A quelques jours d'intervalle, le Kremlin a recommandé aux entreprises russes de « suspendre temporairement » leurs exportations d'engrais, et le géant norvégien Yara a annoncé qu'il réduisait « temporairement » sa production en France et en Italie.
Dans un communiqué paru ce vendredi 4 mars, le ministère russe de l'Industrie annonce qu'il est «contraint de recommander aux producteurs russes de suspendre temporairement l'expédition d'engrais russes destinés à l'exportation», traduisent les agences AFP et Reuters. Le ministère met en avant un «sabotage des livraisons par un certain nombre de sociétés de logistique étrangères». La recommandation de Moscou tient «jusqu'à ce que les transporteurs reprennent le travail régulier et fournissent des garanties pour la mise en œuvre intégrale des livraisons à l'exportation d'engrais russes». Selon le site de l'Unifa (fabricants français de fertilisants), 24% de l'azote utilisé par l'agriculture française est importé en provenance des pays tiers hors UE, «principalement sous forme d'urée et de solution azotée en provenance principalement de Russie, d'Égypte, de Trinidad et de nombreuses autres origines.» Contactée le 4 mars, la déléguée générale de l'Unifa Florence Nys n'a pas souhaité préciser ce chiffre.
Une facture alourdie de 900 M$
Cinq jours plus tard, le fabricant norvégien d’engrais minéraux Yara International a annoncé dans un communiqué qu'il va temporairement réduire sa production en France et en Italie à cause du prix élevé du gaz naturel. Les usines française du Havre et italienne de Ferrara ont à elles deux une capacité de production de 1 Mt d’ammoniac et de 0,9 Mt d’urée. Sans donner le détail des réductions décidées sur les deux sites, Yara indique dans un communiqué qu'« en incluant l’optimisation et l’entretien d’autres unités de production, la production européenne d’ammoniac et d’urée de Yara devrait être opérée à environ 45 % de ses capacités d’ici la fin de la semaine ». L’invasion russe en Ukraine a dopé le prix du gaz – dont le secteur des engrais minéraux est très gourmand – qui a atteint des niveaux records ces derniers jours.
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Yara s’alarme depuis plusieurs mois des effets de l’envolée des prix qui pourrait à terme peser sur la sécurité alimentaire mondiale en conduisant les agriculteurs à réduire leurs achats d’engrais. En présentant ses résultats annuels le 8 février, Yara avait indiqué que sa facture énergétique risquait de s’alourdir de 900 M $ au premier trimestre par rapport à la même période de 2021, une estimation réalisée avant le début de la guerre en Ukraine le 24 février.