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Mutatec en quête de fonds pour son prochain élevage d’insectes

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Mutatec agrandit son site de production de mouches soldats noires. Crédits : © Mutatec

Mutatec, pionnier de l’élevage de mouches soldats noires destinées à l’alimentation animale cherche à mobiliser plus de 10 millions d’euros pour construire une nouvelle ferme. Il a déjà lancé l’agrandissement de son site actuel de Cavaillon, dans le Vaucluse.

Neuf ans après sa création, c’est l’heure de l’accélération pour Mutatec. La société, pionnière dans l’élevage de mouches soldats noires et dans la valorisation de la biomasse locale agricole et agroalimentaire voit l’avenir en grand. Elle pilote en ce moment l’agrandissement de son site de production de Cavaillon. « Nous construisons une extension de notre site d’élevage et de transformation de larves de mouches soldats noires, ce qui nous permettra de passer de 7000 tonnes de biomasse valorisée actuellement à 30 000 tonnes d’ici la mi-2025, ce qui équivaut à une production de 6000 tonnes de protéines d’insectes », détaille Christophe Trespeuch, cofondateur de Mutatec, aux côtés de Jérôme Costil. La société a réalisé un chiffre d’affaires de 600 K€ en 2022.

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Mutatec a déjà en ligne de mire la prochaine étape : se doter d’un complexe d’élevage et de transformation de mouches soldats noires pour lequel il a lancé une levée de fonds d’un montant supérieur à 10 millions d’euros. L’objectif est de boucler cette opération au cours de l’année 2024, en sollicitant les actionnaires historiques (Sede, filiale de Veolia, et la coopérative Le Gouessant), et de nouveaux investisseurs. Plusieurs sites sont en lice, en France comme à l’étranger, sans qu’une décision définitive ne soit arrêtée pour l’instant. « Notre plan de développement prévoit de construire 5 à 6 sites, au rythme d’une ferme par an, en France ou ailleurs dans le monde. Leur localisation dépendra de plusieurs facteurs tels que la disponibilité en biomasse, les synergies industrielles et les débouchés possibles », souligne Christophe Trespeuch.

Valoriser la biomasse locale

Mutatec est né avec l’idée de valoriser la biomasse humide issue de la filière locale des fruits, qu’il s’agisse des écarts de triage, des fruits trop mûrs mais aussi des épluchures et plus généralement de tous les déchets de la transformation des végétaux. « Nous avons acquis une expertise en termes de biomasse nécessaire à l’alimentation des larves de mouches soldats noires, que nous fabriquons nous-même sur notre site », poursuit-il. « Pour ce qui est de la biomasse, l’enjeu est d’obtenir une certaine stabilité en quantité et en qualité, et de bien adapter la nourriture en fonction du volume de larves à élever », explique-t-il. Sur ce point particulier, Mutatec a mis au point avec la coopérative Le Gouessant le dispositif Dosin’Tec, une caméra intelligente capable de compter les larves quelle que soit leur taille dans un bac d’élevage, une étape réalisée d’habitude manuellement. « Dosin’Tec permet de limiter la manipulation des larves, de bien doser le nombre de larves par rapport au substrat nécessaire, de gagner en fiabilité et en temps de travail », indique-t-il. Cet outil a obtenu le Prix de l’innovation à l’occasion du Space 2023.

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Comme pour les autres producteurs d’insectes, l’alimentation des élevages de poissons, de porcs et de volailles est un débouché, mais Mutatec s’est surtout orienté vers l’alimentation des animaux de compagnie, chats et chiens, qui intègre la protéine d’insecte dans des croquettes, des terrines ou des pâtées. Il est aussi un des rares producteurs européens à commercialiser des larves entières déshydratées pour les oiseaux d’ornement. 

L’enjeu des coûts réduit le développement vers l’alimentation des animaux d’élevage où la concurrence de la protéine de soja est difficile à soutenir, à l’inverse du pet food. La dimension locale et environnementale doit être valorisée, tout comme l’apport pour la santé des animaux. « Nous menons des recherches actuellement pour mieux connaître l’impact de l’acide laurique et des peptides comme anti-microbiens pour les animaux d’élevage, un domaine qui est en recherche d’alternative aux antibiotiques », souligne Christophe Trespeuch.