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Vin Nombreuses réactions négatives au projet de réforme de OCM

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Le projet de réforme de l’organisation commune de marché du vin adopté le 22 juin par la Commission européenne (1) suscite de nombreuses réactions négatives dans les milieux politiques et professionnels européens. La brutalité des propositions en matière d’arrachage est dénoncée avec vigueur. Quant aux suggestions sur l’étiquetage et les pratiques œnologiques, elles sont considérées comme démesurément libérales. Le commerce, en revanche, se félicite des orientations retenues par Bruxelles pour rééquilibrer l’offre et la demande.

Les organisations agricoles et coopératives de l’UE, le Copa et la Cogeca, se disent « profondément déçues par les options de réforme retenues ». Selon elles, l’arrachage massif de vignobles prévu par la Commission « risque de déstabiliser plusieurs régions viticoles de l’UE » et « de créer des problèmes environnementaux ». Ces deux organisations craignent aussi que la diminution de la production de vin dans l’UE qui en résulterait ne soit rapidement remplacée par des importations de vins en provenance des pays tiers.

Le Copa et la Cogeca s’opposent fortement à la vinification des moûts provenant des pays tiers et au mélange des vins européens avec des vins issus des pays tiers.

Des propositions « à côté de la plaque » pour Dominique Bussereau

Pour le ministre français de l’Agriculture, Dominique Bussereau, « les propositions de la Commission sont à côté de la plaque et la France avec les grands pays viticoles de l’UE va mettre tout son poids pour qu’elles soient modifiées ». Selon lui, le projet est basé sur une analyse erronée de la situation du marché. Depuis plusieurs semaines déjà, l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal avaient dénoncé un projet « mauvais », trop empreint de libéralisme et influencé par les pratiques américaines.

Le gouvernement français, soutenu par l’ensemble des organisations professionnelles et des syndicats agricoles français, conteste également « la libéralisation des droits de plantation » qui, selon lui, serait une erreur majeure alors que le marché souffre déjà d’une surproduction européenne et mondiale.

Manque de dynamisme et incohérence pour la Cnaoc et la Federdoc

Les deux plus importantes organisations européennes de producteurs de vins d’appellation d’origine contrôlée, la Cnaoc en France et la Federdoc en Italie, regrettent l’incohérence et le manque de dynamisme des propositions de la Commission. Cette dernière souhaite renforcer la réputation des AOC, tout en prônant une déréglementation tant en matière d’étiquetage qu’en ce qui concerne les pratiques œnologiques. Elle propose de limiter la production dans l’UE via l’arrachage tout en autorisant le coupage des vins communautaires avec des vins de pays tiers et la vinification des moûts importés sur le territoire européen, soulignent-elles.

« Il est primordial de maintenir des moyens de différenciation entre les vins de table et les AOC. À défaut, on risque de créer plus de confusion pour le consommateur qui ne fera plus la différence entre les vins, mais aussi de fragiliser les efforts qualitatifs des producteurs de vins à indication géographique », a souligné Ricardo Ricci Curbastro, président de la Federdoc.

« Pour permettre à l’offre européenne d’être compétitive, il faut bien plus qu’un plan social comprenant l’arrachage de 400 000 ha et un budget de 2,4 milliards d’euros sur 5 ans comme le propose la Commission. Il faut mobiliser l’essentiel des moyens vers la promotion et la commercialisation pour valoriser les vins européens, comme nous le réclamons depuis longtemps », a déclaré pour sa part Christian Paly, président de la Cnaoc.

« À travers la réforme, il est indispensable de préserver l’authenticité des vins qui est la source même des atouts de notre viticulture. Il faut surtout donner au secteur vitivinicole européen les moyens de séduire de nouveaux consommateurs, notamment ceux des marchés en développement, à travers une politique ambitieuse et cohérente. Ceci passe par un appui fort à la promotion des vins de qualité et davantage de cohérence en matière d’étiquetage », ont conclu les présidents de ces deux organisations.

Sortir de la crise sans sacrifier nos atouts, indique l’Arev

L’Assemblée des régions européennes viticoles (Arev) a émis de sérieuses réserves sur ce projet. Mis à part le maintien de la spécificité de l’OCM vin, du budget global alloué, de la restructuration qualitative et l’introduction d’une certaine subsidiarité dans le financement des mesures, l’AREV regrette que les autres orientations majeures recommandées instamment par les associations représentatives du secteur lors du séminaire organisé le 16 février dernier par la Commission ne se retrouvent pas ou insuffisamment dans ce projet.

