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Nourrir le monde avec la bio, une question technique et politique

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Deux agronomes américains John P. Reganold et Jonathan M. Wachter, ont publié un article dans Nature Plants sur la place à venir de l’agriculture bio au XXIe siècle. Ils notent que les rendements inférieurs peuvent être en partie imputés au manque de recherche dans cette filière, ou au manque d'infrastructures dans certaines régions. Et la rentabilité constatée exclut souvent la rémunération des externalités positives. En somme, ils rappellent que le développement de la bio est une question très politique.

 

Les archives sont saturées d’études et d’ouvrages qui disent répondre à la question : « L’agriculture bio peut-elle nourrir le monde ? ». Malheureusement, les réponses sont contradictoires. Soucieux de briser cette série maudite, deux agronomes américains ont décidé de faire un « bilan ». Le 2 février, John P. Reganold et Jonathan M. Wachter ont publié l’article « L’agriculture bio dans le XXIe siècle » dans la revue scientifique Nature Plants. « Avec le développement de l’agriculture biologique ces vingt dernières années, des centaines de travaux de recherche comparant les différents aspects des systèmes agricoles bios et conventionnels ont été publiées », lit-on dans l’article. Ils se sont donc attelés à une « méta analyse », c'est-à-dire une analyse de la bibliographie existante sur le sujet.
Qu'observent les scientifiques? En bio, les rendements moyens recensés dans la méta analyse sont inférieurs de 8 à 25 % à ceux de l’agriculture conventionnelle. Néanmoins, les deux Américains rappellent que cela dépend des productions. Ainsi le riz, le soja, le maïs et le trèfle sont les « mieux » lotis en bio par rapport au conventionnel avec des rendements inférieurs « seulement » de 6 à 11 %. Cette comparaison est très défavorable à la bio pour ce qui est des fruits et du blé avec des rendements moindres, respectivement de 28 % et 27 %.

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Mais au delà des rendements, le développement d'une production passe par l'économie (marges, revenus...), rappellent-ils, et l’agriculture bio n’y échappe pas : « Son développement global sera déterminé par ses performances économiques par rapport à celles du conventionnel», rappellent-ils. Les deux scientifiques américains font état d’une seule méta analyse sur le sujet, qui s’appuie sur quarante ans d’études couvrant cinquante-cinq cultures sur cinq continents. Lorsque les prix les plus hauts sont pris en compte, l’agriculture bio apparaît beaucoup plus rentable que le conventionnel. En revanche, si les prix « anormalement » élevés sont retirés du calcul, l’agriculture bio devient « significativement » moins rentable.

« Les performances économiques détermineront le développement de l’agriculture bio. »

Là encore, les agronomes rappellent qu’il faut être plus précis. La prise en compte des externalités (qualité de l’eau, bien-être, biodiversité…) liées à la bio et au conventionnel n'est pas toujours la même. La bio s’en tire beaucoup mieux dans les études qui prennent en compte cela. Par exemple, une étude fait cette comparaison en Nouvelle-Zélande en intégrant les externalités positives ; sur quatorze systèmes comparés, trois d’entre eux sont « significativement » plus rémunérateurs (232 $ha/an) qu’en conventionnel (146 $ha/an). L’évolution de la rémunération de l’agriculture bio est donc une question de technique, mais aussi de politique. Ainsi, les agronomes rappellent que le manque d’investissements publics et privés dans la recherche pour la filière bio explique en partie les moins bons résultats parfois observés par rapport au conventionnel. Par ailleurs, le manque d’infrastructures et de réseaux de transport dans certaines régions du monde ne permet pas aux agriculteurs de valoriser leurs productions bio sur les marchés. Finalement, la simplicité de la question initiale donne lieu à des réponses contradictoires, si tous les éléments ne sont pas pris en compte.