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Négociations commerciales : les laiteries proches de l'asphyxie

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Sans lâcher la pression sur les renégociations actuelles avec la grande distribution, l’industrie fixe déjà un horizon pour les négociations de 2023. La Coopération laitière veut passer la barre des 500 €/ 1 000 l pour les producteurs.

Pas question pour les coopératives laitières d’attendre la fin du mois d’octobre et les nouvelles négociations commerciales annuelles pour exiger de nouvelles hausses de tarif. « Il nous faut passer au moins 15 % de hausses supplémentaires à partir de ce mois-ci », a déclaré le nouveau président de la Coopération laitière, Pascal Le Brun (Eurial), lors de la conférence de presse de rentrée de l’organisation, le 5 septembre. « L’inflation pèse énormément sur nos coûts de production. Les coopératives font tampon, mais ça devient insupportable, alerte celui qui est aussi le président de la branche lait d’Agrial. Nous ne pouvons pas rester dans cette situation avec une grande distribution qui nous étrangle ! » Il y a urgence, explique-t-il, pour maintenir l’outil industriel, réaliser les investissements nécessaires à la transition écologique et soutenir l’élevage. « En 2023, il faut rejoindre les 500 €/1 000 l de nos voisins européens », affirme-t-il. Les ventes en grande distribution représentent 78 % du chiffre d’affaires global des coopératives laitières, dont un tiers sous une marque de distributeur (MDD). « La guerre des prix est en train de tuer l’amont agricole », avertit Pascal Le Brun.

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De possibles arbitrages sur les fabrications

« Certaines lignes de production risquent d’être coupées si elles ne sont plus rentables », avertit le président de la Coopération laitière. De plus, les coopératives pourraient être tentées d’aller sur des marchés « plus rémunérateurs », ailleurs en Europe. Dans un communiqué du 2 septembre, le syndicat des fabricants de produits laitiers frais (Syndifrais) alertait lui aussi sur la disponibilité des produits. « Les industriels vont devoir arbitrer au sein de leurs gammes car certaines sont aujourd’hui en marges négatives », indique Syndifrais qui estime les besoins de revalorisation des industriels entre 20 % et 24 % pour l’année 2022. Alors que les négociations commerciales annuelles vont débuter au 1er novembre, le syndicat évalue déjà les besoins de revalorisation entre 15 et 20 % supplémentaires en 2023. Il appelle les clients à accepter les hausses demandées par les fournisseurs et à accélérer « les délais d’application des tarifs négociés ». En effet, les hausses de tarifs, quand elles sont acceptées, prennent parfois plusieurs mois à être appliqués. « Si la loi Egalim impose aux distributeurs de prendre en considération les hausses de coût de production de lait, ils le font dans des délais très longs, souligne Syndifrais. Entre l’augmentation du prix du lait payé au producteur et l’évolution des prix payés par les distributeurs, il peut s’écouler 4 à 6 mois, grevant très lourdement les trésoreries des entreprises. »

« La guerre des prix est en train de tuer l’amont agricole »