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Négociations commerciales : atterrissage décevant pour les industriels

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Alors que les industriels attendaient beaucoup des négociations annuelles, les principales organisations d’industries alimentaires estiment que les hausses obtenues auprès de la grande distribution se situent environ cinq points au-dessous des demandes tarifaires des fournisseurs.

« Le bilan est, hélas, toujours le même », amorce le président de l’Adepale (produits élaborés), Jérôme Foucault. Les industriels comptaient sur les négociations commerciales annuelles qui se sont achevées le 1er mars pour répercuter la forte inflation des charges et des matières premières dans leurs tarifs. Cette fois encore, c’est la déception. « Le compte n’y est pas. On est au mieux aux deux tiers des besoins (exprimés par les industriels, ndlr) », constate Jérôme Foucault. « C’est le retour de la guerre des prix », abonde le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé. Les augmentations de tarifs demandées par les coopératives étaient de 13 % en moyenne, l’écart avec les hausses obtenues sera autour de 4-5 % selon les premières estimations. « Chaque année, on croit que ce sont les négociations les plus difficiles. Cette année, on est arrivés à un point de non-retour », relève la directrice juridique de l’Ania (industries alimentaires) Marie Buisson.

Les adhérents de l’Ania demandaient entre 13 et 15 % de hausse de tarifs. « Il y aura un écart d’au moins cinq points » à l’arrivée, évalue-t-elle. Pour les TPE, PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire), l’atterrissage se situe entre 7 et 8 % de hausses, selon les premières estimations de la Feef. À la veille de la clôture des négociations commerciales, le 28 février, le président de Système U Dominique Schelcher, puis le directeur général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) Jacques Creyssel, ont indiqué tour à tour que les hausses obtenues par les industriels étaient d’environ de 10 %. Il faudra attendre quelques jours pour connaître le bilan officiel.

Des négociations sur la part agricole

Les discussions entre les fournisseurs et la grande distribution ont une nouvelle fois été extrêmement tendues. Quelques heures avant la clôture des négociations, le taux de signatures était encore « très faible », témoigne Marie Buisson. Le porte-parole de Lactalis, Christophe Piednoël, expliquait par exemple, le 28 février sur Radio Classique, que le géant du lait avait « signé avec deux des grands réseaux de distribution sur cinq ». Les tensions ont porté principalement sur les matières premières industrielles, devenues la variable d’ajustement avec la sanctuarisation des matières premières agricoles (MPA) dans Egalim 2. Cependant cette part du tarif, logiquement non négociable, n’aurait pas toujours été épargnée. La présidente de la FNSEA Christiane Lambert a dénoncé, également sur Radio Classique, le comportement de distributeurs qui « essaient de contourner la loi » sans payer « la juste part aux agriculteurs ». « Un certain nombre de distributeurs contestent l’augmentation des charges des industriels et des agriculteurs », a-t-elle poursuivi. « Sur les MPA, nous sommes à 87 % de prise en compte, alors que nous devrions être à 100 % », confirme Marie Buisson.

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L’édition précédente des négociations commerciales avait été marquée par la mise en œuvre à marche forcée de la loi Egalim 2, entrée en vigueur à la toute fin octobre, et le retour de l’inflation, avec une hausse globale des tarifs de 3 %. Le déclenchement de la guerre en Ukraine et l’explosion des charges industrielles et agricoles qui s’est ensuivi ont contraint les parties prenantes à renégocier leurs contrats tout au long de l’année. Au final, l’inflation des produits alimentaires s’établissait à 14,5 % sur un an en février 2023, selon l’Insee. Le président de l’Adepale, Jérôme Foucault, s’attend à voir le même scénario se reproduire cette année « avec de nouvelles augmentations de tarifs ». « Beaucoup d’entreprises auront besoin de renégocier lorsque leurs contrats d’énergie vont arriver à échéance », abonde le président de la Feef, Léonard Prunier. À l’Ania, on observe que les clauses de renégociation prévues dans les contrats en cas de fortes variations du coût des matières premières ont été « mieux rédigées » dans les contrats et devraient permettre d’éviter de rouvrir officiellement les négociations commerciales.

L’écart avec les hausses obtenues sera autour de 4-5 %

« Le compte n’y est pas »

Bercy promet des « mesures » pour contenir l’inflation

À la veille de la clôture des négociations commerciales annuelles, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a promis, le 28 février, lors de la session de questions au gouvernement à l’Assemblée, de nouvelles « mesures » pour « contenir l’inflation » sur les produits alimentaires. Le ministre a indiqué travailler « depuis plusieurs jours » sur des « solutions », sans donner plus de précisions. En visite au Salon de l’agriculture, le 2 mars, le ministre de l’Économie s’est dit favorable à un dispositif de soutien « qui touche tous nos compatriotes ». L’exécutif reste très vague sur les contours du dispositif en question. « Il ne s’agit pas d’avoir des prix les plus bas possible sur tous les produits sans exception », mais « d’offrir une porte de sortie à tous les consommateurs qui peinent à boucler les fins de mois, en leur disant que sur un certain nombre de produits, ils trouveront les prix les plus bas possibles », précise-t-il seulement. La semaine précédente, le locataire de Bercy avait ouvert la porte à l’abandon du panier anti-inflation. Pour financer ces efforts, les distributeurs et les industriels devront « faire leur part du chemin » prévient-il. « Tout ne peut pas être payé par l’État ».