En ce début de présidence allemande de l’UE, Agra alimentation a interrogé Daniela Israelachvili, directrice générale de la CIAA, sur ce que son organisation attend de l’Europe dans le domaine agroalimentaire.
Agra alimentation : Quelles sont les priorités des priorités de la CIAA durant ce semestre de présidence allemande ?
Daniela Israelachvili : Vu la conjoncture dans laquelle nous sommes aujourd’hui je vois trois grandes priorités pour nous : d’abord la poursuite des discussions sur une meilleure réglementation communautaire dans le domaine agroalimentaire (better regulation). Ensuite les débats sur la nutrition et les problèmes de l’obésité et enfin la relance des négociations de l’OMC.
Quant à vos préoccupations concernant les discussions sur la « better regulation » ?
Nous fondons beaucoup d’espoirs sur la présidence allemande même si six mois ne sont pas suffisants pour le faire. D’une part parce que la chancelière allemande Angela Merkel y a fait allusion plusieurs fois. D’autre part cela a été confirmé par des déclarations du commissaire européen allemand Günter Verheugen (Entreprises et industrie) qui lui aussi attend beaucoup de progrès dans ce dossier. Politiquement nous misons beaucoup en ce domaine sur les efforts de la présidence allemande. Cela étant, à la CIAA nous faisons attention car, pour nous, « better regulation » ne signifie pas nécessairement « pas de réglementation » ! Nous sommes pour une législation communautaire à condition que celle-ci soit appliquée d’une manière uniforme et que nous ne risquions pas de nous retrouver face à chaque Etat membre qui a sa propre réglementation. Nous lançons un appel à la Commission européenne pour qu’elle veille à ce que le Marché intérieur puisse vraiment exister et se développer.
« Donnez-nous le temps de faire nos preuves »
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Qu’attendez-vous de votre seconde priorité qui porte sur le débat nutrition/obésité ?
Comme vous le savez, nous nous sommes mobilisés sur une série d’engagements concrets concernant ce problème notamment en matière d’étiquetage volontaire et selon une démarche autorégulatrice qui à nos yeux permet d’atteindre aussi bien du côté des consommateurs que du côté des opérateurs industriels des résultats concrets plus rapides que si l’on a recours à des voies législatives. Nous comptons là aussi sur la présidence allemande dans la mesure où en Allemagne les autorités nationales ont une bonne approche qui englobe tous les styles de vie et pas seulement le régime alimentaire. A ce propos nous lançons à la Commission un avertissement : donnez-nous le temps de faire nos preuves ! je m’explique : nous serions très déçus si en mars prochain (au moment où la Commission fera une première évaluation de la Plate-forme technologique Food for Life) Récemment, Agra alimentation (n° 1948 du 02.11.06, p.15) avait attiré l’attention sur le maigre résultat récolté par la CIAA de la consultation en ligne que celle-ci a organisée depuis le mois d’août 2006 dans le cadre de son initiative “ Plate-forme technologique européenne Food for Life (De la nourriture pour la Vie). Seulement une vingtaine de sociétés avaient dûment complété le questionnaire et la CIAA a dû lancer une nouvelle campagne en insistant sur l’importance de remplir le sondage. A l’aide de ces réponses les experts de la CIAA comptent élaborer un Agenda Stratégique de Recherche (ASR) sur les aliments dans le courant du mois d’avril 2007. L’objectif de cet Agenda est d’identifier les défis pour l’industrie agroalimentaire dans le futur et de stimuler les efforts de recherche et d'innovation dans l'industrie agroalimentaire, afin de renforcer le potentiel économique de ce secteur et d'améliorer la qualité des produits proposés aux consommateurs européens. la Commission devait nous dire : « La couverture géographique de cette Plate-forme n’est pas suffisante et il n’y a pas suffisamment de résultats à en tirer. Nous allons donc reprendre la voie législative… ». Nous ne sommes qu’à mi-chemin des échéances quand même !
En quoi, s'agissant de votre troisième priorité, le surplace des négociations à l’OMC vous inquiète-t-il ?
Nous avons assez exprimé notre déception quand les négociations de l’OMC ont été interrompues. Mais nous avons toujours dit dans le même temps que les offres répétées de l’Union européenne en matière agricole sont suffisantes et qu’il ne faut pas aller au-delà. Nous avons à cette occasion lancé un appel aux Etats-Unis pour qu’ils fassent des pas similaires en direction de leur partenaire européen. Nous considérons qu’aujourd’hui c’est vraiment le moment opportun de relancer ces négociations ; autrement, nous risquons de nous retrouver en pleine période électorale dans certains Etats, ce qui risque d’aggraver encore les choses et de reporter ces négociations à dans 3 ou 4 ans. Nous lançons donc un « oui politique » pour la relance et la conclusion de ces négociations mais pas à n’importe quel prix !