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Sécheresse Mobilisation pour tenter de juguler une crise à venir

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Les syndicats, de même que les pouvoirs publics ont pris conscience du risque. Avec ce printemps extrêmement chaud et sec un manque général d'eau semble se préciser, menaçant le rendement des cultures ainsi que la récolte de fourrages. Une fois de plus, l'élevage risque d'en payer les frais et le ministre de l'agriculture, à la demande de la FNSEA a assuré que les jachères et bandes enherbées pourraient être utilisées pour l'alimentation des animaux. Côté agriculteurs, syndicats majoritaire et minoritaires tentent de trouver des solutions pour éviter une flambée des cours. Parmi eux, des FDSEA tentent d'organiser des échanges entre départements demandeurs de paille et ceux qui pourront en produire. La FNSEA met au point un contrat type incluant un prix indicatif de la tonne de paille disponible en bout de champs, hors transport. Pour leur part, les syndicats minoritaires demandent des mesures plus contraignantes comme l'interdiction de broyer les pailles ou des soutiens publics pour alléger le prix des transports.

Eviter qu'une nouvelle fois les éleveurs paient le prix de la raréfaction des produits qui leur sont nécessaires. Tel est le combat de l'ensemble des syndicats agricoles qui, par des moyens différents, tentent d'éviter l'alourdissement de la facture des éleveurs provoquée par la sécheresse.
De fait, la sécheresse et la chaleur qui sévissent dans une bonne partie du territoire n'annoncent rien de bon pour les fourrages à venir. Comme pour les aliments du bétail, les prix flambent. Sur Internet, les prix de la paille vont de 80 € à 130 € la tonne, hors livraison. En foin, il peut monter jusqu'à 200 €t. Pour Jean-Michel Bernet, directeur du service élevage de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, « la paille n'a pas de prix car il n'y en a pas ! ». Les chambres d'agriculture s'organisent dans l'Ouest pour mettre en place des « bourses au fourrage et à la paille ». Elles servent alors d'interface entre demandeurs et producteurs de fourrage. Patrice Fouché, directeur de la FDSEA du Maine-et-Loire, propose une opération paille, intradépartementale, avec un prix de la paille à 65-70 € la tonne rendue exploitation. « Notre objectif est de moraliser le marché », affirme-t-il. « Un partenariat se met en place dans les prochains jours entre les FDSEA du Loiret et de la Creuse pour des contrats portant sur 15 000 t de paille (15 €t en andins). Le dispositif pourrait profiter à environ 800 éleveurs jusqu'à la fin de campagne, mais les quantités annoncées risquent d'être difficiles à trouver », indique, de son côté, Michel Masson, président de la FDSEA du Loiret.
Au niveau national, la FNSEA a envisagé un contrat type permettant d'assurer le ramassage et la livraison de la paille à des prix raisonnables. Le principe est qu'une FDSEA s'engage sur une garantie de paiement en cas de manquement d'un de ses adhérents. « Les céréaliers sont prêts à vendre leur paille et à ne pas la broyer, dès lors qu'ils sont assurés que celle-ci sera bien ramassée », explique-t-on à la FNSEA. Un prix agronomique a été défini, de l'ordre de 22-25 euros la tonne (départ champ, hors transport) correspondant au surplus d'engrais nécessaire si la paille broyée n'est pas épandue dans le champ.

Ne pas quémander des aides
Xavier Beulin, le président de la FNSEA ne « souhaite pas quémander des aides dès maintenant ». « Il estime prématuré d'annoncer quoi que ce soit aujourd'hui » a-t-il déclaré le 11 mai sur LCI. Pour Dominique Barrau, le secrétaire général, « on fera les comptes quand la pluie sera revenue » a-t-il déclaré à l'issue du premier comité sécheresse le 12 mai. En clair, la FNSEA demandera la facture de cette sécheresse au gouvernement. Dominique Barrau se montre opposé à une aide transport. « Je sais ce qu'a coûté à l'élevage des annonces comme celles-ci » souligne-t-il. En effet l'aide de 40 euros/tonnes décidée lors de la sécheresse de 2003 a immédiatement fait grimper les prix de la paille.

Passer des contrats
Le responsable syndical compte sur Bruno Le Maire « pour qu'il pèse politiquement » afin d'inciter les intéressés à entrer dans une logique de contrat. En effet, dans un courrier à son réseau, le secrétaire général de la FNSEA estime urgent « afin d'éviter les effets spéculatifs, notamment sur la paille, que les FDSEA et les JA des zones d'élevage se mettent en contact avec les FDSEA et les JA des zones céréalières pour contractualiser des tonnages de paille à un prix raisonnable pour tous ». Le ministre à l'issue de la première réunion du comité sécheresse a estimé que « ce n'est pas de contrats dont les éleveurs ont besoin dans l'immédiat ». Par contre, il défend le contrat inter-filières qui doit se mettre en place le 1er juillet. « Il ne faut pas non plus oublier d'autres solutions comme (...), les pulpes, les céréales immatures » souligne Dominique Barrau. Par ailleurs, la FNSEA a annoncé l'installation d'un groupe « eau » qui doit réfléchir à la constitution de réserves alors que des restrictions d'eau sont d'ores et déjà décidées dans une vingtaine de départements en raison de la sécheresse. Ce groupe sera présidé par Jean-Luc Capes, responsable de la FDSEA des Landes.

