Le 13 janvier, le tribunal de grande instance de Nantes a mis en délibéré la décision d’expulsion de quatre agriculteurs et onze familles de la zone du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes au 25 janvier. Aéroports du Grand Ouest demande l’expulsion immédiate, assortie d’une astreinte journalière de 200 à 1 000 euros selon les cas.
« On s’est installés ici il y a une quinzaine d’années car les bocages et le maillage des parcelles nous plaisaient », raconte Marcel Thebault, éleveur laitier à Notre-Dame-des-Landes dans les Pays de la Loire. Le 13 janvier, il faisait partie des quatre agriculteurs appelés à comparaître devant le juge des expulsions à Nantes. Après quatre heures d’audience, la décision d’expulsion des onze familles et quatre agriculteurs de la zone où doit être construit l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été mise en délibéré au 25 janvier. Aéroports du Grand Ouest (AGO), concessionnaire du site, réclame l’expulsion immédiate, assortie d’une astreinte journalière de 200 à 1 000 euros si les concernés n’obtempèrent pas. Les derniers opposants ont refusé de vendre leurs terres à l’amiable à AGO, comme l’ont déjà fait 244 autres personnes depuis 2008. Ils ont aussi refusé le versement des indemnités d’expulsion qui sont donc consignées à la Caisse des dépôts et consignations depuis le 30 octobre. Selon le Code de l’expropriation, les derniers habitants de la zone ont alors un délai d’un mois pour quitter les lieux.
Vision agricole commune
Face à cette menace d’expulsion, Marcel Thebault et sa femme, chef d’exploitation, restent sur leur ferme. Mais jusqu’à quand ? L’éleveur explique que si l’astreinte journalière entre en vigueur, ils ne pourront pas rester éternellement. « Financièrement, c’est intenable », souffle-t-il. Le projet d’aéroport empiète sur une partie « seulement » de leurs terres, mais c’est suffisant pour compromettre leurs activités agricoles. « Nos voisins immédiats sont des paysans, ils sont aussi restés. D’autres sont partis dès que Vinci a voulu racheter », se rappelle-t-il. Les agriculteurs qui ont rapidement cédé leurs terres étaient proches de la retraite et ont cessé leurs activités. « Contrairement à ce qui a pu être dit, ce n’est pas quatre agriculteurs qui font chier […] c’est une question qui tient à la gorge tous les agriculteurs de Loire-Atlantique », assure le paysan à la sortie de l’audience. La Confédération paysanne a réitéré son soutien aux agriculteurs dans un communiqué, le 12 janvier. Quant à la FNSEA 44, elle avait réaffirmé en juin dernier son opposition au projet d’aéroport, « fortement consommateur de foncier agricole ». L’artificialisation des terres est une plaie pour tous les agriculteurs (1). La famille Thebault est à la tête d’un élevage de 35 vaches laitières. Chaque année, le couple d’éleveurs produit 315 000 litres de lait pour la coopérative Eurial avec une surface de pâturages d’une cinquantaine d’hectares. Demain, ils quitteront leur ferme, même si une partie de leur exploitation n’est pas menacée. « Nous ne resterons pas. Hors de questions de voir les bulldozers raser ce que nous avons construit », soupire Marcel Thebault, « nous nous installerons ailleurs ». Jusqu’à quand ?
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(1) Lire « L’artificialisation des sols, plus modérée, touche les terres agricoles dans 87 % des cas » dans Agra Presse Hebdo du 8 janvier 2016
Entre 1981 et 2012, les terres agricoles des Pays de la Loire ont diminué de 8,6 % (source : Agreste).