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Négociations commerciales : des premières hausses et une ambiance tendue

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Dans le cadre des renégociations commerciales, les industriels ont fait passer des premières hausses en viandes, d’après Christiane Lambert. La présidente de la FNSEA décrit une ambiance « épouvantable », à l’image de la passe d’armes entre Leclerc et les coopératives sur le prix des céréales.

En réunion hebdomadaire de suivi des renégociations commerciales, « certains industriels annoncent qu’ils ont réussi à passer des hausses », notamment sur les viandes, a indiqué Christiane Lambert le 26 avril. Lors d’un échange avec la presse, la présidente de la FNSEA a cité les volailles, pour lesquelles des hausses de tarifs de 16 % auraient été actées, alors qu’« il faudrait 25 % pour certaines espèces ». En steak haché, produit phare du rayon viandes rouges, des hausses « sont en train de passer ». Quelques jours avant la réunion hebdomadaire du 28 avril, la responsable syndicale a décrit une « foire d’empoigne épouvantable », notamment avec la poursuite de l’application des pénalités logistiques par certaines enseignes, malgré leur interdiction. Des pénalités qui ont représenté 250 M€ en 2021, d’après un récent rapport du Sénat.

« Logique de marché noir »

« Certains distributeurs osent parler de réversibilité des hausses », s’offusque-t-elle, tandis que « Michel-Édouard Leclerc conteste la flambée des coûts due à la guerre en Ukraine. » « Cela fait des mois qu’on me dit que le plus mauvais distributeur en termes d’achat, c’est Carrefour », tacle encore Christiane Lambert, notant que l’enseigne n’a « pas changé de logiciel ». Et la présidente de la FNSEA de donner l’exemple des producteurs de carottes de la Manche, contraints d’investir dans du stockage à la suite de l’interdiction du dichloropropène (un nématicide). « Carrefour a d’abord promis qu’il leur resterait fidèle, avant de menacer de se fournir en Italie pour 2 ct€/kg de moins ! » Plus largement, la présidente de la FNSEA estime toutefois que les lois Egalim 1 et 2 ont « produit des effets », tout en soulignant le « courage » du gouvernement dans son arbitrage des négociations commerciales.

Autre signe d’une ambiance tendue : la passe d’armes entre les coopératives et Leclerc sur les céréales. Interrogé par Agra Presse, le président de la Coopération agricole (LCA) Dominique Chargé a jugé « peu responsables » les propos tenus par Michel-Édouard Leclerc sur BFMTV le 27 avril, contestant ses accusations à l’encontre de coopératives céréalières. Lors d’une précédente interview, M.Leclerc avait reproché à des acteurs du marché du blé de profiter de situation créée par la guerre en Ukraine pour « spéculer » et attendre que les cours montent pour vendre leurs stocks. Le 27 avril, il a directement mis en cause « des coopératives ». Le patron de Leclerc a accusé « des boîtes » de faire « des enchères à l’envers » en promettant aux distributeurs des stocks en échange d’importantes hausses de tarifs. « C’est une logique de marché noir », a-t-il acquiescé, reprenant les mots employés par la journaliste Apolline de Malherbe.

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Hausse « mécanique » pour les coops

« M. Leclerc a toujours besoin d’un bouc émissaire pour expliquer au consommateur que ce n’est pas lui, c’est les autres, déplore Dominique Chargé. Il serait le grand défenseur du pouvoir d’achat et les autres des tricheurs. » Le président de LCA explique que la rareté du blé est créée par le blocage des ports en mer Noire, qui fait « mécaniquement » flamber les prix. « Oui, nous avons du blé dans nos silos, mais tout est déjà vendu », clarifie celui qui est aussi administrateur de Terrena.

Le patron des magasins Leclerc a donc une nouvelle fois exprimé sa défiance envers les industriels, plaidant pour la mise en place d’une « commission d’investigation » d’initiative gouvernementale afin d’objectiver les hausses demandées par ses fournisseurs. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir Dominique Chargé : « Pour investiguer quoi ? Que le pétrole et le blé coûtent plus cher ? Il y a les cotations des organismes indépendants pour ça ! » Le président de la Coopération agricole a fait part de son souhait de demander un droit de réponse à BFMTV pour répondre à l’interview de Michel-Édouard Leclerc.