La FNSEA a défendu le 11 mai un renforcement des conditions d’utilisation des néonicotinoïdes, comme préconisé par l’Anses en janvier dernier. Eric Thirouin, le président de la commission Environnement, a pointé les conséquences néfastes d’une interdiction.
« On demande aux sénateurs de voter cette loi (biodiversité) avec un encadrement de l’utilisation des néonicotinoïdes et absolument pas en (les) interdisant », a déclaré le président de la commission Environnement Eric Thirouin, lors d’un débat organisé par la Fondation Concorde. À ses yeux, une telle suspension aurait « des conséquences plus importantes » pour l’environnement. « Si on arrête les néonicotinoïdes, il y aura d’autres produits qui seront certainement plus dangereux, donc pour les abeilles, mieux vaut les maintenir ».
Annie Genevard, députée maire de Morteaux (Les Républicains, Doubs) a reproché aux producteurs de miel d’avoir « diabolisé ces substances ». Et de tacler le gouvernement par qui, d’un point de vue général, « les questions agricoles sont aujourd’hui essentiellement abordées sous l’angle de l’environnement et insuffisamment sous l’angle de l’économie ». « L’écologie a pris le pas sur tous les autres débats », a-t-elle déploré, prenant pour cible la loi d’avenir pour l’agriculture adoptée en 2014. La députée a lancé un appel à « retrouver un peu de raison » : « Les produits phytosanitaires ont constitué une grande avancée, on en a réduit l’utilisation de façon très importante ».
Un manque d’alternatives
Autour du thème provocateur « Qui veut tuer notre agriculture ? », le débat animé par l’économiste Philippe Chalmin s’est orienté sur le manque d’alternatives à disposition des producteurs. Eric Thirouin a rappelé que les néonicotinoïdes protègent contre la jaunisse nanisante de l’orge, responsable de chutes de rendement « de plus de 30 % ». « Cette année, on a eu quelques ruptures de livraison de semences traitées, a-t-il indiqué. Beaucoup de champs sont fortement endommagés par la jaunisse nanisante. »
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Autre inquiétude, celle liée à l’interdiction du diméthoate. « On n’a plus rien pour attaquer » l’insecte visé, Drosophila suzukii. Un ravageur en pleine expansion, selon lui, qui affecte les cerises mais aussi les mirabelles, la vigne. Sans oublier que le diméthoate permet de contrôler la mouche de l’olivier. « C’est bien gentil de dire “on a peur des produits phytosanitaires”, mais derrière on n’a pas peur des cultures ravagées, d’avoir une France à la ramasse faute d’avoir les mêmes armes par rapport aux concurrents européens », a soulevé Eric Thirouin. Le responsable syndical a reproché au ministre de l’Agriculture sa gestion du dossier, Stéphane Le Foll n’ayant obtenu ni l’interdiction du produit à l’échelle de l’UE, ni la fermeture des frontières européennes. « Ce qui nous tue, c’est le principe de précaution systématique », a-t-il lancé.
« Si on arrête les néonicotinoïdes, il y aura d’autres produits qui seront certainement plus dangereux », selon Eric Thirouin
Interdiction des néonicotinoïdes : le leadership de l’orge française menacé, selon l'AGPB
Un sondage BVA auprès des producteurs d’orge d’hiver montre que 59 % d’entre eux réduiraient voire arrêteraient cette culture en cas d’interdiction des néonicotinoïdes, a indiqué le 10 mai l’AGPB (producteurs de céréales à paille), voyant une menace pour le leadership français. « Une interdiction généralisée des néonicotinoïdes conduirait 59 % des producteurs à réduire ou à arrêter leurs cultures d’orge d’hiver (21 % à réduire un peu, 24 % à réduire fortement, 14 % à arrêter complètement) », selon un communiqué. Interrogés sur des alternatives « aussi efficaces », 67 % jugent qu’il n’y en a pas, 19 % disent n’en savoir rien, 14 % y croient dont 6 % pensent à d’autres phytos « considérés par la moitié des producteurs comme présentant plus de risques pour l’environnement ». Une interdiction des néonicotinoïdes « pourrait remettre en cause cette culture en France, deuxième pays exportateur d’orge de brasserie au monde et premier en malt », déplore Philippe Pinta, le président de l’AGPB qui réitère son appel aux sénateurs à repousser la mesure votée par les députés. Lors des trois dernières campagnes, 86 % des producteurs ont utilisé des semences d’orge d’hiver enrobées de produits à base de néonicotinoïdes, révèle aussi le sondage.