Le ministre de l’Économie et des Finances préparerait un nouveau texte visant à redéfinir les relations entre les distributeurs et leurs fournisseurs qui reviendrait sur la loi Galland. Le fait est que la loi votée en juillet 1996, qui interdit la revente à perte, n’a permis de contenir ni les marges des distributeurs ni les prix de vente publics.
Christian Jacob est le nouveau ministre délégué aux PME, au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et à la consommation depuis le 7 avril. Il remplace à ce poste Renaud Dutreil. De secrétaire d’État à ministre délégué, c’est une promotion mais c’est Nicolas Sarkozy, le nouveau ministre de l’Économie et des Finances qui a le premier pris la parole. Nicolas Sarkozy s’est, le 8 avril, déclaré «passionné» par la campagne de Michel-Edouard Leclerc sur la loi Galland lancée en février dernier et le problème des prix dans la grande distribution, sur la chaîne de télévision TF1. «Je veux voir clair là-dedans», a ajouté le ministre. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, avait également souligné dans son discours de politique générale qu’il comptait lutter contre les «marges excessives».
L’on se permettra néanmoins de douter que le nouveau ministre des Finances puisse se livrer à sa nouvelle passion, d’autant plus que celle-ci risque de se révéler dévorante. Mais comme plusieurs de ses prédécesseurs, Marilyse Lebranchu, François Patriat, Christian Pierret, Renaud Dutreil, depuis le vote de la loi sur les nouvelles régulations économiques, se sont essayés à la tâche et ont échoué, le problème prend un caractère de nouveau défi. Par quel coup d’épée faudra-t-il trancher ce nœud ? Un texte serait déjà prêt à Bercy, croit savoir l’Agence France Presse. Un nouveau texte, donc, après la circulaire Dutreil, la loi NRE et la loi Galland.
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REVENTE À PERTE
Les marges arrière représentent, comme leur nom l’indique peu ou prou, la façon dont les distributeurs réalisent leur marge depuis le vote de la loi Galland, en juillet 1996. Ces marges n’ont cessé d’augmenter pour atteindre des niveaux variables selon les produits mais qui peuvent atteindre la moitié du prix affiché. Également connues sous le vocable de «coopération commerciale», elles correspondent en principe à la rémunération de services offerts par les distributeurs (mise en avant en tête de gondole, présentation en catalogue, etc.) mais pas toujours… L’interdiction de la revente à perte et l’instauration par la loi Galland d’un seuil de revente à perte (SRP) a permis aux industriels de pratiquer une politique commerciale plus cohérente en leur offrant l’opportunité de quasiment fixer leur prix de vente public. Rendue responsable de l’inflation, notamment par Michel-Edouard Leclerc dans sa campagne de février dernier, la loi Galland a également offert l’opportunité aux distributeurs d’engranger des marges confortables, ce qui permet à Yves Galland de défendre sa loi et de relever que les distributeurs, dont Michel-Edouard Leclerc, profitent «énormément» de la loi. «Il est absolument extravagant de voir Michel-Edouard Leclerc se poser en victime de ce système dont il profite énormément, et ses adhérents avec lui», a déclaré l’ancien ministre délégué aux Finances et au Commerce extérieur (1995-1997). Pour être juste, précisons que Michel-Edouard Leclerc ne se pose pas en victime — les victimes seraient plutôt les consommateurs —, il stipule en revanche que sans la loi, il pourrait vendre «encore moins cher». Quant aux autres distributeurs, tous ne se sont pas exprimés sur le sujet. Une chose est sûre, Daniel Bernard est contre la loi. Mais du côté de Système U, Yves Bartholomé, son président, est favorable à la réforme de la loi. Le groupement d’indépendants soulignait récemment avoir baissé de 7% les prix de ses MDD, par rapport à «l’avant l’euro». Il estime que l’on peut vendre moins cher et offrir une «réponse à l’inflation des prix des marques nationales».
Le fait est que la marge de manœuvre des distributeurs est tout de même réduite. Alors que les deux-tiers des Français sont clients des magasins maxidiscomptes et que ce segment de marché a déjà atteint 12 % de part du marché des produits de grande consommation (TNS Secodip), les distributeurs « traditionnels » limitent leur offres promotionnelles à quelques références. Certes, l’offensive publicitaire et la guerre des prix à laquelle se livrent les trois grands de la distribution française, Carrefour, Leclerc, Auchan, a quitté le terrain des MDD pour le territoire des marques nationales, mais que représentent 25 ou même 100 références? Leclerc et Auchan offrent des rabais sur 100 produits de grandes marques nationales (-20% pour les Centres E.Leclerc, du 24 mars au 24 avril, -25% pour Auchan, jusqu’au 5 juin). Quant à Carrefour, son offre est intervenue la dernière et ne concerne que 25 produits, avec -25% à compter du 14 avril. De la même façon que la loi Galland a «généré» les marges arrière, l’inflation conjuguée des SRP et des marges arrière a favorisé l’essor du maxidiscompte. L’ensemble des observateurs excluent a priori une situation « à l’allemande », où le maxidiscompte représente désormais la moitié du marché, mais a posteriori? Une situation où tout le monde est censé trouver son avantage, au dire des uns et des autres, pourrait bien se transformer en un état où personne n’y trouve plus son intérêt.