Le producteur de moules et d'huîtres Mytilimer, devenu récemment La Cancalaise, a racheté une douzaine d'entreprises depuis sa création en 2003. Les actionnaires de la société ont renoncé à leurs dividendes et les banquiers ont été associés étroitement au développement. Une des clés du succès de cette société qui revendique une culture de « start-up ».
Mytilimer, qui vient de prendre le nom de La Cancalaise, a connu une croissance spectaculaire depuis sa création en 2003. Comment l'avez-vous financée ?
Mytilimer est parti de rien, si ce n'est la volonté de quelques producteurs de moules et d'huîtres de mettre en commun leurs moyens commerciaux et logistiques pour se concentrer sur leur cœur de métier, l'élevage de moules et d'huîtres. Nous avons enregistré une forte croissance depuis la création puisque notre chiffre d'affaires a atteint 37 millions d'euros en 2015 et dépassera sans doute 40 millions d'euros cette année. Les effectifs ont suivi : nous comptons aujourd'hui 80 salariés et nous atteindrons la centaine fin 2016. Le fondateur, Charles Beaulieu, lui-même producteur, 7 autres producteurs français et moi-même avons pris 9 parts égales de la société. Notre mise de fonds initiale a été modeste, de quelques dizaines de milliers d'euros. On ne peut donc pas dire que le développement ait été financé par l'apport initial de capitaux. En revanche, les actionnaires ont financé la croissance en renonçant pendant 10 ans à la totalité de leurs dividendes. Les bénéfices de La Cancalaise ne sont pas distribués : ils sont soit réinvestis, soit mis en réserve.
Le groupe a grandi par acquisitions. Comment avez-vous pu les réaliser? L'augmentation du chiffre d'affaires du groupe a reposé jusqu'à présent sur des rachats de sociétés couplés à une progression annuelle moyenne de 17% à périmètre constant, hors acquisitions. Nous avons réalisé depuis 2003 une douzaine d'acquisitions, soit une par an en moyenne. Nous avons d'abord intégré des petites structures de commercialisation et de conditionnement de moules et d'huîtres situées un peu partout sur les bassins français. La reprise en 2008 de Trad Océan, numéro deux du secteur, nous a permis de changer de dimension, en devenant numéro un du secteur. Récemment, nous nous sommes diversifiés dans les produits traiteurs de la mer avec La Cancalaise puis dans les produits fumés, avec Les Marches de Bretagne.
Nous avons pu avoir cette croissance soutenue grâce au soutien sans faille de nos banquiers, le Crédit Agricole, Ar-kea et le Crédit maritime. Nous les considérons comme de véritables partenaires et ils participent à ce titre à toutes nos réflexions stratégiques. Leur confiance ne nous a jamais fait défaut, car nous avons toujours tenu nos budgets et nos engagements. Il faut souligner que notre endettement porte sur des échéances assez courtes grâce à une bonne capacité de remboursement, ce qui rassure évidemment les financiers. Le rachat de Trad Océan a ainsi pu être réalisé entièrement grâce à un emprunt de 1,6 million d'euros contracté auprès du Crédit Agricole et d'Arkea.
Aujourd'hui, La Cancalaise entre dans une nouvelle phase, celle de la croissance « interne » panachée avec la croissance « externe ». Pour atteindre cet objectif, il faut accroître la valeur ajoutée de nos produits sans les dénaturer. Nous réfléchissons par exemple à de nouveaux services et à de nouveaux modes de consommation.
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Pensez-vous vous faire accompagner par des investisseurs ?
Non, nous n'avons aucun projet à cejour d'ouvrir le capital à des investisseurs pour financer notre développement, ni d'ouvrir notre tour de table aux actionnaires de sociétés acquises. Nous voulons avoir les coudées franches. En revanche, nous réfléchissons à une évolution des statuts de la société qui est aujourd'hui une SARL.
Pensez-vous avoir un modèle économique particulier pour assurer votre développement?
Nous avons vite trouvé notre rythme de croisière. Les deux premiers exercices ont été déficitaires. Mais dès la quatrième année, nous avons réalisé de bons résultats. En 2015, l'excédent brut d'exploitation a atteint 2 millions d'euros et le free cash flow oscille, selon les années, entre 200 000 et 300 000 euros.
Je pense que notre réussite repose sur une certaine vision de notre métier car nous misons sur la qualité tout en offrant des produits accessibles et disponibles en grande distribution : cette approche reste assez originale. Ensuite, nous avons su redresser et développer les affaires acquises au fil des ans. Ainsi, la société La Cancalaise, dont le groupe porte le nom désormais, réalisait 0,8 million d'euros de chiffre d'affaires en 2013. L'an prochain, elle devrait afficher 2,2 millions d'euros de facturation. Enfin, et peut-être surtout, nous avons une culture d'entreprise dynamique, avec beaucoup de jeunes, en particulier beaucoup d'apprentis : ils représentent près de 10% des effectifs. Nous leur donnons une chance de prendre très tôt des responsabilités, comme j'ai eu moi-même la chance de prendre la direction de la société, à 25 ans, à sa création. A bien des égards, La Cancalaise fonctionne comme une start-up.