Pour le président de la CGB, les betteraviers contribuent fortement à l’amélioration de la compétitivité de la filière. Il explique les dispositifs qui ont été mis en place pour négocier les évolutions de prix au sein des entreprises, mais se montre vigilant sur l’avenir, en raison notamment des cours déprimés du sucre.
La Commission européenne met fin aux quotas sucriers au 1er octobre 2017. Quelle sécurité apportaient ces quotas aux betteraviers ?
Le régime de quota, avec ses droits de production et son prix minimum garanti de la betterave (prix de référence : 404 €/t de sucre), était un formidable rempart contre la volatilité. De plus, depuis 2006, les planteurs bénéficiaient d’une clause de répartition de la valeur inscrite dans l’OCM et décliné dans l’accord interprofessionnel. Le principe de cette négociation collective nationale était le suivant : à partir d’un prix européen du sucre de 454 €/t, les montants supplémentaires étaient répartis à 60 % pour le fabricant et à 40 % pour les planteurs. Ce dispositif a permis aux planteurs de tirer profit des périodes de prix élevés que nous avons connues au début des années 2010.
Le grand concurrent du sucre européen, c’est le Brésil. La filière française est-elle compétitive face aux Brésiliens ?
Les Européens ne sont pas encore au niveau de compétitivité des Brésiliens parce que le modèle sucre de canne/éthanol avec utilisation de la bagasse comme source énergie n’est pas le même modèle que celui du sucre de betterave. Pour autant, cet écart s’est considérablement réduit avec le temps. Si l’écart est encore de 20 à 30 % aujourd’hui, les coûts européens étaient trois fois plus élevés que ceux des Brésiliens il y a dix ans. La filière, tant du côté des planteurs que des industriels, n’est pas restée les deux pieds dans le même sabot. Nous avons toujours cherché la performance.
Au niveau de la production de la betterave, comment avez-vous amélioré la compétitivité ?
Améliorer la compétitivité tout au long de la filière : c’est bien cela l’enjeu pour pouvoir affronter le marché mondial. Et les planteurs prennent leur part. L’ITB accompagne les planteurs pour mieux maîtriser les coûts de production, notamment au niveau des itinéraires techniques. Par ailleurs, la betterave bénéficie d’un gain de rendement régulier. Depuis les années 70, le rendement augmente chaque année de 1,1 t/ha de betterave à 16°S. Dans le même temps, les planteurs ont diminué les apports d’azote de 50 % et les produits phyto de 70 %. Pour aller encore plus loin, nous avons lancé, avec l’Inra, l’ITB et Florimond Desprez, le programme Aker. L’objectif est de multiplier par deux le rythme annuel de croissance du rendement tout en réduisant l’impact environnemental.
Quel est le dispositif qui a été mis en place pour négocier le prix de la betterave dans les entreprises sucrières ?
Nous avons tout d’abord travaillé à la réorganisation de l’interprofession et à la signature d’un nouvel accord interprofessionnel qui, à la différence des précédents, ne parle plus de prix de betterave, droit de la concurrence oblige… En revanche, nous avons obtenu de Bruxelles un acte délégué qui autorise de définir des clauses de répartition de la valeur entre les planteurs et l’entreprise portant sur les gains et les pertes enregistrées sur le marché. Cette négociation se fait dans le cadre d’une commission de répartition de la valeur (CRV) où les membres ont été élus par l’ensemble des planteurs.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
C’est vrai dans toutes les entreprises ?
Dans les coopératives, qui assurent 80 % de la production sucrière française, c’est le conseil d’administration qui fait office de CRV et qui assume ce rôle de juste répartition de la valeur. Ce dispositif fonctionne dans les entreprises privées, c’est-à-dire Saint Louis Sucre, Ouvré et Lesaffre. Les commissions de répartition de la valeur sont désormais en place.
Êtes-vous confiant ?
Nous avons travaillé d’arrache-pied pour aborder cette fin des quotas en se dotant de structures interprofessionnelles les plus adaptées possible, mais rien n’est jamais sûr. Le sucre est une matière première très volatile sur les marchés mondiaux. C’est pourquoi la CGB travaille à la création d’un outil de gestion des risques, au travers d’un instrument de stabilisation du revenu (ISR) sectorisé, dans le cadre de l’omnibus financier. Et nous avons d’autres chantiers avec la surtransposition des normes, le glyphosate, les néonicotinoïdes…
Alors que les cours mondiaux sont aujourd’hui très bas, quel est l’état d’esprit des betteraviers ?
Entre optimisme et vigilance. Nous restons optimistes sur la stratégie adoptée d’augmenter les surfaces, de miser sur notre compétitivité, et de regagner des parts de marché à l’export. C’est la seule stratégie possible pour maintenir notre filière française. Et il ne faut pas immédiatement s’affoler car les fondamentaux sont bons. Mais c’est vrai que cela peut un peu secouer pendant les deux ou trois ans à venir. Il nous faudra peut-être nous serrer les coudes pour passer le cap. J’en profite pour demander aux pouvoirs publics de nous accompagner dans cette phase de transition et de préserver la compétitivité de notre filière. Rappelons au passage que nous contribuons à la balance commerciale de la France pour près de 1 milliard d’euros.
Et la CGB, comment accompagne-t-elle ce mouvement et quel va être son rôle ?
Nous avons pris la décision de renforcer notre communication auprès des planteurs, avec une information régulière qui parviendra directement à nos adhérents. Il est essentiel que nous les informions sur l’actualité des marchés et de la filière, mais aussi des études et des actions que mène la CGB. L’expertise de la CGB est reconnue et nous allons encore plus la valoriser auprès de nos adhérents comme des pouvoirs publics, pour expliquer à chacun les opportunités mais aussi les points de vigilance nécessaires. Nous allons aussi les accompagner avec des formations et développer des partenariats pour améliorer encore leur compétitivité.