Faire baisser les taux d’acrylamide est possible. C’est ce qu’explique Pierre Gondé, président du groupe de travail acrylamide de l’UEITP (Union européenne des industries transformatrices de pomme de terre) en écho à l’annonce par la Commission de la rédaction prochaine d’un Guide de bonnes pratiques destiné à lutter contre cette substance «potentiellement cancérigène» . Pierre Gondé insiste ici sur les efforts faits par les fabricants depuis deux ans.
A.A. Certains industriels disent que pour éliminer l’acrylamide des produits, il n’existe qu’un moyen : arrêter la production. Qu’en pensez-vous ?
Pierre Gondé : Je n’irai pas jusque-là : les moyens de réduire sa présence existent. L’acrylamide est un produit de la réaction de Maillard, réaction de base de la cuisson des aliments et qui le sera toujours. On sait que l’acrylamide chimique, présente dans les matériaux de construction ou la purification de l’eau, est potentiellement cancérigène. Mais rien ne prouve que celle, issue de la réaction de Maillard, le soit également. D’ailleurs, les premières études scientifiques disponibles iraient dans ce sens.
A.A. La substance reste « potentiellement cancérigène », selon les scientifiques. L’industrie a-t-elle réduit les taux d’acrylamide ?
Pierre Gondé : Nous avons réduit de 15% le niveau d’acrylamide dans les produits de type frite. L’industrie des chips l’a réduit de 40% . Tout cela en deux ans. Mais le cas des frites est différent. L’acrylamide ne se forme pas au cours des processus industriels. Elle est essentiellement un produit de la seconde cuisson, à domicile. Pour cette raison, l’UEITP recommande aux fabricants d’inscrire sur leurs emballages des conseils de cuisson qui permettent de réduire la fabrication d’acrylamide : abaisser la température des friteuses à 175°C notamment. Et surtout, il faut inciter les consommateurs à varier leur alimentation.
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A.A. Etes- vous contre une référence claire à l’acrylamide sur les emballages ?
Pierre Gondé : Il est beaucoup trop tôt pour cela. Étiqueter les conditions de cuisson suffit. Nous ne sommes pas l’industrie du tabac ! Les conclusions des toxicologues ne sont pas encore rendues, mais les premières évaluations sont encourageantes. Quelles qu’elles soient, leurs recommandations seront appliquées.
A.A. Que pensez-vous de la mise en place d’un seuil maximal de présence d’acrylamide dans les produits ?
Pierre Gondé : Seule l’Allemagne défend cette position. Elle semble très isolée. Elle ne propose que des valeurs guides qui ne sont pas fondées sur des analyses toxicologiques. Nous sommes prêts à travailler sur un guide de bonne pratique. Par contre, nous sommes opposés à des recommandations formelles et contraignantes.