Si elle convient que la description de la situation actuelle reflète la réalité du secteur en crise dans de nombreuses régions d’Europe et que les objectifs de la réforme sont fort louables, cette organisation doute que les mesures drastiques préconisées, parfois contradictoires, comme l’arrachage massif en Europe, parallèlement à l’ouverture du marché aux moûts des pays tiers et la libéralisation à terme des plantations, soient la panacée.

Prônant la recherche de l’équilibre du marché, région par région, à travers la discipline en matière de rendements et de véritables efforts de promotion, l’Arev se montre en revanche très réservée sur la simplification des catégories de vin et la dilution des pratiques œnologiques.

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Le président de l’Arev, Luis Durnwalder, en appelle à une rapide concertation, dans un esprit constructif, entre les représentants politiques et professionnels des quelque 65 régions européennes membres et à l’élaboration de contre-propositions, qui seront adoptées fin juillet.

Le commerce et l’industrie satisfaits

Pour l’industrie et le commerce européens des vins (CEEV), cette réforme est une opportunité unique pour reconstruire la compétitivité du secteur européen des vins dans un contexte international de plus en plus ardu. Le CEEV partage la philosophie qui inspire ce projet, lequel permettra au secteur d’être plus en adéquation avec les évolutions des marchés. Selon le CEEV, ce projet met en évidence l’inadéquation des mesures actuelles de gestion de marché par rapport aux objectifs qui leur étaient fixés et aux coûts considérables qu’elles représentent, ces mesures ne faisant que retarder les adaptations nécessaires des productions en quantité et en qualité, pour mieux répondre aux attentes des marchés.

Le CEEV estime nécessaire de simplifier la segmentation des produits pour consolider le système des vins à appellation d’origine, tout en permettant une plus grande flexibilité pour les autres vins, en ouvrant la possibilité d’indiquer cépages et/ou millésimes pour tous.

S’agissant de l’utilisation d’alcool viticole pour certains produits vitivinicoles (vins de liqueur, brandies), elle constitue, selon le CEEV, un débouché important et stable et joue de facto un rôle régulateur. Le CEEV réclame, par ailleurs, de mettre un terme, à partir de 2010, à l’interdiction totale de plantations nouvelles

Les régions françaises s’opposent aux propositions de l’UE

Les régions viticoles françaises ont unanimement critiqué les propositions de la Commission européenne. Réactions.

* Le président de l’interprofession des AOC Côtes-du-Rhône et vallée du Rhône, Michel Bernard a déclaré, pour ce qui est des mesures d’arrachage : « J’aimerais que dans ce projet de réforme il y ait un peu moins d’aides pour mettre les gens en pré-retraite et un peu plus d’aides, mieux ciblées, pour conquérir des marchés à l’international».

* « Ici, on arrache et nos concurrents replantent, ça ne va pas», a indiqué Denis Verdier, président de CCVF et des caves coopératives du Gard. Pour lui, l’arrachage « doit permettre une sortie honorable à certains vignerons mais n’est pas une fin en soi » et doit s’accompagner d’une « politique dynamique de conquête de parts de marché»..

* La Confédération des associations viticoles de Bourgogne (CAVB) a estimé que le projet était un « projet de perdant ». « Son orientation générale est celle du déclin, au point que l’on se demande s’il y a une vraie politique européenne», a déclaré Guillaume Willette, délégué général de la CAVB.

* Le président du conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) Christian Delpeuch a estimé qu’on ne devait pas « traiter toutes les régions viticoles de la même façon » en cas d’arrachage massif. « Par contre, sur la distillation, je suis effectivement pour le fait d’arrêter les aides parce qu’il est hors de question de continuer à produire des produits qui ne sont pas adaptés », a-t-il ajouté.

* Le vice-président de l’Interbeaujolais, Ghislain de Longevialle, a déclaré : « Il faut des mesures offensives pour garder les marchés actuels et conquérir les marchés de demain». Selon lui, les mesures d’arrachage proposées par l’UE ne peuvent pas à elles seules résoudre la crise viticole.