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Grippe aviaire « On ne peut pas être malade de la grippe en mangeant de la viande de volaille »

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Alors qu’au 7 mai, le virus H7N9 comptait 132 cas en Chine dont 31 décès, le spectre de la grippe aviaire lié au virus H5N1 du milieu des années 2000 refait surface. Le virus H7N9 n’est pas transmissible d’homme à homme, mais les chercheurs chinois ont confirmé récemment la transmission de volailles à homme. Gilles Salvat, directeur de la Santé animale et du bien-être des animaux à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail) fait le point.

Qu’est ce que le virus H7N9, doit-on le craindre ?
Le virus H7N9 est un virus dit faiblement pathogène (FP) contrairement au virus H5N1 dit hautement pathogène (HP). Les symptômes sont très peu visibles chez les volailles, contrairement à ceux du H5N1 qui peut tuer de 80 à 90% des animaux d’un élevage. C’est ce que l’on appelle une peste : la maladie s’exprime très violemment. Si le H5N1 a fait énormément de dégâts en élevage, le H7N9, détecté aux alentours du 15 mars, est responsable de 31 décès humains sur les 132 cas d’infection détectés. Extrêmement dangereux pour l’homme, le virus s’exprime par une grippe aiguë et peut entraîner la mort. Les personnes les plus vulnérables sont âgées de plus de 60 ans ou sont les enfants en bas âge. Le lien entre le virus responsable de 31 décès en Chine et un virus affectant les volailles est désormais établi. Les autorités sanitaires chinoises estiment que 77% des cas d’infection sont expliqués par un contact avec des volailles et c’est dans les marchés de volailles vivantes qu’a été détecté le virus chez les volatiles (pigeons, poulets). Au départ, les autorités chinoises préconisaient les abattages d’élevage, mais il semblerait que le nettoyage des marchés et des camions de transport des volailles vivantes soit devenu prioritaire.

Des précautions sont-elles à prendre contre le virus H7N9 ?
Pas vraiment. Le virus n’est pas présent en Europe : ni chez l’homme, ni chez les animaux. Le scénario de migration d’animaux contaminés est peu probable car la période des migrations vers l’Europe touche à sa fin. Concernant d’éventuels risques d’entrée du virus H7N9 en France via des importations de volailles, ils sont infimes. D’une part, les importations de volailles vivantes depuis la Chine vers l’Union européenne sont interdites. De l’autre, une grippe se transmet chez l’homme par voie respiratoire. Ce n’est pas en mangeant de la viande de volaille, importée ou non, que l’on peut attraper la grippe. Enfin, la transmission d’homme à homme n’est pas encore avérée : la propagation par la migration des populations humaines est donc limitée. Le cas détecté à Taïwan est une personne qui avait contracté le virus en Chine.

Où en sont les recherches sur un vaccin contre le H7N9 ?
Les scientifiques chinois ont d’ores et déjà rendu public le séquençage ADN du virus. Il est disponible à la communauté scientifique internationale. Ce séquençage permet de suivre l’évolution de l’ADN du virus au cours du temps. Ce qui va être possible, c’est de détecter les mutations qui pourraient rendre le virus plus virulent pour l’homme, voire de le rendre transmissible d’homme à homme. Parallèlement à ce travail, la Chine et les Etats-Unis travaillent sur la mise au point d’un vaccin. Néanmoins, l’état d’avancement des recherches est confidentiel : soit parce qu’il s’agit de laboratoires privés, soit parce qu’il s’agit de laboratoires publics qui ne feront d’annonce qu’au moment de la mise au point d’un vaccin.
Mais il faut savoir que la Chine a des moyens de recherche très développés : les infrastructures et les chercheurs sont à la pointe et n’ont rien à envier aux chercheurs européens. A Shanghai, le centre de séquençage de l’ADN est l’un des plus performants et des moins onéreux au monde.

Comment un pays peut-il avoir accès à un échantillon de virus ?
Il n’existe pas de vente proprement dite. Sur le cas du virus H7N9, la Chine analyse ses propres échantillons et peut décider d’en envoyer à d’autres pays. C’est au pays demandeur de s’adresser directement aux autorités sanitaires chinoises. Si la demande est acceptée, un protocole d’accord est signé. En contrepartie, si un laboratoire trouve un vaccin, la Chine pourra toucher un intéressement. Il existe des transferts de virus à des fins purement scientifiques, mais certains de ces transferts ont un intérêt économique et commercial. En France, l’Institut Pasteur a reçu un échantillon du virus le 22 avril au Centre de National de Référence, quelques semaines après les Etats-Unis. D’une manière générale, les conditions de stockage du virus sont très strictes et le transport extrêmement sécurisé.

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