Les parlementaires de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) ont mené le 18 mars une audition publique sur les NBT (nouvelles techniques de sélection végétale). Détracteurs et partisans ont défendu leurs positions, alors que Bruxelles doit bientôt rendre un avis très attendu sur le sujet.
« Le défaut monumental des NBT et des OGM, c’est que jamais il n’a été démontré leur effet bénéfique pour les consommateurs », considère Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof de Sciences Po. Et « depuis vingt-cinq ans », le même problème se pose, selon lui. « Aussi longtemps que le bénéfice n’est pas clair pour les gens, ça ne peut pas fonctionner : pourquoi prendre un risque même infinitésimal pour un bénéfice considéré comme nul ? »
L’Opecst avait tenu en 1998 une conférence de citoyens sur les OGM. « On n’a pas beaucoup avancé depuis », estime la sociologue Claire Marris, ancienne de l’Inra. Les mêmes « promesses » qu’avec les OGM sont avancées pour les NBT, d’après elle. Seuls « quelques exemples » de ces productions montrent de « vrais avantages pour une agriculture durable », là où contrairement à l’Europe il n’y a « pas le même enlisement réglementaire », notamment aux États-Unis, en Chine. Et encore, des débats existent sur les bénéfices réels de tels OGM, relève-t-elle.
L’Europe à la traîne
Au fil des années, le fossé se creuse entre les pays qui acceptent ou non ce type de sélection végétale. L’UE, d’un côté, fonde sa réglementation sur le procédé d’obtention, les États-Unis, de l’autre, considèrent le produit obtenu, observe la professeur Bernadette Bensaude-Vincent, du comité d’éthique Inrae-Cirad-Ifremer-IRD. Des semenciers européens poussent en faveur de l’approche américaine, jugée moins contraignante.
La philosophe s’y oppose. À ses yeux, réglementer les produits, c’est avoir « une vision hors-sol de la plante ». Le patron de start-up Luc Mathis, CEO de Meiogenix, voit les choses tout autrement. « Je ne peux pas exercer mon métier en France », regrette-t-il. Sur sa terre d’adoption, aux États-Unis, Luc Mathis a participé à la commercialisation par Calyxt, sa précédente société, d’un soja NBT débarrassé d’acides gras trans, substances néfastes pour la santé.
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Stratégies alternatives
Les NBT sont « prometteuses, mais on manque d’exemples convaincants dans le cadre de la transition agro-écologique », estime Denis Couvet, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. S’il ne nie pas le « succès commercial » des OGM, qui couvrent 200 Mha dans le monde, le professeur au Muséum national d’Histoire naturelle constate toutefois leur concentration en Amérique, où plus de 25 % de la SAU (surface agricole utile) leur sont consacrés. Explication : les OGM conviennent mieux aux grandes exploitations des États-Unis (part de la SAU : environ 50 %) qu’aux petites fermes de la Chine (moins de 10 %).
En France, des stratégies agronomiques sont mises en opposition aux NBT. Le chercheur Jérôme Enjalbert (Inrae) prône l’utilisation de mélanges et de populations. Par mélanges, on entend le semis sur une même parcelle de variétés ou d’espèces différentes ; la culture peut ainsi être adaptée aux conditions locales pour minimiser les risques et présente aussi l’avantage d’une meilleure utilisation des ressources et une résistance accrue aux maladies. Par le recours à des populations, le chercheur entend le semis de plantes d’une même variété mais aux génétiques plus variées que les semences vendues par les sélectionneurs, ce qui offre des complémentarités en cas de stress.
La sélection végétale classique permet d’atteindre de tels objectifs, souligne Jérôme Enjalbert. Quant aux NBT, il leur reproche d’« être centrées sur le gène, alors qu’on a besoin d’une vision systémique ».
Propriété intellectuelle
La question des brevets est aussi soulevée par les opposants. « Nous sommes extrêmement inquiets de la situation », déclare Daniel Evain, membre de la Confédération paysanne. Le « risque majeur » avec les NBT, c’est « de voir l’ensemble des semences brevetées », selon lui. Avec comme conséquence de « perdre totalement notre indépendance alimentaire ». Un argument réfuté par le chef d’entreprise de biotech Luc Mathis. Selon lui, la multiplication des brevets sur les OGM s’explique par l’insertion de gènes étrangers pour les obtenir. Les plantes issues de l’édition génomique sont quant à elles semblables à ce qui existe naturellement. « On ne peut pas breveter ce qui est naturel », défend-il.
Reste un frein majeur à l’émergence des nouvelles techniques de sélection végétale, à savoir la directive européenne sur les OGM qui date de 2001. La Commission de Bruxelles doit rendre une étude précisant le statut des NBT. Elle est attendue en avril, précise le directeur général de l’alimentation (DGAL) Bruno Ferreira, au ministère de l’Agriculture.