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Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Séna Néonicotinoïdes : « Le gouvernement Castex est tout sauf écologiste »

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Pour le sénateur de l’Isère et président du tout nouveau groupe écologiste de la chambre haute, la loi sur les néonicotinoïdes va à « contre-sens de l’histoire » et marque un manque d’engagement plus général de la majorité et du gouvernement sur l’écologie.

Votre groupe avait déposé une question préalable pour bloquer l’examen de la dérogation avant le débat. Pourquoi refuser de discuter d’un projet de loi que vous dénonciez ?

Le gouvernement est à contre-sens de l’histoire en réautorisant ce pesticide. Nous sommes toujours pour le débat, mais celui-ci a déjà eu lieu en 2016. Ces molécules ont déjà été interdites, et le gouvernement veut revenir en arrière à cause d’une mauvaise récolte. C’est une fausse route ! Mettre le doigt dans ce type d’engrenage est contraire au principe de non-régression du droit de l’environnement, instauré par la même loi sur la biodiversité, et ne permettra jamais de se pencher sérieusement sur les alternatives.

Vos collègues sénateurs ont-ils partagé les réticences que certains députés, dans les rangs même de la majorité, avaient pu avoir au moment du vote solennel ?

Je n’ai pas senti de gêne chez les Républicains, ni même chez en Marche. Au Sénat, l’entente a été assez bonne entre ces deux groupes, et a entraîné une accélération des discussions, que ce soit en commission ou en séance. Nous avons en revanche soutenu une motion d’inconstitutionnalité portée par le groupe Communiste, que nous aurions déposée nous-mêmes s’ils ne l’avaient pas fait.

Y avait-il pour vous d’autres solutions que cette dérogation ?

Cette crise de la jaunisse doit pour moi être comparée aux effets d’une grêle. Il y a bien eu une baisse de production, mais elle a été moins grave que ce que certains ont pu le dire, et elle appelait avant tout à une indemnisation collective. Plus généralement, la crise de la betterave ne date pas d’hier. Elle remonte à la fin des quotas, au renforcement de la concurrence de pays comme le Brésil. Face à ces changements, la France ne peut plus être compétitive sur le marché mondial, et il est donc nécessaire d’imaginer d’autres solutions pour la filière. On sait, par exemple, que notre pays est en pénurie de sucre bio, et qu’il y aurait là des opportunités pour les producteurs.

Qu’est-ce que ce dossier dit pour vous de l’engagement du gouvernement sur l’écologie ?

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On commençait à s’en apercevoir, mais les néonicotinoïdes confirment que le gouvernement Castex est tout sauf écologiste. Les décisions sont prises sur la base d’une réflexion économique de très court terme, qui n’améliorera rien. Et avec la crise du coronavirus, cette tentation de reléguer l’environnement à plus tard est devenue plus grande, mais ce sera encore pire ! C’est aujourd’hui et maintenant qu’il ne faut pas se tromper sur les décisions.

Pourquoi Barbara Pompili a-t-elle été absente selon vous lors des débats ?

Même si j’apprécie Barbara Pompili, je ne me faisais pas d’illusions. La loi sur la biodiversité était son texte, et on aurait pu penser qu’elle était allée au gouvernement parce qu’elle avait obtenu des garanties. Depuis l’échec de notre Nicolas Hulot, nous nous doutions cependant que la force des intérêts privés était trop grande dans ce gouvernement. Les néonicotinoïdes confirment que Barbara Pompili n’obtiendra, elle, non plus jamais gain de cause dans les arbitrages.

Est-ce le premier sujet important pour votre groupe nouvellement constitué au Sénat ?

C’est le premier sujet de fond, car il pose la question du changement de modèle agricole. Nous défendons une écologie joyeuse qui, avec la relocalisation, le développement de la bio et des circuits courts, permet aux agriculteurs de bien vivre, et crée de l’emploi. Or pour tout cela, il faut une volonté très claire, mais la majorité actuelle n’a rien fait pour accompagner les agriculteurs dans cette transition, préférant encourager la monoculture de maïs ou de betterave.

Nous porterons cette transition agricole dans les discussions autour de la prochaine Pac, mais également à l’occasion des prochains scrutins locaux. Car pour faire évoluer les choses il faudra, à l’occasion des prochaines départementales, des régionales, ou des présidentielles, élire des représentants qui aspirent réellement au changement.