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Matières premières agricoles Mobilisation dans le désordre pour combattre l’insécurité alimentaire

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A la veille de la réunion des ministres des finances du G20 à Paris, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a souligné avec force la nécessité pour les pays du G20 « de faire passer la question de l’alimentation avant tout ». La hausse des prix alimentaires a fait tomber entre juin et décembre 44 millions de personnes dans le monde sous le seuil de l’extrême pauvreté, a-t-il affirmé. En tout cas, deux grands fournisseurs agricoles, le Brésil et l’Argentine, entendaient s’opposer à toute tentative de régulation du prix des matières premières comme le souhaitent notamment les Français. A l’inverse, le Parlement européen a adopté le 17 février une résolution demandant à la Commission de Bruxelles d’instaurer des mesures « efficaces et vigoureuses pour remédier, de toute urgence, à la volatilité des marchés agricoles ». Il souligne que, « faute de stocks stratégiques ou de stocks d’intervention d’un niveau suffisant, il est impossible de prendre des mesures efficaces contre des fluctuations des prix de grande ampleur ». Les députés estiment par conséquent que, dans la future Pac, le rôle des instruments d’intervention devra être central. Ils considèrent aussi que la Commission doit prendre des mesures pour lutter contre les excès de la spéculation sur les marchés des matières premières.

Pour sa part Dacian Ciolos, le commissaire européen à l’agriculture, a prôné le 16 février devant le Parlement européen davantage de transparence sur les stocks, lançant l’idée d’un « lieu de discussion » pour réunir les exportateurs et importateurs afin « de ne pas simplement constater les crises quand elles arrivent ». Il a aussi plaidé pour une approche « rigoureuse et équilibrée » afin d’améliorer la transparence et la supervision des dérivés des matières premières agricoles, avec une régulation efficace dans l’intérêt des producteurs et des consommateurs. Pour M. Ciolos, la situation mondiale est certes tendue pour le blé tendre mais il n’y a pas de problème d’approvisionnement du marché. Les prévisions pour les stocks mondiaux de blé tendre de fin de campagne 2010-2011 sont plus élevées qu’en 2007, a-t-il indiqué. Les prix du sucre, a-t-il poursuivi, atteignent à nouveau des niveaux records ( 625 euros la tonne pour le sucre blanc à la mi-janvier) après deux années de déficit. Mais, en se référant aux dernières prévisions, il a estimé que le bilan mondial devrait être « en équilibre » pour la période 2010-2011.
Pour sa part, Janos Martonyi, ministre hongrois des affaires étrangères et président en exercice du Conseil, la hausse des prix alimentaires, qui pénalise les pays les plus pauvres et les couches moins favorisées, doit inciter à une réflexion sur le rôle actuel et futur de la Pac. Il faut d’abord mettre de l’ordre dans les marchés et venir en aide aux plus vulnérables, mais il faut également assurer, à moyen terme, la sécurité alimentaire globale, sur la base d’une politique agricole viable et respectueuse de l’environnement et des besoins des pays en voie de développement, a-t-il expliqué en substance.

La position française

Enfin, présent à Strasbourg le 15 février, Bruno Le Maire, le ministre français de l’agriculture, a souligné que la France avait fait de la lutte contre les fluctuations des prix des matières premières et denrées alimentaires la priorité de son exercice de la présidence du G20. Paris propose d’axer les discussions sur les quatre points suivants : favoriser l’indépendance des pays du tiers monde en développant leur production agricole ; progresser vers plus de transparence sur les stocks ; instaurer une coopération accrue entre les pays du G20, afin notamment de prévoir des dispositifs de limitation des restrictions à l’exportation, en particulier vers les pays en développement ; réguler les marchés financiers sur les matières premières agricoles. « Il ne s’agit pas d’aller contre le marché mais de mieux l’organiser, d’éviter qu’il y ait de la spéculation, d’éviter que des intervenants financiers puissent de manière artificielle réduire les stocks disponibles en achetant des volumes très importants pour les revendre deux, trois jours plus tard en profitant de la hausse des prix qu’ils ont eux-mêmes créée », a expliqué M. Le Maire.

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