Diminuer la consommation d’antibiotiques pour diminuer l’apparition de résistances chez les bactéries est une politique qui a eu l’effet escompté en élevage, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
Depuis 2008, les ventes d’antibiotiques diminuent aussi bien en bovins, en porcs, en lapins qu’en volailles, selon les chiffres de l’Anses, rendus public le 2 novembre, lors d’un colloque intitulé « L’antibiorésistance en santé animale et dans l’environnement ». Gérard Moulin, directeur de recherche à l’Anses, a précisé ce jour-là que « sur les cinq dernières années, les ventes ont diminué de 23 % et, depuis 1999, la baisse est de 40,4 % ». Jean-Yves Madec, directeur de recherche à l’Anses, constate que, globalement, les résistances aux antibiotiques diminuent. Il en va de même pour les multi-résistances, qui se rencontrent « plus fréquemment au sein d’une même famille d’antibiotique ». Les bactéries résistantes à plusieurs familles d’antibiotiques restent encore rares. La volonté de diminuer l’utilisation des antibiotiques dans les élevages a donc bien eu un effet positif. Il alerte cependant sur la complexité qui demeure pour comprendre la création de ces résistances, notamment dans les filières bovines, et le possible passage à l’homme de ces bactéries résistantes. Les veaux laitiers sont particulièrement pointés du doigt car souvent nourris avec du lait contenant des antibiotiques (lait autrement jeté pour défaut de collecte). Ils sont donc souvent porteurs de germes résistants à leur arrivée en centre d’engraissement. La lutte contre les diarrhées, maladie rapidement mortelle pour les veaux, se complique alors. « Un veau sur trois est porteur d’une E. Coli (bactérie du colon) résistante aux céphalosporines de troisième génération », cite-t-il en exemple. Il rappelle que dans la filière volaille, la volonté de réduire l’utilisation des antibiotiques a été efficace car facilitée par « une filière très organisée, très intégrée. Cela reste beaucoup plus complexe dans des filières déstructurées comme en bovins ». « Il est clair qu’il existe des différences importantes [dans l’utilisation des antibiotiques, ndlr] entre les types d’élevage, les stades physiologiques, les catégories d’animaux… », constate de son côté, Gérard Moulin. Si les éleveurs de porcs et de volailles semblent être de bons élèves, la filière bovine reste un peu à la marge. « Le problème de la résistance, est qu’il faut vivre avec et il faut arriver à faire cela sur le long terme », rappelle en conclusion Jean-Yves Madec.
Le milieu aquatique, un lieu d’échange de génétique et de création de résistance
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Les eaux de rivière et souterraines récupèrent les eaux de ruissellement des élevages, d’épuration ou d’épandage. Se retrouvent alors dans un même environnement des bactéries résistantes aux antibiotiques et d’autres pas. Elles ont la possibilité d’échanger leur génétique, une spécificité des bactéries, et donc d’échanger leurs gènes de résistance. « Le milieu aquatique est un milieu qui fait un retour à l’envoyeur car l’homme va réutiliser l’eau pour se nourrir, se divertir… C’est un milieu qui collecte, concentre et redistribue », détaille Sandrine Baron, chercheuse à l’Anses. Elle note également que les « bactéries résistantes ne sont pas un critère de qualité des eaux ». De nombreuses questions restent en suspens quant au passage de gènes de résistance entre les bactéries plus spécifiques à l’homme et celles des animaux d’élevage.