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Filière avicole « Notre relais de croissance vient du marché national »

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A un mois de la tenue de l’Assemblée Générale de la Fédération des Industries Avicoles, Alain Melot, président de la FIA et de l’Association de promotion de la volaille française (APVF), fait un point pour Agra alimentation sur la situation de la filière. Souhaitant œuvrer pour que la volaille française soit mieux reconnue, il évoque notamment le problème de la traçabilité des produits importés des pays tiers et son désir de voir évoluer la réglementation européenne dans le sens d’une meilleure information du consommateur. Il exprime en outre son inquiétude sur l’avenir des éleveurs et sur la baisse de la production française.

Agra alimentation : La reprise de la consommation de volailles se confirme-t-elle ?

Alain Melot : La consommation a reculé en moyenne de 3%, l’année dernière. Selon les espèces, la baisse est estimée entre 0 et 5%. Nous avons pu constater une accélération des ventes au mois d’avril grâce au beau temps qui a tiré les espèces de volailles à l’exception du lapin qui a été désavantagé par ces températures clémentes. Aujourd’hui, une partie des produits ont repris leur place sur le marché. Je pense notamment au label et à la découpe de poulet. Par contre, la découpe de dinde, la pintade et le poulet entier ne sont pas revenus au niveau de consommation de 2005. Certains consommateurs qui ont abandonné le rayon volailles au moment de la crise n’y sont pas retournés. En outre, certains linéaires restent toujours restreints. A contrario, la consommation en RHD aurait dépassé le niveau d’avant la crise de la grippe aviaire.

Quelles sont les perspectives pour 2007 ?

La production risque d’être insuffisante pour satisfaire la demande de l’aval. Les reproducteurs seront moins nombreux puisque beaucoup ont été abattus pendant la crise. En outre, nous allons nous heurter à une pénurie de mètres carrés puisque certains éleveurs arrivent à l’âge de la retraite ou arrêtent leur activité faute de marges suffisantes. Environ 2 % de la production n’est pas renouvelée chaque année. Et ce pourcentage aura tendance à augmenter rapidement avec la pyramide des âges. Nous estimons que la moitié des éleveurs vont arriver dans les deux ans à l’âge de la retraite sans avoir de repreneur. Si la filière ne leur offre pas la possibilité d’être suffisamment rémunérés, il y aura un problème de production.

Où en êtes-vous des négociations pour revaloriser les tarifs ?

Les discussions sont entamées depuis le mois d’octobre dernier avec nos clients. Face à une hausse des prix de revient d’environ 10%, nous avons demandé une revalorisation de nos tarifs de 6%. Chose qui n’est pas encore faite. Lorsque nous aurons obtenu cette première revalorisation, - nous espérons avant juin -, nous redemanderons une nouvelle hausse d’environ 5% applicable pendant l’été. Les éleveurs pourront ainsi bénéficier d’une partie de ces 5%. S’il ne se passe rien, on devra prendre une position plus affirmée pour que les tarifs soient repensés.

Le niveau de consommation de l’année 2005 peut-il être dépassé ?

Notre volonté reste de dépasser le tonnage de 2005 car, à cette époque, la consommation reculait déjà depuis trois ans après un pic important en 2001, la volaille ayant bénéficié de la baisse de la consommation des autres viandes à cause de l’ESB. Une étude réalisée au début de l’année 2005 montrait la méconnaissance du consommateur vis-à-vis de la volaille. Notre volonté était alors de construire une information transparente et tout à fait objective sur la volaille pour que le consommateur y trouve son intérêt. L’Association de Promotion de la Volaille Française avait été mise en place pour cela. On souhaitait notamment informer le consommateur de la bonne traçabilité de la volaille française. Notre travail a d’ailleurs été mis entre parenthèses depuis juin 2005, au moment de la grippe aviaire, puisqu’il a surtout fallu rassurer le consommateur. Aujourd’hui, nous voulons lui redonner le plaisir de manger de la volaille. Avec un budget qui s’élève à 200 000 euros cette année, l’APVF n’a pas les moyens de faire de la communication grand public. C’est notamment pour cette raison que nous avons demandé à Jean-Pierre Coffe de s’associer à nous.

Vous aviez l’idée de créer une interprofession, notamment pour donner plus de moyens à la filière. Qu’en est-il à ce jour ?

