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Prévention Mise en place d’un numéro vert pour les paysans en détresse

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Dans le cadre d’un plan de lutte national contre le suicide dans le monde agricole, la MSA, en partenariat avec l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé prévoit notamment la mise en place d’un numéro gratuit d’écoute avant septembre 2012.

Les chiffres du suicide dans le monde agricole sont souvent jugés alarmants. La profession figure même parmi les métiers où existent les plus forts taux. Mais en réalité, aucune étude officielle n’a à ce jour été menée sur ce sujet bien souvent encore tabou dans le monde agricole. Et s’il existe déjà différents outils de prévention de la MSA, d’associations, etc., les moyens n’ont jamais été coordonnés. D’où l’annonce en mars 2011 du ministre de l’Agriculture d’un vaste plan de lutte destiné « à homogénéiser les actions qui existent depuis plusieurs années », nous rappelle Philippe Laffon, directeur de la santé à la CCMSA. Les premiers résultats étaient attendus pour la fin de l’année, mais le programme, qui a pris du retard, devrait finalement se concrétiser progressivement en 2012. Parmi les principales étapes, un dispositif d’écoute pour les agriculteurs en situation de détresse sera mis en place entre juin et septembre 2012, annonce Yves Cosset, le sous-directeur de la SST (Santé Sécurité au Travail) de la CCMSA. Il s’agit de la mise à disposition d’un numéro vert pour les paysans qui souhaiteraient, de façon anonyme, bénéficier d’une écoute. Monté en partenariat avec l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), le projet sera précédé par une campagne de communication prévue avant l’été.

Une prise en charge pluridisciplinaire
« Il nous faut aussi mieux connaître la réalité du suicide dans le monde agricole », explique Philippe Laffon. Autrement dit, le fléau estimé officieusement, selon les observateurs, à 400 ou 800 victimes par an, devrait enfin être évalué officiellement, avec une distinction faite entre les salariés et les exploitants agricoles – ressentis comme les plus exposés. Cette mission qui devrait aboutir avant la fin du premier trimestre 2012, est actuellement menée par la MSA en partenariat avec l’InVS. Si le protocole a été validé, « nous sommes actuellement en attente de l’avis de la Cnil pour échanger avec l’InVS », poursuit Yves Cosset. Enfin, troisième axe : le plan national de lutte prévoit la création de cellules de prévention dans chaque caisse MSA. Soit 35 cellules destinées à repérer les agriculteurs en difficulté et à les prendre en charge quelle que soit l’origine de leur mal-être. Certaines sont déjà en place, d’autres devront être prochainement activées ou réactivées. Leur évaluation sera réalisée au troisième trimestre de cette année.
Philippe Laurent, médecin du travail, responsable du service santé au travail – MSA Ardèche Drôme Loire, rappelle que le soutien social est l’un des premiers facteurs protecteurs contre la dépression due au mal-être. « Il faut rompre l’isolement, surmonter les difficultés, surtout ne pas penser que l’on est nul, que toutes les difficultés viennent de soi. Il faut bien comprendre que l’environnement du travail a changé », estime le médecin qui met notamment en cause la recrudescence des contraintes administratives et le découplage des aides financières à la profession. « C’est un problème éthique – un salaire doit être lié à un travail – qui peut poser problème aux agriculteurs, même pour ceux qui ont de très bas revenus ». L’isolement est l’une des autres sources courantes du mal-être chez les agriculteurs, âgés pour les plus exposés entre 35 et 55 ans.

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