Abonné

Actionnariat Nestlé endigue la fronde des actionnaires

- - 4 min

De justesse. Malgré le vent de révolte soufflant de la part de certains actionnaires à l’assemblée générale de Nestlé à Lausanne, Peter Brabeck, déjà directeur général de Nestlé, a été élu président du conseil d’administration, en remplacement de Rainer Gut, à la veille d’un départ à la retraite.

C’est une victoire pour les partisans du double mandat, pourtant impopulaire en Suisse parmi les actionnaires, inquiets de la concentration des pouvoirs, et dans le camp des militants de la gouvernance d’entreprise. Ainsi la proposition d’Ethos d’interdire le double mandat de Peter Brabeck a été rejetée par 50,55 % des voix. Dans sa révolte, le fonds d’investissement genevois avait pourtant réussi à entraîner l’association d’actionnaires Actares, deux représentants d’investisseurs institutionnels, la société américaine Institutional Shareholeder Service (ISS) et le belge Deminor, et 5 caisses de pension suisses. Quelque 35,9 % des actionnaires ont voté pour, quand l’initiateur de la proposition s’attendait à un score de 20 %, et 13,5 % se sont abstenus. Dans une intervention juste après le vote, Peter Brabeck a remercié les actionnaires, pour leur décision « juste », sans cacher sa déception quant aux résultats du vote. Par ailleurs, l’assemblée générale a rejeté, mais cette fois-ci à une forte majorité, une autre proposition d’Ethos, visant à réduire le seuil des actions nécessaires pour déposer une proposition. Cette proposition a été rejetée par 74 % des votants. 13 % ont voté pour et 12 % se sont abstenus.

Un chantage à la démission

Ces derniers temps, à l’approche de l’assemblée générale, un fossé semblait s’être creusé entre Peter Braback et les actionnaires, qui lui reprochaient une certaine arrogance et une communication maladroite. Peter Brabeck, piqué au vif par la fronde menée par Ethos, avait en effet menacé de démissionner, en assurant que le conseil d’administration le suivrait, si les résolutions étaient acceptées. Après le vote, en pied de nez à ses détracteurs, l’homme désormais porteur d’une double casquette a tenu à préciser qu’il n’avait jamais demandé au Conseil de devenir président. « Je l’ai accepté, pour des raisons précises, car nous sommes au milieu d’une grande transformation stratégique du groupe », a-t-il ajouté. En interdisant le double mandat, comme la Fondation Ethos le réclamait, le groupe aurait limité « sa flexibilité ». Andreas Koopmann et Rolf Haenggi ont été élus vice-présidents exécutifs pour assister Peter Brabeck dans sa mission alors que le professeur allemand Guenter Globel, enseignant actuellement à l’Université Rockfeller de New York et prix Nobel de médecine en 1999, a été élu pour quatre ans au conseil d’administration.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Un double mandat pour « 2 à 3 ans »

« C’est une solution pragmatique », a déclaré quant à lui Rainer Gut, selon qui, en dépit de recherches assidues pendant 5 ans, il n’a pas été possible de trouver un remplaçant pour Peter Brabeck, directeur général depuis 7 ans. « Nous refusons de nous lier les mains et les pieds avec l’interdiction du double mandat », a ajouté le président sortant du conseil d’administration de Nestlé, tout en précisant que ce double mandat devrait durer 2 à 3 ans, le temps de trouver un successeur à Peter Brabeck en tant que directeur général du groupe. Devant les quelque 2500 actionnaires réunis, Rainer Gut avait en effet plaidé pour une « continuité stratégique et une gestion efficace en tout temps ». Avant la tenue du vote, le président sortant avait tout de même tenu à rassurer les actionnaires, inquiets de menaces de démission. « Il y a des solutions de rechange », a-t-il ainsi déclaré, et Peter Brabeck prendra le cas échéant « une décision personnelle ». Rainer Gut s’est aussi déclaré déçu par le fait que des caisses de pension suisses soutiennent la proposition d’Ethos. « Je ne pense pas que le travail du conseil d’administration de Nestlé mérite cette méfiance », a commenté Rainer Gut.

« Ce serait mieux pour la santé de M. Brabeck de renoncer à ce double mandat, et aussi pour la santé du groupe », se serait ainsi exclamé une actionnaire de Lausanne. Une autre a demandé quelles étaient les conséquences financières de ce double mandat, sans obtenir de réponse. En effet, selon le journal économique suisse Cash, Peter Brabeck gagne actuellement 12 millions de francs suisses (8 millions d’euros) par an environ, soit 6 fois plus qu’en 2000, et Rainer Gut 2,8 millions FS.