Le think tank Momagri en est convaincu : sa proposition de réforme de la Pac basée sur des aides contracycliques plutôt que des aides fixes est judicieuse sur les fronts macro et microéconomique. Chiffres à l’appui, il appelle l’Europe à faire preuve d’audace.
Après avoir présenté en octobre dernier à Jean-Claude Juncker et aux responsables européens sa proposition de réforme de la Pac (1), Momagri, le think tank créé à l’initiative des coopératives, attirait l’attention des candidats à l’élection présidentielle et les États membres sur son projet alternatif de Pac, à l’occasion d’une conférence de presse le 4 avril. Son système est articulé autour d’un « dispositif contracyclique pour assurer un revenu minimal en période de crise », d’aides spécifiques conjoncturelles et/ou structurelles et d’un « appui assurantiel » garantissant un prix couvrant les coûts de revient à l’agriculteur.
Un effort budgétaire public moindre
Au niveau européen, la Pac Momagri, sur le temps long, coûte moins cher en aides publiques. Selon le think tank, même si certaines années – quand les cours des matières premières sont faibles – les aides publiques sont hautes, sur le long terme, son modèle permettrait d’économiser. Entre 2011 et 2020, 63 Mrd € pourraient être économisés affirme Momagri. Dans un contexte où « le budget de la Pac ne va pas augmenter, il faut optimiser au maximum » les moyens disponibles, argumente Christian Pèes, président de Momagri. Et pour ceux qui douteraient de l’euro-compatibilité du projet, Momagri a planché sur le sujet, épluché les traités et règlements européens : la « Pac Momagri » est bien compatible avec le droit européen en vigueur, affirme le think tank. La possibilité de définir à mi-année N un budget rectificatif, qui vient corriger le projet de budget initial (fixé entre septembre et décembre de l’année N-1 pour l’année N) limite de fait les risques de reports budgétaires sur l’année N + 1, explique Momagri.
Des revenus plus stables pour les agriculteurs
À l’échelle de l’exploitation, l’avantage de ce système est de stabiliser le revenu. Il donne de la visibilité aux agriculteurs pour gérer au mieux leurs investissements et évite ainsi les crises que l’on a connues ces dernières années. Pour confirmer ses dires, Momagri a réalisé, avec l’aide des Jeunes agriculteurs et de certaines FDSEA, une simulation de son projet basée sur les comptabilités réelles de 660 exploitations céréalières dans la Marne et 2 600 fermes laitières dans le Grand Ouest.
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L’avantage du système de Momagri est de stabiliser le revenu
Le think tank estime qu’avec son modèle de Pac, entre 2015 et 2020, les céréaliers obtiendraient un résultat courant moyen de 332 €/ha (contre 310€/t avec la Pac actuelle), mais surtout, un résultat courant minimum de 292 €/ha, quand celui obtenu avec le système actuel serait de 136 €. Même constat pour les exploitations laitières : les variations du cours du lait sont atténuées par le système Momagri. Le résultat courant moyen s’élève à 83 €/t (68 € avec la Pac actuelle) et le résultat courant minimum est de 80 €, contre 33 € sous le système actuel.
Momagri veut une Europe audacieuse
L’Europe et les États membres commencent à prendre conscience que « la main invisible qui régule le marché est une utopie en agriculture », estime Jean-Yves Foucault, président de Limagrain et membre de Momagri. En ce sens, le think tank veut être optimiste s'agissant de la traduction réelle de sa proposition. Quant aux réticences potentielles des administratifs européens, Jean-Yves Foucault ne veut pas en entendre parler. « L’Europe est ce qu’en font les États membres »,martèle-t-il, rajoutant que « se demander comment va réagir l’administration est la preuve qu’il n’y a pas de réelle politique européenne ». « Les États membres ne font pas leur boulot ! », s’agace-t-il. « Normalement, l’administration est la cheville ouvrière de la décision politique ». Pour Momagri, ce qu’il manque cruellement à l’Europe aujourd’hui, ce n’est ni le budget ni les idées, c’est « de l’audace ». Et il en faudra pour expliquer aux agriculteurs qu’ils ne toucheront plus d’aides fixes à l’hectare…
(1) Voir Agra Presse hebdo n°3564 du 10 octobre 2016, p.17