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Paul Auffray, président de la FN « Ne pas se faire confisquer les modes de production »

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Face à la multiplication des démarches privées de segmentation, le président de la Fédération nationale porcine (FNP), Paul Auffray, craint que les producteurs ne perdent le contrôle de leurs modes de production, au profit des distributeurs et des ONG, en particulier sur le sujet du bien-être animal.

Pourquoi avoir choisi le collectif comme thématique de votre dernière assemblée générale, qui s’est déroulée le 22 juin à Lille ?

Il nous paraît essentiel de relancer le collectif dans nos filières agricoles où l’individualisme prime souvent au détriment de l’intérêt général, notamment au travers des démarches marketing des entreprises. Qu’il s’agisse de qualité, de sanitaire, d’environnement ou de bien-être, nous avons besoin d’un socle commun, notamment au travers du porc français. Il ne s’agit pas d’aller contre les démarches d’entreprises, mais le socle du porc français doit être un préalable aux demandes sociétales. Et le plan de filière de l’interprofession porcine s’inscrit dans cette logique.

Le risque, sinon, c’est que les producteurs se fassent confisquer les modes de production par les distributeurs et les ONG. Un distributeur déclarait encore la semaine dernière dans la presse régionale, qu’il allait « inventer l’élevage de demain avec les producteurs », mais on ne sait pas lesquels.

Seriez-vous favorable à une segmentation publique du bien-être animal, comme cela vient d’être mis en place en Allemagne ?

Nous sommes un pays latin, avec une culture culinaire affirmée, qui véhicule un certain nombre de valeurs. Un classement par étoiles, comme si l’on vendait des machines à laver, ça ne me paraît pas sérieux. Dans les pays du Nord, on achète la nourriture comme des boulons. Ça ne donne pas forcément envie de manger.

Êtes-vous opposés à toute segmentation de la production française sur le bien-être animal ?

L’élevage ne peut pas se réduire au bien-être animal, c’est l’une de ses composantes. Le sujet est devenu irrationnel. La segmentation doit se faire en écoutant les signaux du marché et notamment les demandes du consommateur. Ce n’est pas aux ONG d’orienter nos modes de production. C’est une minorité, et je refuse qu’on se fasse dicter nos méthodes d’élevage par une minorité.

"Les ONG sont une minorité, et je refuse qu’on se fasse dicter nos méthodes d’élevage par une minorité"

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Je suis plutôt favorable à des indicateurs qui soient intégrés à une charte, mais qui n’apparaissent pas forcément sur l’étiquetage. En élevage conventionnel, mes animaux sont aussi bien traités qu’en bio. Le collectif doit s’emparer du sociétal et ne pas laisser le sujet au marketing des entreprises.

Est-ce que cela ne pourrait pas être un moyen de se différencier de la concurrence espagnole ?

Le bien-être animal est un sujet sensible en Europe du Nord. A contrario, l’Europe du Sud attache plus d’importance à la qualité. Allez parler du bien-être animal à un Italien ! Certains voudraient que le bien-être animal soit l’alpha et l’oméga de l’élevage, mais je pense que la segmentation de marché doit se réaliser dans une approche globale, les signes de qualité et gustatifs faisant partie des éléments les plus importants.

La production mondiale augmente, les importations chinoises reculent, les prix baissent en Europe. Le sujet de la contractualisation va-t-il revenir sur la table ?

La contractualisation est toujours sur la table. Même si elle ne constitue qu’une partie de la réponse. Le niveau de contractualisation dans la filière dépendra toujours du marché. Actuellement, la situation se tend, aussi bien sur le plan du commerce que sur le plan sanitaire, avec la menace de la peste porcine africaine (PPA). Sur le plan économique, les fondamentaux restent les mêmes, avec un problème de compétitivité qui demeure.

Vous sentez-vous concernés par le projet de loi Egalim ?

Le problème des États généraux, ce qu’ils me paraissent trop franco-français. On ne veut pas y entendre parler de compétitivité, mais uniquement de montée en gamme. Je ne suis pas sûr que l’on pourra inverser la construction du prix, mais il est intéressant que l’on puisse faire référence aux coûts de production dans les discussions tout au long de la filière. Mais comme nous sommes tous confrontés à la concurrence, la portée de ces outils reste limitée.