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Simone Pollano, p.-d.g. Europe de Tevel Aerobotics Technologies « Notre but est d’aboutir à un robot multi-usages »

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Simone Pollano Crédits : © Tevel

La start-up israélienne Tevel présentera son robot cueilleur de pommes au Sival d’Angers dans quelques jours. Elle compte sur l’agilité de ses drones et la haute sélectivité au verger de sa technologie pour développer une flotte commerciale dans l’Hexagone d’ici 2026. En attendant, Tevel améliore sa technologie et construit des partenariats avec des constructeurs de plateformes de récolte. À terme, elle souhaite créer des robots « multi-usages» (pulvérisation, taille, pollinisation...).

Comment fonctionnent les robots volants de Tevel ?

Il s’agit de drones cueilleurs. Les drones sont dotés d’hélices qui tournent en sens horaire et antihoraire pour maintenir leur stabilisation dans les airs. Ils sont équipés d’un bras à ventouse qui fixe le fruit, le décroche par rotation puis le dépose sur le tapis de récolte. Les drones sont connectés à une plateforme de récolte par un câble qui contient trois alimentations : une alimentation électrique pour faire fonctionner le drone, une alimentation pour aspirer la pomme, et une alimentation d’ordinateur qui fait tourner les algorithmes nécessaires à l’exécution de certaines actions par le robot.

Nous pensons avoir un avantage compétitif sur nos concurrents qui ont misé sur un bras robotisé. Le drone est agile car il peut s’approcher du fruit en contournant un obstacle, comme une protubérance de branche, et il peut aussi travailler sur des arbres de différentes hauteurs. De plus, la ventouse permet de récolter avec délicatesse pour ne pas endommager les fruits.

En quoi cela permet-il de faire une récolte sélective ?

Vous pouvez avoir jusqu’à huit drones connectés à une même plateforme, mais chacun est autonome et opère dans un champ visuel défini. Chaque drone est équipé d’une caméra grâce à laquelle il réalise une classification des fruits par couleur, taille, et imperfections. Il leur attribue une note, par exemple sur une échelle de 1 à 5, puis planifie ses missions de vol pour cueillir les fruits désirés.

L’intérêt est de faire une récolte sélective. On peut cueillir les plus beaux fruits au début ou à la fin de la récolte ; on peut les assigner à tel ou tel palox ; on peut les laisser au verger pour être cueillis plus tard par robot, à la main, ou par des producteurs de jus de fruits le cas échéant. La beauté de cette technologie est que vous permettez au producteur d’avoir énormément de données au moment même de la cueille, ce qui lui permet d’adapter sa stratégie.

Quelles sont les implications pour la conduite du verger ?

Le robot peut travailler dans des vergers en 2D (haies fruitières plates, NDLR) ou en 3D (le plus courant en France, NDLR). Nous préférons travailler dans les vergers en 2D, intensifs, où les fruits sont particulièrement visibles car il y a moins de feuillage et de branchages. Si on travaille sur des arbres en 3D, c’est moins productif car les branches ne sont pas alignées et la caméra est moins rapide à percevoir le fruit.

Sur quels marchés êtes-vous présents ?  

Actuellement, nous testons la faisabilité commerciale sur deux exploitations en Italie, et sur deux exploitations aux États-Unis (en Californie et dans l’État de Washington). Ceci est fait avec nos opérateurs qui font fonctionner les robots, mais nous n’avons pas encore de flotte commerciale.

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En France, nous ferons notre première apparition publique au Sival (du 17 au 19 janvier, NDLR) avec le constructeur d’équipement N.Blosi, distribué par Chabas dans l’Hexagone. Nous projetons d’avoir une flotte commerciale en France dans deux ou trois ans. Notre ligne de conduite est d’aller là où le coût de la main-d’œuvre est le plus élevé : en Italie, en France, en Allemagne ou même en Espagne dans les plantations d’orangers.

Quel est votre modèle économique ?

L’expertise de Tevel, c’est la fabrication du drone et la computer vision (vision par ordinateur, NDLR). Nous nous associons avec les entreprises intéressées qui fabriquent des machines pour ramasser et transporter les fruits ou tout équipement pour l’arboriculture fruitière, notamment des ramasseuses automotrices. Dans le business model que nous envisageons, Tevel vend son kit (drone + computer vision) aux fabricants de plateformes de récolte.

Comme pour n’importe quel tracteur ou engin agricole, les négociants ou concessionnaires vendent la technologie aux agriculteurs. Dans ce schéma triangulaire, le producteur est en relation avec Tevel via les services qu’il achète sous forme de solution logicielle (SaaS) basé sur la récolte par tonne de fruit.

Qui sont les producteurs cibles ?

Nous visons les grosses structures de production, comme les coopératives ou les groupements, qui ont une station de conditionnement et fournissent le service de stockage en chambre froide. Nous pensons que certaines pourraient être intéressées pour proposer à leurs membres un service de cueille robotisée. Grâce aux données recueillies pendant la cueillette, on sait exactement les volumes et la qualité récoltés dans chaque verger. Il est donc assez simple de facturer les producteurs au service rendu.

Quelles sont les pistes d’évolution ?

Si notre technologie est très au point pour la pomme grâce aux plantations en haies fruitières plates, nous la testons aussi sur les fruits à noyau (pêche, nectarine, abricot, prune) mais c’est moins avancé car il est plus difficile de trouver les vergers parfaitement adaptés. Nous travaillons aussi à accélérer la rotation du fruit sur la ventouse pour que la caméra puisse identifier plus rapidement les maladies.

Enfin, nous testons des prototypes adaptés au drone pour faire de la pollinisation artificielle sur avocatiers, pour traiter les arbres, les tailler, et aussi pour couper le pédoncule des certains fruits qui ne se décrochent pas comme l’orange ou le kiwi. Nous espérons les homologuer dans quelques années. Notre but est d’aboutir à un robot multi-usages, pour que les producteurs puissent l’utiliser toute l’année et pas seulement pendant les 60 ou 70 jours de récolte.

« Nous préférons travailler dans les vergers en 2D, intensifs »