Alors que le Parlement examine le projet de loi visant à avancer les négociations commerciales, les distributeurs sont en désaccord sur leur capacité à obtenir des baisses de tarifs. À l’Assemblée, la gauche propose d’autres mesures.
« Il n’y aura pas de baisse de prix » à l’issue des négociations commerciales, a tranché Michel-Edouard Leclerc il y a dix jours. Une affirmation démentie une semaine plus tard par le patron du groupement Les Mousquetaires (Intermarché/Netto). Thierry Cotillard estime, au contraire, que la grande distribution « peut obtenir des baisses » de prix auprès des industriels, a-t-il indiqué à l’AFP. « On peut obtenir des baisses et le consommateur les verra six semaines avant la date prévue », continue-t-il, alors que l’examen du projet de loi pour avancer les négociations commerciales se poursuit en séance plénière au Sénat, le 26 octobre.
Propriétaire d’usines agroalimentaires, le groupement Les Mousquetaires a de la visibilité sur les prix des matières premières. « Je sais que sur certains marchés, on peut obtenir de la déflation », affirme Thierry Cotillard, évoquant le blé et le colza. « Les coûts du fret et du transport ont baissé, de même que les emballages », ajoute-t-il. En outre, le patron d’Intermarché affirme qu’il y a eu à l’occasion des négociations précédentes « une spéculation sur les prix de l’énergie ».
Pour le président-directeur général de Système U, Dominique Schelcher, les baisses « ne seront pas générales, mais il y en aura ». « Des propositions, il y en a des négatives, et il y en a beaucoup de positives », a-t-il expliqué le 26 octobre au micro de RMC. Le distributeur parle de demandes allant « jusqu’à 10 % d’augmentation ». Son concurrent E.Leclerc évoquait quant à lui une plage « allant de 5 à 25 % ».
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Le gouvernement persiste
Contrarié de voir certains distributeurs douter de leur capacité à aller chercher des baisses de prix, le gouvernement s’agace. Ramenant les acteurs à leurs déclarations antérieures, la ministre déléguée au Commerce et aux PME Olivia Grégoire les appelle à « un peu de cohérence et beaucoup de responsabilité ». « Nous faisons, en avançant les négociations, strictement ce que vous nous avez demandé », a-t-elle déclaré sur RTL, le 26 octobre. La ministre attend des distributeurs « qu’ils jouent le jeu et qu’ils transforment l’essai ». Elle rappelle que les prix à la production agricole ont baissé « en moyenne de 7 % sur un an », d’après les données de l’Insee.
Des parlementaires de tous bords ont déjà fait part de leur scepticisme quant à la réussite du projet du gouvernement. Deux propositions de loi (PPL) des partis de gauche ont été récemment déposées à l’Assemblée nationale dans l’objectif de faire baisser les prix de l’alimentation, et d’autre part du carburant. L’une est portée par les députés de La France insoumise, l’autre par le Parti socialiste. Dans leur PPL, les Insoumis remettent sur la table leur proposition d’instaurer des prix planchers pour l’achat des matières premières agricoles (MPA) aux producteurs. Cette mesure s’accompagnerait d’un encadrement des marges des industriels et de la grande distribution, ainsi que de la suppression du seuil de revente à perte majoré de 10 % (SRP + 10). Les socialistes axent leur proposition sur la transparence, mais aussi sur une approche d’encadrement des prix. L’objectif du texte est, entre autres, de faire figurer dans les conditions générales de vente d’un produit alimentaire « les bornes minimale et maximale entre lesquelles le prix de la matière première agricole a été fixé ». À l’instar de l’expérimentation d’un « tunnel de prix » en cours dans la filière bovine, précise la députée dépositaire du texte, Christine Pires Beaune. Autre point : faire en sorte que les clauses de révision du coût de la MPA, instaurées par Egalim 2, soient plus fréquemment appliquées. D’après le p.-d.g. de Système U, « le fonctionnement de ces clauses ne nous a pas permis d’obtenir des baisses de plus de 1 %, c’est plutôt moins ces derniers mois ».
Les acteurs politiques et économiques s’accordent à dire que le cadre actuel des négociations commerciales est arrivé en bout de course et que les lois Egalim n’ont pas rempli toutes leurs promesses. Le gouvernement a déjà annoncé une mission d’information pour une nouvelle réforme des négociations commerciales.