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Coopérativité Mise à mal, Felcoop entre en résistance

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« Nous ne sous laisserons pas faire » : même « poignardé » par l’Autorité de la concurrence, le modèle coopératif doit retrouver sa place, a déclaré le 13 avril Jean-Michel Delannoy, le président de la Fédération française de la coopération fruitière, légumière et horticole (Felcoop), lors de l’assemblée générale de l’organisation.

Souffler ses 50 bougies l’année consacrée par l’Organisation des Nations unies « année internationale des coopératives », la coïncidence ne pouvait être plus heureuse pour Felcoop et le modèle coopératif qui a su plus largement gagner du terrain et même prouver sa pertinence face à la crise. Mais lors de l’assemblée générale, le 13 avril, à Paris de la fédération, la décision portée par l’Autorité de la concurrence à l’encontre des producteurs d’endives, le 6 mars, pour entente sur les prix, a tenu les réjouissances à l’écart. Pas de résignation cependant pour le président de Felcoop, Jean-Michel Delannoy qui a prévenu qu’il ne resterait pas passif face à ces décisions qu’il a qualifié de « disproportionnées » et d’« inquiétantes » : « Il faut que l’on s’insurge », « ce sont les coopératives qui doivent toujours payer – dans le cas de l’endive, elles sont redevables de 94% de la pénalité des entreprises », alors qu’elles ne font « qu’appliquer les décisions cosignées par les pouvoirs publics ». Mais, même « poignardés, attaqués de toute part, nous ne nous laisserons pas faire », a soutenu le président de France Endives lors de son discours de clôture, sans toutefois, ne rien attendre de l’extérieur, a-t-il précisé. Bref, une déclaration d’entrée en résistance face à « cette posture humiliante » pour pousser à « reprendre notre place », et ce « malgré les difficultés quotidiennes que nous rencontrons ». La coopération est en effet, selon lui, « LA solution  aux demandes sociétales des consommateurs ». 

Des vergers et des serres à côté des champs de blé
« Nous devons être pragmatiques. Il faut anticiper les évolutions des marchés au sein des différentes filières. Nous devons agir ensemble sur les leviers de compétitivité en amplifiant les synergies entre coopératives », a défendu Jean-Michel Delannoy. Des accords, des partenariats, des alliances doivent selon lui être trouvés pour renforcer les structures. Et de juger le transfert de propriété désormais « incontournable ». « Nous devons continuer nos efforts de regroupement, structurer nos organisations », tout en citant en exemple Acooa, l’association entre Coop de France et InVivo. Sans cet effort, « la France ne sera plus qu’un vaste champ de blé », a auguré le producteur d’endives. « Selon les derniers chiffres d’Agreste, une seule filière se développe en nombre d’hectares et en nombre de producteurs, c’est la filière céréales. Pour moi, c’est un signe d’appauvrissement : si la France devient un champ de blé, des filières vont s’éteindre. Et, ça, c’est une catastrophe », a déclaré Jean-Michel Delannoy. Il faut entretenir toutes les filières, a-t-il affirmé, pointant précisément le secteur des fruits et légumes comme « le plus fragile ».

Le secteur fruitier veut des DPB
Le président de la Felcoop s’est dit également « inquiet des bruits que j’entends : il semblerait qu’en France, certains, tant dans la profession que dans l’administration, ne souhaiteraient pas accorder de DPB (Droits à paiement de base – les nouveaux DPU de la future Pac, Ndlr) aux secteurs fruitiers : nous nous opposons à cette position ». L’organisation défend par ailleurs l’intégration de l’horticulture et des pommes de terre dans la future Pac, la mise en place d’un fonds de mutualisation et le renforcement de l’OCM fruits et légumes de concert avec les coopératives espagnoles et italiennes. Elle plaide pour la convergence sociale entre pays membres pour faire face aux distorsions de concurrence. Si rien n’est fait, « nous ne résisterons pas bien longtemps ; le secteur de la pêche et de la nectarine est là pour nous le prouver ». Mais le message ne saurait attendre son but sans un vecteur commun, d’où la proposition d’instaurer une plateforme commune de travail entre Felcoop, les producteurs de Légumes de France, la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), la Gouvernance économique des fruits et légumes (Gefel) et l’Association des producteurs organisés de fruits et de légumes transformés (Aprofelt).
Mais toutes ces mesures nationales et européennes ne sauraient créer de la valeur aux coopératives, selon Jean-Michel Delannoy, sans fonds propres, sans marque forte et sans outils de formation des prix, « trois piliers indispensables » pour réellement prétendre à une bonne structuration.

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