatérale ». « Le partenariat avec l’UE se trouve, aujourd’hui, à un tournant décisif et pourrait se frayer un cheminement nouveau », a-t-il affirmé, exprimant le souhait que le texte soit adopté par le Parlement européen.
Ce dernier a déjà bloqué en décembre un accord de pêche UE-Maroc qui pénalise surtout les pêcheurs espagnols.

Inquiétude des organisations agricoles européennes
Les organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE réunies au sein du Copa-Cogeca estiment que le nouvel accord avec le Maroc serait « fortement préjudiciable » pour le secteur européen des fruits et légumes (3).
Elles soulignent notamment que « les exigences du Maroc en termes de conditions de travail, de conditions sociales, environnementales et phytosanitaires sont bien inférieures à celles de l’UE ».
Le Copa-Cogeca relève aussi que les producteurs de l’Union ne peuvent faire valoir leurs efforts qualitatifs « car, dans la demande, c’est le prix qui prime avant tout ». Il note de plus qu’ « il existe certes – en théorie – un mécanisme de contrôle et de sauvegarde des importations provenant du Maroc », mais que, « en pratique, ce mécanisme est inefficace ».
Enfin, les organisations agricoles européennes dénoncent un « manque de réciprocité », compte tenu des « initiatives timorées, voire inexistantes, des institutions communautaires pour encourager nos exportations vers les pays tiers qui élèvent impunément leurs barrières douanières ».

Des « conséquences dramatiques » pour le secteur des fruits et légumes
Dénonçant les « conséquences dramatiques pour les producteurs européens » de fruits et légumes, José Bové a appelé le 7 février les députés européens à voter contre le nouvel accord entre l’UE et le Maroc, lors d’une conférence de presse organisée avec des représentants d’organisations agricoles françaises et espagnoles et des responsables politiques espagnols. Dans un rare moment d’union, les deux principales forces politiques espagnoles, le Parti populaire, au pouvoir, et le Parti socialiste, voteront contre cet accord à Strasbourg. « En Espagne, ce sont des centaines de milliers de familles qui sont aujourd’hui menacées », a affirmé le rapporteur qui n’a pas eu gain de cause au sein de la commission de l’agriculture du Parlement européen.
L’accord « ne bénéficie pas à la majorité des petits et moyens producteurs marocains », a-t-il ajouté, assurant que « seules les grandes entreprises d’exportation du Maroc vont en bénéficier ».

(1) Voir n° 3267 du 20/09/10
(2) Voir n° 3335 du 30/01/12
(3) Voir n° 3268 du 27/09/10

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.