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Crise laitière Mme Fischer Boel souhaite de nouvelles relations dans la filière laitière

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Redoutant que les mouvements de protestation des producteurs de lait prennent de l’ampleur cet été, Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture, entend rester mobilisée pour aboutir à des relations plus équilibrées au sein de la filière. En premier lieu, l’analyse approfondie du marché laitier, qui lui a été demandée le 18 juin dernier par le sommet européen (1) devrait être prête dès le 22 juillet, soit un mois plus tôt que prévu. Puis, à la rentrée, Bruxelles complétera ce rapport par un examen de l’ensemble de la chaîne allant de l’exploitation jusqu’au stade de la distribution.

Evoquant sur son blog la visite qu’elle a effectuée le 25 juin à Paris, Mme Fischer Boel souligne avec satisfaction que le nouveau ministre français de l’agriculture Bruno Le Maire est décidé à tourner la page des quotas, contrairement à Michel Barnier. « L’important , a expliqué M. Le Maire, c’est que les producteurs aient une bonne visibilité du marché et les quotas ne sont pas le meilleur moyen d’y parvenir ». « Je ne crois pas à la liberté absolue du marché » , a toutefois précisé M. Le Maire pour qui des règles, voire une régulation du marché, restent nécessaires. Pour la commissaire à l’agriculture ceux qui accusent les quotas d’être responsables de la crise actuelle « se trompent ». « Si les quotas nous empêchent de rechercher de vraies solutions, comment sera-t-il possible d’aller de l’avant ?, s’est interrogée Mme Fischer Boel.
Prendre du recul
Pour Mme Fischer Boel, il convient de prendre du recul et il faut se pencher sur la chaîne alimentaire dans sa globalité. Sur son blog, elle indique en substance : le lait est vendu aux consommateurs en dessous du prix à la production en tant que produit d’appel, ce qui est tout bénéfice pour les revendeurs mais prend les producteurs à la gorge. Les consommateurs ont tendance à oublier que le lait frais n’est pas un produit industriel que l’on peut fabriquer facilement. Lorsque une laiterie est mis en faillite, il n’est plus possible de revenir en arrière. Cela prend des années pour reconstituer un troupeau lorsqu’on démarre de zéro. Mme Fischer Boel se demande donc qui livrera le lait à l’avenir, si nous poussons nos producteurs à la banqueroute ? Forte de ce constat, la commissaire dit partager pleinement la position de la France qui veut parvenir à un équilibre au sein de la chaîne alimentaire. « Nous devons examiner de près le marché laitier afin de voir où va l’argent ». Selon elle, une grande partie de la solution doit venir des principaux acteurs en présence, en particulier des fabricants et des distributeurs. Mais Mme Fischer Boel n’entend pas pour autant se mettre en retrait. « Ce dossier, précise-t-elle, restera prioritaire dans mon agenda ».
Rapport sur le prix du lait dans l’UE
En trois ans, entre 2007 et 2009, après une période marquée par une baisse lente mais constante, le prix du lait dans l’Union a connu une volatilité considérable, avec une hausse de 43 % en dix-huit mois, suivie d’une baisse de 32 % en quinze mois. Cette fluctuation a cependant été inégale selon les pays, note le sénateur français Jean Bizet dans un rapport sur le prix du lait dans l’UE. Ainsi, la variation a été de + 56 % à -44 % en France, de + 57 % à -41 % en Allemagne, de + 73 % à - 49 % en Belgique , de 24 % à 19 % en Italie et de + 79 % à - 16 % en Irlande. La crise économique est l’explication commode, mais partielle, à la baisse des prix intervenue fin 2008, note M. Bizet. La baisse, précise-t-il, est d’abord la conséquence de la hausse précédente. Au niveau des prix atteints, souligne le rapport, plusieurs industriels de l’agro-alimentaire ont cherché des produits de substitution, telles que les matières grasses d’origine végétale. Dans le contexte plutôt déstabilisant de la réforme de 2003, la réponse des éleveurs à la hausse des prix n’a pas été immédiate, constate M. Bizet. Selon lui, beaucoup ont préféré attendre que la hausse soit pérenne. L’augmentation des productions, nécessairement décalée (il faut deux ans avant qu’une vache ne produise du lait) est intervenue peu de temps avant que le marché ne donne ses premiers signes d’inflexion. Le mouvement, poursuit le rapport, a été aggravé de façon impromptue par l’affaire du lait maternisé contaminé à la mélamine qui a stoppé net la consommation de lait des Chinois. La crise est venue amplifier un mouvement entamé et inéluctable, indique encore le sénateur. D’après lui, les produits qui « tiraient » le marché – fromage, lait fermenté – sont devenus trop chers pour une nouvelle clientèle assommée par la crise. Les produits qui ont résisté sont les produits de base, avec une pression sur les prix.

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