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Nestlé : une nouvelle stratégie pour davantage de croissance

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Analyse > L’arrivée en janvier du nouveau p.-d.g. Ulf Mark Schneider est synonyme de grands changements pour Nestlé. Cession des confiseries aux États-Unis, premiers pas dans la foodtech, recentrage sur l’eau, le café, le lait infantile et la nourriture pour animaux domestiques, rachat massif d’actions… Sous pression de Third Point, la « vieille dame » de Vevey veut renouer avec la croissance.

Un vent nouveau souffle sur les bords du Léman. Au siège de Nestlé, à Vevey, l’arrivée du nouveau p.-d.g., l’Allemand Ulf Mark Schneider, se traduit par des changements importants. Mi-juin, on apprenait ainsi que Nestlé prévoyait « d’explorer des options stratégiques pour ses activités de confiserie aux États-Unis, y compris une vente potentielle », selon un communiqué. Le géant agroalimentaire (89,5 milliards de francs suisses, dont 7,9 milliards dans les eaux en bouteille) indiquait même une échéance pour y arriver : cet examen sera finalisé à la fin de cette année, précisait-il. Il s’agit d’une activité importante, qui a enregistré des ventes d’environ 900 millions de francs suisses (828 millions d’euros) en 2016, soit environ 10 % des ventes de confiseries de Nestlé dans le monde. Elle comprend principalement les marques locales populaires comme Butterfinger, BabyRuth, 100Grand, SkinnyCow, Raisinets, Chunky, OhHenry ! et SnoCaps, de même que les marques locales de sucrerie telles que SweetTarts, LaffyTaffy, Nerds, FunDip, PixyStix, Gobstopper, BottleCaps, Spree et Runts. La marque internationale de chocolat Crunch est aussi incluse.

Quelques jours plus tard, Nestlé annonçait, sur le même marché nord-américain, un premier investissement dans la foodtech, un créneau sur lequel il est absent, avec une prise de participation minoritaire dans Freshly, une société spécialisée dans la livraison à domicile de plats préparés frais. Nestlé intervient en tant que principal investisseur dans une levée de fonds de 77 millions de dollars (69 millions d’euros) et entre ainsi sur le segment en pleine expansion des plats préparés que les consommateurs peuvent commander en ligne. Les fonds levés permettront de construire un site de préparation des plats cuisinés et de distribution sur la côte Est, qui devrait entrer en service en 2018.

Sous pression de Third Point

Le 26 juin, la pression sur Nestlé s’est faite plus insistante, alors que le fonds activiste Third Point, annonçait dans une lettre à ses investisseurs détenir désormais 1 % du capital de l’entreprise suisse. Fort de 40 millions d’actions, représentant plus de 3,5 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros), Third Point estime que, sur les dix dernières années, la croissance de Nestlé a ralenti sur fond de changements dans les goûts des consommateurs, mais aussi dans les comportements d’achat et de concurrence accrue de petites entreprises plus locales. « Alors que ses homologues se sont adaptés à ce monde de plus faible croissance, Nestlé est resté coincé dans ses vieilles habitudes », a épinglé le fonds, pointant que le groupe ne parvenait plus à tenir ses objectifs de croissance.

Nestlé avait longtemps visé une croissance annuelle de 5 à 6 % de ses ventes (hors effets de change et de ventes ou achats d’actifs) qu’il tenait avec fiabilité, au point de l’appeler lui-même le « modèle Nestlé ». Mais depuis quatre ans, note l’AFP, face au ralentissement dans les pays émergents et la morosité de la consommation en Europe, il n’a plus atteint ce niveau de croissance, élevé pour le secteur de l’alimentation, qui lui valait de figurer parmi les valeurs favorites des investisseurs. Le fonds l’a toutefois exhorté à mettre en place un plan d’action audacieux pour s’attaquer à une « culture statique » chez Nestlé.

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Third Point a posé quatre exigences, estimant tout d’abord que la rentabilité pouvait être nettement améliorée et suggéré de commencer par fixer un objectif formel pour sa marge de l’ordre de 18 à 20 % d’ici 2020. Le fonds a ensuite noté que le groupe était moins endetté que nombre de ses concurrents et l’a appelé à utiliser ce levier pour accroître le retour aux actionnaires par le biais de rachats d’actions. Bien que le groupe ait déjà lancé une revue de ses activités en 2013, le fonds a aussi jugé qu’il était temps de procéder à un examen « complet » de son vaste portefeuille pour déterminer, parmi ses 2 000 marques, lesquelles sont les « piliers de sa croissance future » et celles qui doivent être vendues. Il l’a néanmoins appelé à garder un œil sur des acquisitions ciblées de produits à fort potentiel de croissance. « Il est également temps pour Nestlé de vendre sa participation dans L’Oréal », a jugé Third Point, pointant que ses 23 % dans le capital du groupe français de cosmétiques valent quelque 25 milliards de dollars (22 milliards d’euros).

Investir seulement sur des produits en forte croissance

Le lendemain de la prise de parole de Third Point, Nestlé a répondu, en présentant officiellement une nouvelle stratégie, reprenant certaines des exigences du fonds. « L’entreprise fait évoluer son modèle de création de valeur basé sur la croissance profitable, l’amélioration des marges et la rentabilité du capital », explique-t-elle, faisant référence à l’analyse complète de la structure de capital de l’entreprise et de ses priorités lancée début 2017. Sa stratégie financière « vise à obtenir un juste équilibre entre la croissance du bénéfice par action, un rendement compétitif pour les actionnaires, de la flexibilité pour la croissance externe et l’accès aux marchés financiers ».

Concrètement, Third Point obtient gain de cause sur plusieurs points : Nestlé va mener un programme de rachat d’actions pour 20 milliards de francs suisses (17,6 milliards d’euros), ce qui permettra de créer de la valeur pour les actionnaires. Ce programme, qui se terminera fin juin 2020, s’effectue dans « un contexte des faibles taux d’intérêt et de forte génération de cash-flow », note Nestlé. L’entreprise va concentrer désormais ses investissements sur certains secteurs : le café, les produits pour animaux de compagnie, la nutrition infantile et l’eau embouteillée, de même que sur l’extension de sa présence dans les marchés géographiques de forte croissance. La cession des confiseries aux États-Unis et l’acquisition d’une part de Freshly en sont l’illustration.

Dans les prochains mois, Nestlé va donc racheter ses actions, surtout en 2019 et 2020, et poursuivre ses acquisitions. Mais seulement en faveur des « activités qui engendreront des rendements attrayants et qui se baseront sur les positions de leader de l’entreprise » dans les aliments et les boissons en croissance rapide. Le « shopping » de Nestlé vient de commencer. Après le restaurateur à domicile Freshly, reste à savoir quelle sera sa prochaine cible.