Abonné

Boulangerie / Investissement Neuhauser multiplie les investissements

- - 7 min

Rares sont aujourd’hui les entreprises qui peuvent se permettre de beaucoup investir. Neuhauser, dont le chiffre d’affaires s’est établi à 300 millions d’euros l’an passé (+ 13 %) en fait partie : ce spécialiste de la boulangerie et de la viennoiserie industrielles vient d’investir 34 millions d’euros dans la construction d’une usine de pains et viennoiseries à Maubeuge (Nord) et va investir plus de 6 millions d’euros pour rajouter une ligne de production dans son usine basée près de Lisbonne au Portugal. Cette année, malgré un premier trimestre difficile, Neuhauser prévoit également d’investir 15 millions d’euros pour construire une nouvelle usine à Saint-Quentin (Aisne), et une opération de croissance externe devrait être finalisée d’ici peu. Selon Laurent Bour, p.d-g de Neuhauser International, la réussite de l’entreprise est due à plusieurs facteurs. Premier atout : Neuhauser n’a pas de marques propres et profite donc totalement de l’essor des MDD. Sa présence internationale est également un atout important : Neuhauser réalise 50 % de son chiffre d’affaires à l’export. Enfin, l’actionnariat stable de l’entreprise, contrôlée par Alfred Neuhauser, lui permet de ne pas être constamment sous pression et de travailler sur le long terme.

Neuhauser, spécialiste de la boulangerie et de la viennoiserie, est très actif en ce moment, malgré la conjoncture. L’entreprise lorraine vient d’investir 34 millions d’euros dans la construction d’une usine de pains et viennoiseries qui emploie une quarantaine de personnes à Maubeuge (Nord) sur 14 000 m 2. L’usine est dotée de trois lignes de production déjà opérationnelles : une ligne pour les pains rustiques précuits sur pierre, une pour les pains crus et précuits sur filet, et une ligne de viennoiseries prêtes à cuire. Neuhauser détenait déjà une usine à Maubeuge : l’ex unité de Délices de la Tour, rachetée en juillet 2007 et qui emploie 120 salariés. La nouvelle usine de Maubeuge a une capacité de production de 3000 tonnes par mois. Au total, elle devrait produire 75 millions de baguettes et 200 millions de croissants cette année. « La construction de cette nouvelle usine était indispensable car les deux lignes de production de pains précuits sur pierre de l’ancienne usine de Délices de la Tour ne suffisaient plus », nous explique Laurent Bour, p.d-g de Neuhauser International. « Et il fallait que nous soyons plus performants sur les viennoiseries prêtes à cuire, qui constituent le segment le plus dynamique aujourd’hui, car elles permettent aux restaurateurs de gagner beaucoup de temps », précise t-il. Au moment du rachat de l’usine de Délices de la Tour, Rémy Lack, p.d-g de Neuhauser, s’était engagé à ne pas supprimer d’emplois. L’entreprise a finalement ajouté une ligne de plus en décembre dernier et les emplois sont passés de 80 à 120 en quelques mois, auxquels s’ajoutent les 70 salariés du nouveau site ! En cette période de crise, nul doute que beaucoup de villes aimeraient voir débarquer Neuhauser dans leur zone industrielle…

Nouvelle usine à Saint-Quentin

Neuhauser ne compte pas s’arrêter là. Fin 2009, le groupe va ouvrir une nouvelle usine à Saint-Quentin (dans l’Aisne), pour laquelle il a investi 15 millions d’euros. Cette unité de production emploiera 50 personnes. « Nous pensons qu’il faut continuer à investir en période de crise, quand on a, comme nous, la chance de pouvoir le faire », souligne Laurent Bour. « Il faut continuer à nous développer pour sortir les mieux placés de la crise. C’est dans les périodes où la conjoncture est difficile que nous pouvons creuser l’écart avec nos concurrents et non pas lorsque tout va bien pour tout le monde », poursuit-il, en nous précisant qu’une opération de croissance externe en France devrait être finalisée dans les prochains mois… La France n’est pas la seule à bénéficier du fort dynamisme de Neuhauser : l’entreprise, qui est leader de la boulangerie surgelée au Portugal, s’apprête à investir plus de 6 millions d’euros pour créer une nouvelle ligne de pains rustiques dans son usine près de Lisbonne. Neuhauser détient actuellement 16 unités de production qui emploient un total de 2000 personnes.

