Industriels, producteurs et syndicats du secteur sucrier européen lancent un cri d’alarme à l’intention de la Commission européenne dans le cadre des négociations UE/Mercosur et la suspectent de tenter d’inclure le sucre dans sa future offre commerciale.
Le CEFS (Comité européen des fabricants de sucre), la CIBE (Confédération internationale des betteraviers européens), le COPA-COGECA (Comité des organisations professionnelles agricoles et Coopératives agricoles de l’UE) et l’EFFAT (Fédération européenne des syndicats de l’alimentation et de l’agriculture) ont dans un communiqué commun sommé la Commission européenne de rejeter toute tentative d’inclure le sucre dans l’offre commerciale révisée qu’elle compte présenter aux prochaines négociations commerciales UE/Mercosur. Ce tir groupé sur Bruxelles intervient alors que l’UE envisage de modifier son offre d’accès au marché des pays membres du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) (1) pour y inclure les produits sensibles, dont le sucre, lors du prochain cycle de négociations commerciales qui se déroulera du 4 au 10 décembre à Bruxelles. Ces organisations soupçonnent les négociateurs de la Commission européenne de risquer de ne pas se montrer à la hauteur et de ne pas maintenir une position ferme sur le sucre face aux partenaires du Mercosur. Elles se disent déterminées à ne pas payer pour les intérêts offensifs d’autres secteurs industriels ou pour ceux du régime du sucre et de l’éthanol soutenu par l’État brésilien. Bernhard Conzen, président de la CIBE, affirme que « la Commission européenne demande en fait aux producteurs et aux transformateurs de betteraves de l’UE de faire des sacrifices pour les intérêts brésiliens, ce qui est totalement inacceptable. Il est incompréhensible et absurde d’imposer aux agriculteurs de l’UE des normes toujours plus strictes pour des prix toujours plus bas et, en fin de compte, d’importer des normes toujours plus basses. Il faut que ça cesse sinon nous allons droit vers une crise majeure et très douloureuse."
Aux yeux du lobby du secteur sucrier européen, une plus grande ouverture du marché du sucre de l’UE serait gravement préjudiciable au secteur communautaire du sucre de betterave et « mettrait en péril une grande partie des 140 000 agriculteurs, 30 000 employés et des centaines de communautés rurales dont les moyens d’existence dépendent de ce secteur ». Elle saperait aussi la durabilité et la dynamique du secteur à un moment d’incertitude sans précédent après la fin des quotas de production qui est intervenue le 1er octobre 2017. « Le risque de nouvelles fermetures d’usines est élevé », ont prévenu de leur côté, le président du CEFS, Johann Marihart et le secrétaire général de l’EFFAT, Harald Wiedenhofer. Pour les porte-voix du secteur du sucre européen, « il n’existe pas de conditions de concurrence équitables entre l’UE et le Brésil ; la Commission continue à rêver que notre secteur est en mesure de faire face à une plus grande ouverture du marché sans conséquences et continue à se cacher de la réalité : c’est irresponsable », a souligné Johann Marihart. « S’agit-il de la future stratégie européenne en matière de main-d’œuvre après les promesses du récent Sommet social de Göteborg ? » s’est demandé, sans rire, Harald Wiedenhofer.
Pour Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca, le secteur du sucre en Europe a besoin d’accords commerciaux équitables et équilibrés qui garantissent que nous n’aurons pas d’excédents sur notre marché. Selon lui, « les agriculteurs de l’UE et leurs coopératives ne devraient pas être pénalisés lorsque l’UE négocie des accords de libre-échange. Ils ne peuvent pas se permettre des pertes de revenus supplémentaires résultant d’un accord commercial qui exerce une pression accrue sur les marchés du sucre, de l’éthanol et du bœuf de l’UE dans le cadre d’un accord commercial. Dans les secteurs du sucre et de l’éthanol, il n’existe pas de règles du jeu équitables avec le secteur de l’éthanol des pays du Mercosur qui ont mis au point des systèmes sophistiqués de soutien interne. Nous sommes déjà un importateur net important de produits agricoles de ces pays et en augmentant leur accès à notre marché, il y aurait un risque supplémentaire de déforestation dans ces pays au détriment du climat ».
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Pour sa part, la Commission européenne se dit déterminée à conclure un accord avec les pays du Mercosur, des partenaires amenés à jouer à l’avenir un rôle déterminant en matière de croissance. Elle considère que les négociations avec ces pays progressent rapidement et elle se fixe pour objectif d’aboutir à une conclusion politique des négociations d’ici la fin de l’année 2017.
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