À deux semaines de la fin des négociations, le gouvernement veut croire en des avancées. La FNSEA multiplie les actions sur le terrain pour faire entendre sa voix auprès de la distribution.
Après avoir brandi le bâton durant la précédente réunion, le ministre de l’Agriculture et la ministre déléguée chargée de l’Industrie semblent avoir plutôt usé de la carotte lors du comité de suivi des négociations commerciales du 17 février. « Grâce à une prise de conscience depuis quinze jours, le climat est un peu plus apaisé avec des avancées qui vont dans le bon sens », rapportent les cabinets des ministres lors d’un briefing à la presse, à la sortie de la réunion. Il a également été observé une différenciation selon la taille des fournisseurs, les PME jouissant d’un taux de signature plus élevé et d’une approche prix « plus constructive ».
Il faut dire aussi que les contrôles ont été sérieusement renforcés. Pour la première année, ils sont effectués pendant la période des négociations et non a posteriori. Deux cents ont déjà été réalisés en six semaines. Ils portent sur l’utilisation des indicateurs, sur les pénalités logistiques et sur des prix signalés comme abusivement bas. « La question est de savoir si ces avancées seront suffisantes pour permettre de l’inflation dans les secteurs qui en ont besoin », conviennent les cabinets. « Les quinze prochains jours seront donc déterminants pour opérer un mouvement d’ensemble et traduire ces intentions dans les contrats », estiment ainsi Julien Denormandie et Agnès Pannier-Runacher.
Quelques timides annonces
Juste avant la tenue de ce comité, quelques signatures de contrats ont été dévoilées publiquement. Les distributeurs Carrefour et Système U sont parvenus par le biais de leur centrale d’achat Envergure à des accords dans les secteurs laitiers. « Ces accords porteront le prix du lait (qualité conventionnelle GMS France) à 375 €/1 000 litres, hors primes, pour Sodiaal et Yoplait, 385 € pour Lactalis et 386 € pour Savencia, toutes primes confondues », indiquent les enseignes.
Dans la filière lait de chèvre, les distributeurs ont signé un accord à 790 €/1 000 litres avec le leader français Eurial qui commercialise la marque Soignon. Un prix en hausse en lait de chèvre, car l’année dernière, ils s’étaient entendus sur un prix de 749 € les 1 000 litres toutes primes comprises.
Lidl a également signé un contrat avec Savencia en lait de vache à un « prix de base du lait compris entre 358 € et 368 €/1 000 l selon les régions soit 386 €/1000 l toutes primes confondues pour les producteurs de Savencia ». Il concernera 140 millions de litres de lait. « Ces accords sont les prémices d’une transparence entre industriels et distributeurs, et la prochaine étape réside dans l’intégration de l’éleveur dans les discussions afin d’aboutir à une relation de confiance et de transparence totale : le contrat tripartite », estime Michel Biero, directeur exécutif achats de Lidl France.
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Le réseau FNSEA JA passe à l’action
Au ton de leurs communiqués de presse, les syndicats agricoles ne semblent pas partager entièrement le constat des ministres. « Tolérance zéro ! », lancent la FNSEA et les JA, assurant que « c’est une déflation en cascade qui s’impose aux producteurs dans de trop nombreux secteurs ». De son côté, la Coordination rurale a décidé de déserter les comités de suivi, estimant qu’ils « ne servent à rien ».
Le réseau du syndicat majoritaire a multiplié les actions locales. En association avec les groupements de l’UGPVB, les producteurs d’œufs des FRSEA de Bretagne et Pays de la Loire se sont mobilisés à Rennes et Nantes. À deux semaines de la fin des négociations commerciales annuelles, ils dénoncent les pratiques de Carrefour, Auchan, Casino et Aldi, qui exigent, selon elles, « une baisse générale de leurs prix d’achat des œufs de 4 % ». Ces enseignes « refusent de prendre en compte le minimum, à savoir l’augmentation des coûts de production des éleveurs ». En Nouvelle Aquitaine, des mobilisations ont également eu lieu devant des supermarchés. Une plainte a été déposée « contre les grandes enseignes qui ne respectent pas les Egalim ».
Dans l’Ain, les manifestations ont lieu devant la préfecture. La FDSEA et les JA de l’Ain y demandent la « réouverture du débat législatif pour étayer la loi avec des amendements supplémentaires qui garantiront le retour de la valeur aux producteurs ». Il faudrait pour cela que le gouvernement dépose un nouveau projet de loi ou qu’un député dépose une proposition de loi et qu’elle soit ajoutée au calendrier législatif.
Si le renforcement de la loi par la loi « reste une option », conviennent les cabinets ministériels, ce n’est pas la voie qui semble être privilégiée par le gouvernement actuellement. Ce dernier pousse plutôt pour le dialogue, la médiation et le contrôle. De nombreuses alternatives – renforcement de la médiation, contrats pluriannuels, outil de transparence, sanction administrative, contrôles précoces… – qui ne nécessitent pas de passer par la loi sont déjà sur la table.