Les premières discussions datent de 2003. A l’heure actuelle, l’interprofession n’a pas abouti. Nous n’avons pas trouvé d’accord définitif avec nos partenaires, chacun ayant son idée sur la façon de créer et de gérer une interprofession. Le chantier reste pourtant toujours d’actualité. En parallèle des organismes appartenant à notre bureau L’APVF est une organisation constituée par des structures professionnelles de la filière : Syndicat national des accouveurs (SNA), Organisation des producteurs dans des syndicats professionnels (CFA) et des structures de production (Anopa), Syndicat national des industries de l’alimentation animale (Snia), Industriels à statut coopératif de l’alimentation animale (Coop de France Nutrition animale), Industriels de la transformation des volailles : Fédération des industries avicoles (FIA) et Cnadev regroupant les plus petites entreprises, Fenscopa pour les entreprises de distribution en gros de volaille, Comité interprofessionnel de la dinde française (Cidef), Comité interprofessionnel de la pintade (CIP), Comité interprofessionnel du canard à rôtir (Cicar), Syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf)., nous souhaitons la création d’un comité poulet avec l’ensemble des moyens de la filière. Le problème reste que l’APVF ne peut pas bénéficier d’une cotisation volontaire obligatoire, lui permettant de gérer un budget pérenne, puisqu’elle n’est pas reconnue en tant qu’interprofession. Le budget de l’association est pour l’instant soumis à la bonne volonté de chacun des adhérents.

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Les yeux rivés sur les pays tiers

A travers l’APVF vous mettez en avant l’origine de la volaille française. Quelles sont vos doléances auprès de la Commission européenne en matière de traçabilité notamment ?

Le consommateur est trompé par la qualité des produits puisque Bruxelles impose des contraintes d’hygiène aux producteurs européens, mais n’impose pas les mêmes contrôles sur les produits importés des pays tiers. En France, nous avons décidé que l’alimentation des animaux soit entièrement végétale, ce qui n’est pas le cas des pays tiers. Or, face à l’absence de réglementation mondiale en la matière, des analyses ont révélé qu’il y avait certains intrants interdits par la réglementation européenne, par exemple les farines animales, notamment dans les produits venant du Brésil. Nous demandons donc expressément que l’origine de la volaille soit notifiée sur les produits et que des analyses sérieuses sur les importations soient relancées.

Nous souhaitons que l’origine géographique du produit puisse être indiquée. Et dans une application qui serait élargie à l’ensemble des produits de volailles. Pour le moment en France, comme dans d’autres pays européens, les produits transformés dans l’Hexagone à partir de découpes étrangères portent tout de même l’origine française. On se bat surtout pour que l’information aux consommateurs sur l’origine de la volaille soit claire et précise, que ce soit pour la volaille fraîche, transformée ou pour les produits élaborés à base de volaille.

Nous souhaiterions d’ailleurs que la notion de « frais » soit également revue au niveau européen. Nous pensons qu’il serait judicieux de mettre en avant une mention « extra frais » pour des produits qui ne dépassent pas neuf jours après l’abattage. Les produits importés sont soit cuits, en provenance de Thaïlande en particulier, soit surgelés quand ils viennent du Brésil. Cependant, les évolutions techniques permettront bientôt à ces pays d’exporter de la « volaille fraîche » en échappant à certaines contraintes réglementaires européennes. C’est pour cette raison que la notion de « frais » devrait être réservée à l’abattage européen. La Commission est d’ailleurs beaucoup plus mesurée sur cette demande. Elle serait plutôt pour indiquer la date d’abattage, preuve de la fraîcheur de la volaille. Mais nous sommes réticents à ce sujet. Le consommateur ne comprendrait pas et la question des DLC dans la gestion des linéaires se poserait.

Envisagez-vous de rendre obligatoire le logo « Volaille française » ?

Le logo « Volaille française » est pour l’instant mis en place par les abattoirs sur la base du volontariat. Il n’est pas reconnu officiellement et il me semble qu’il ne pourrait pas être rendu obligatoire. D’ailleurs, l’Italie qui avait essayé de manière autoritaire cette démarche a été fortement contestée par la Commission. Nous devons convaincre et entraîner les abattoirs dans cette identification de leurs produits. Ce logo reste un moyen pour eux de se différencier des volailles provenant d’autres pays. Les pouvoirs publics ne se sont d’ailleurs pas emparés du dispositif au moment de la crise.

Quel sentiment vous inspire l’augmentation des importations françaises de volaille et la baisse des exportations ?

Il est dommage que dans les négociations parallèles à l’OMC l’Europe ait ouvert largement ses frontières aux importations des pays tiers avec des droits de douane réduits. C’est un vrai problème qui est lié principalement au prix. Les pays tiers produisent moins cher que nous et gardent une volonté de pénétrer le marché européen. La différence de prix se situe environ entre 1,50 et 1,60 euros.

Notre territoire national reste à ce titre primordial. Notre relais de croissance vient du marché national. Notre vrai objectif est de dépasser en 2008 le niveau de ventes atteint en 2005. Pour cela, l’APVF doit communiquer notamment pour rassurer le grand public. Toutes les qualités de la volaille française n’ont pas été assez exploitées. Les pouvoirs publics devraient se battre pour une priorité communautaire. La volaille doit être parfois mieux considérée qu’elle ne l’est. Il me semble que la volaille devrait obtenir plus de soutien de la part des pouvoirs publics.