Une excellente année 2009

Neuhauser peut se permettre de beaucoup investir, car cette entreprise familiale qui a plus de 100 ans vient de connaître une excellente année. Le groupe a réalisé 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2008, soit une hausse de 13 %. « La croissance de notre chiffre d’affaires est simplement due à la hausse de nos volumes », nous explique Laurent Bour. Effectivement, le groupe a produit l’année dernière 225 800 tonnes de pains, viennoiseries et brioches contre 200 000 tonnes en 2007. Neuhauser doit sa réussite à sa stratégie. La grande majorité des produits de Neuhauser sont vendus en GMS, le reste étant écoulé en RHF et en livraison de détaillants ou grossistes pour artisans. Neuhauser ne vend rien sous marque propre et les consommateurs ne peuvent trouver ses produits dans la grande distribution qu’en MDD ou au « point chaud ». « C’est une bonne stratégie : les MDD et les premiers prix ont explosé ces dernières années », note Laurent Bour, qui remarque que ses concurrents perdent des volumes sous leur marque propre. Neuhauser n’a donc pas pour projet de changer de stratégie et de lancer sa propre marque. Globalement, Neuhauser réalise la moitié de son chiffre d’affaires en MDD, dont 1/3 en brioche. Autre atout : 20 % de son chiffre d’affaires est réalisé dans les points de vente Le Crobag. Cette chaîne de magasins de viennoiseries et sandwichs préparés sur place (du type de La Brioche Dorée) est présente uniquement en Allemagne et y connaît un grand succès. Neuhauser a racheté les 55 magasins Le Crobag il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, 120 magasins Le Crobag sont présents en Allemagne.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« Ce concept marche très bien, nous réfléchissons donc à l’implanter dans d’autres pays », se réjouit Laurent Bour.

Une présence internationale

Autre explication à la réussite de l’entreprise : son positionnement international. Neuhauser réalise 50 % de son chiffre d’affaires à l’export, dans 53 pays. « Si il y a des problèmes en France, nous pouvons toujours nous rabattre sur d’autres pays », se félicite Laurent Bour. A l’avenir, Neuhauser souhaite continuer à s’étendre, pourquoi pas en Chine, même si le manque de fiabilité de ce pays dissuade pour le moment l’entreprise d’y avoir une usine. « Il y a eu récemment trop de risques sanitaires, cela nous a dissuadés de nous implanter là-bas, même si nous avons failli le faire il y a deux ans », indique Laurent Bour, qui poursuit : « De plus, le marché intérieur chinois n’est pas encore assez développé. Et exporter de la Chine vers l’Asie est impossible, à cause de la mauvaise image de ce pays ». Les pains de Neuhauser sont déjà présents dans une bonne partie de l’Asie. Pour la Chine, il faudra donc attendre. « Pour le moment, ça reste un rêve », nous dit le p.d-g de Neuhauser International.

Baisse des ventes ce début d’année

Selon Laurent Bour, la stabilité de l’actionnariat de Neuhauser est également une bonne explication à sa réussite. « Notre actionnariat est stable, nous ne sommes pas sous pression et nos équipes sont très soudées », se réjouit-il. L’actionnaire majoritaire est Alfred Neuhauser, puis suivent les Grands Moulins de Strasbourg, Unigrains et l’IDIA. Toutes ces raisons expliquent donc le succès de Neuhauser, pour qui le sort a été plutôt clément. « Jusqu’à présent, nous avons sans doute eu de la chance, tout simplement », admet Laurent Bour. Neuhauser ne peut toutefois pas faire des miracles : ses ventes ont chuté lors du premier trimestre 2009. « L’année a commencé très difficilement, notamment à l’export, mais cela ne remet aucunement en cause nos projets pour 2009 », conclut-il.