Mesures politiques
Patrick Benezit, vice-président de la Fédération nationale bovine (FNB), réclame, lui, « des mesures politiques pour sortir d'une logique de marché ». D'après lui, la première mesure est de « mettre en sauvegarde tout ce qui peut l'être », c'est-à-dire « maximiser les stocks de cellulose disponible » et éviter tout gaspillage. En effet, même si la pluie arrive dans les prochains jours, il manquera du fourrage pour l'hiver. Pour l'heure « la récolte de fourrage est d'environ 1/3 de ce qu'il faudrait », selon lui. « Vu le peu d'herbe dans les pâtures, faut-il faire paître les animaux ou bien la récolter pour en faire des stocks qui seront insuffisants ? », s'interroge Patrick Benezit. Dans le massif central, cette année, au-delà du manque d'eau, les gelées matinales ont ralenti la pousse de l'herbe. Dans le grand Ouest, les stocks de sécurité dans les élevages bovins ont été utilisés cet hiver à la suite d'une première sécheresse en 2010. D'après certaines sources, « on peut très bien se retrouver dans une situation où les animaux crèvent de faim. » Jean-Pierre Fleury, secrétaire général adjoint de la FNB, constate que« les éleveurs ont vraiment le sentiment que c'est la première fois qu'une telle situation se présente. »

Situation explosive
Pour sa part, François Lucas, vice-président de la Coordination rurale (CR) estime que « tous les feux sont au rouge ». « L'état doit prendre la mesure du danger » de cette sécheresse annoncée. « La situation est explosive sur le terrain » prévient le syndicaliste. « Cet épisode doit nous servir de leçon, ajoute-t-il. D'autant que nous subissons pour le moment un aléa climatique de base qui peut déjà emporter un pan de l'agriculture » « Ceux qui disaient qu’on peut se passer du régime des calamités, vont voir le résultat ».

La CR pour une aide au transport
« Surtout, insiste Bernard Lannes président de la Coordination rurale, il faut que les chambres d'Agriculture servent de relais pour monter des bourses d'échanges de fourrage et de paille de gré à gré ». « Il faut une puissance neutre » renchérit François Lucas. « Il faut moraliser ces pratiques ». Pour Bernard Lannes, « les éleveurs sont en train de vivre une double peine ». Dans ce contexte, la Coordination rurale demande une aide au transport de la paille chez l'agriculteur. Car c'est le transport de paille et de fourrage qui renchérit le prix à partir du moment où il en manque à proximité des zones déficitaires estime le syndicat.
L'aide accordée par l'Etat doit aller aux agriculteurs et non pas aux commerçants en pailles explique le syndicaliste. Par ailleurs, « comme les échéances des prêts souscrits notamment dans le cadre du plan de soutiens exceptionnel à l'élevage doivent être aujourd'hui honorées, la CR demande des reports d'annuité en fin de tableau, une prise en charges des cotisations MSA... ».

Interdire le broyage
Pour la Confédération paysanne, une des revendications fortes est « l'interdiction immédiate du broyage des pailles, facteur d'inflation du prix des fourrages ». Bruno Le Maire a simplement demandé aux céréaliers de ne pas broyer les pailles pour en faire de l'engrais pour les terres cultivées. Juridiquement, il semblerait difficile d'interdire à un agriculteur de broyer sa paille. D'autres propositions de la Confédération paysanne n'ont pas été retenues à l'issue de la première réunion du comité sécheresse. Il s'agit de l'instauration d'un prix plafond comme en 1976, la possibilité d'achat de céréales au prix d'intervention à hauteur de 500 kg par UGB pour 60 UGB maximum par actif paysan ou encore l'arrêt de la transformation des céréales en agro-carburants.

Des prix arrivée ferme de 60 à 80 euros la tonne
Philippe Collin, porte-parole du syndicat explique « son opposition avec les autres syndicats qui font le jeu du lobby céréalier ». « Il y avait des signes à donner aux éleveurs aujourd'hui. Mais rien n'a été fait» martèle-t-il . Pour Gérard Durand, il va falloir réellement « montrer la solidarité des céréaliers envers les éleveurs ». En clair entrer, dans le concret et cesser de se satisfaire de bonnes intentions. Le syndicat plaide comme la FNSEA pour la mise en place de contrats entre céréaliers et éleveurs pour que le marché de la paille soit organisé et moralisé. Le prix arrivé cours de ferme pourrait se situer entre 60 à 80 euros/tonnes explique Gérard Durand. Le syndicat réclame aussi la prise en charge du transport par l'Etat et (ou) des collectivités territoriales comme la Coordination rurale. « La situation des éleveurs ne permet pas une augmentation des coûts de production » conclut la confédération paysanne.
Quels que soient les moyens proposés, tous les professionnels veulent éviter qu'une nouvelle fois les éleveurs soient pénalisés par le sort. Organisation pour les uns, soutien public pour les autres, la mobilisation est générale.

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