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Biotechnologies Monsanto suspend ses projets sur le blé transgénique

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Le géant agrochimique Monsanto a annoncé le 10 mai dans un communiqué qu’il suspendait ses projets de mise sur le marché de la toute première variété de blé génétiquement modifié au monde, le Roundup Ready. Le groupe américain préfère se consacrer dorénavant aux produits pour lesquels il dispose déjà d’un marché comme le maïs, le coton ou le colza

«Nous reconnaissons que les opportunités commerciales pour notre blé sont moins attractives que pour les autres produits de Monsanto », a commenté le vice-président exécutif du groupe, Carl Casale. Il a précisé que cette décision s’inscrivait dans le cadre d’une révision des priorités de Monsanto en matière de recherche et développement et qu’elle faisait suite à des consultations menées auprès des céréaliers, selon un communiqué diffusé par la filiale canadienne du groupe.

« Nous allons continuer à surveiller l’industrie du blé pour connaître ses souhaits concernant les améliorations à apporter aux semences, soit par hybridation ou biotechnologie, de façon à établir si et quand il pourrait être pratique de lancer un produit du blé génétiquement modifié », a ajouté M. Casale.

Monsanto avait annoncé la mise au point de son blé de printemps Roundup Ready en 1997. Des essais expérimentaux menés dans des champs aux Etats-Unis et au Canada ont montré, selon le groupe américain, que cette variété résistait aux conditions les plus difficiles et offrait la possibilité d’accroître les rendements de 5 à 15 %.

Manque de soutien chez les producteurs américains et canadiens

Toutefois, les producteurs américains et surtout canadiens se montraient très réticents à ce projet du fait de l’opposition des consommateurs aux OGM dans les pays destinataires de leurs exportations.

Au Canada, Monsanto avait présenté en décembre 2002 une demande d’homologation en vue de commercialiser le blé Roundup Ready dans les zones de culture de l’ouest du pays, mais la décision de l’agence gouvernementale chargée du dossier se faisait attendre.

Redoutant un « désastre terrible », la Commission canadienne du blé – agence qui supervise la quasi-totalité des exportations de blé canadien – avait formé une coalition avec des écologistes et des producteurs pour bloquer le projet de Monsanto. Elle avait notamment fait paraître des pages publicitaires dans la presse agricole pour clamer son opposition au blé Roundup Ready qui pourrait faire perdre aux producteurs canadiens leurs marchés d’exportation, notamment en Europe.

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Au cours des dix dernières années, près de 45 % des exportations américaines de blé ont été destinées à l’Europe et au Japon. En 1999/2000, c’est même la moitié des 5,5 millions de tonnes exportées par les Etats-Unis qui ont été absorbées par ces marchés, selon le département américain de l’agriculture.

Interrogé par la presse sur le blé Roundup Ready à l’occasion du Conseil informel de Killarney, le commissaire européen à la santé, David Byrne, a estimé que la décision de Monsanto avait été dictée par le marché et non pas par des pressions européennes.

« Victoire » pour les écologistes

Le groupe écologiste Greenpeace a salué la décision du géant américain comme « une victoire pour l’environnement, les producteurs et les consommateurs ».

« Le rejet du blé transgénique à peu près partout sur la planète a démontré une fois de plus la résistance aux aliments transgéniques », a estimé l’un des responsables de la campagne anti-OGM de Greenpeace, Pat Venditti, dans un communiqué. « Plutôt que d’avoir à mener une nouvelle bataille dans quelques années, nous espérons que Monsanto a bien compris que le blé génétiquement modifié n’est pas acceptable », a-t-il insisté.

Même son de cloche chez les Amis de la Terre qui ont estimé que la décision de Monsanto était « une victoire mondiale pour les consommateurs et les agriculteurs ». « Quasiment tous les grands utilisateurs de blé dans le monde ont déjà rejeté ce produit avant même qu’il ait été autorisé », a indiqué un responsable de l’association, Juan Lopez.

Syngenta, qui effectue des essais de blé transgénique en Allemagne et en Espagne, a indiqué pour sa part que la décision de Monsanto ne remettait pas en cause la poursuite de ces projets.