Abonné

Yannick Jadot, candidat EELV à la présidentielle « Nous devons casser le système des Safer »

- - 6 min

Dans un entretien à Agra Presse le 8 octobre, le récent vainqueur de la primaire écologiste à la présidentielle présente les grandes lignes de son programme agricole.

Entre vos propositions et celles de Delphine Batho, pourquoi l’agriculture a-t-elle pris une place si importante dans les primaires écologistes ?

Mais c’est normal. Nous sommes un grand pays agricole, avec un imaginaire collectif lié à la terre, et aussi le pays de la bonne bouffe ! Et tout en ayant besoin que les gens mangent à leur faim, nous avons aussi des maladies liées à la malbouffe, et des effets de l’agriculture sur l’environnement qui peuvent être très lourds.

Nous sommes d’ailleurs l’un des partis faisant élire le plus de paysans. Rien qu’au niveau européen par exemple, il y a eu bien sûr eu José Bové, mais plus récemment Benoît Biteau et Claude Gruffat.

Quelle place l’agriculture prendra dans votre plan d’investissement de 50 milliards ?

Aujourd’hui, ce sont près de 13 milliards d’euros qui vont chaque année dans les aides publiques agricoles, dont 9 en provenance de la Pac et 3 à 4 milliards d’argent français. Or, depuis vingt ans, nous avons perdu la moitié de notre biodiversité et de nos paysans, 40 % des producteurs qui vivent avec moins de 350 euros par mois, nous assistons à un suicide tous les deux jours et les gens se questionnent sur la qualité de leur alimentation. Reconnaissez qu’avec 13 milliards d’euros, le bilan n’est pas bon.

Concrètement, que contiendra votre programme agricole si vous êtes élu ?

Nous passerons un nouveau contrat avec le monde agricole, car nous ne pourrons pas engager les transitions nécessaires sans les paysans. Il faudra faciliter la transition de la commande publique, et leur assurer une meilleure rémunération, tout en continuant de s’opposer comme je le fais déjà contre les traités de libre-échange. Je suis prêt aussi à discuter du surendettement d’un certain nombre de fermes, en regardant au cas par cas. C’est un piège, et un obstacle très lourd au changement de modèle.

La durabilité passera évidemment aussi par la sortie des pesticides. Nous interdirons le glyphosate, et nous rétablirons l’interdiction des néonicotinoïdes, mais le reste ne pourra pas se faire du jour au lendemain. Il y a un sujet d’accompagnement, de formation. Il faut cependant fixer un cap, et là-dessus je serai intraitable. Ce ne sera pas un cap "pour rigoler" comme celui d’Ecophyto. J’ai négocié le Grenelle de l’environnement, et je sais ce que la FNSEA a réussi à mettre dans la loi pour ne pas mettre en œuvre ce plan.

Sur les traités commerciaux, comment serait-il possible d’avancer plus rapidement ?

Tout simplement en s’opposant à tous les nouveaux traités, que ce soit le Mercosur ou les traités avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Il n’y a aucune raison de faire venir plus de soja, de bioéthanol, de viande bovine ou de poulet sur le marché européen. On reconstruit donc la souveraineté alimentaire, tout en défendant les clauses miroirs, comme nous l’avons fait au niveau européen. C’est impossible d’imposer à nos paysans d’évoluer sur la chimie, l’élevage, ou les antibiotiques, si on importe dans le même temps des denrées brésiliennes qui contiennent des molécules interdites en Europe.

Qu’entendez-vous par « l’élevage industriel », que vous avez plusieurs fois évoqué lors des primaires ?

Ma première mesure sera d’arrêter toute construction ou extension des élevages dans lesquels les animaux ne sont pas en plein air. Et la deuxième chose, ce sera d’arrêter avec les animaux en cage dès 2023. C’est un modèle qui ne correspond plus du tout aux attentes de la société : les consommateurs en sont convaincus, et les éleveurs savent qu’ils doivent avancer sur ce sujet. Nous nous assurerons également de rétablir la légitimité des évaluations en matière de règles environnementales, qui ont été allégées depuis Stéphane Le Foll.

Nous avons un problème sur l’eau, sur les algues vertes, sur les maladies chroniques. La question pourrait être conflictuelle si c’était le coût à payer pour une agriculture en bonne santé, avec des paysans qui gagnent bien leur vie. Mais les producteurs et les consommateurs sont loin d’être les premiers bénéficiaires de ce système absurde. Avec le nouveau contrat que je propose, nous tenterons de rétablir la confiance.

Vous avez fait d’Éric Piolle votre conseiller à la « coalition écologique ». Retiendrez-vous sa proposition de créer 25 000 fermes communales ?

Ce qui est certain, c’est qu’il faut trouver le moyen que les terres soient accessibles. Nous devons casser le système des Safer, et notamment en renouvelant leurs représentants, qui poussent plutôt à la concentration qu’à l’installation de nouveaux arrivants. Ce n’est pas normal que ce système conduise à ce que certains paysans appellent le cannibalisme, et qui est encouragé par les aides du premier pilier. Il faut donc transformer les aides, et c’est le combat que nous menons sur la Pac. Nous le mènerons encore sur les stratégies nationales, dont les échéances tombent en pleine présidentielle, pour mieux valoriser les aides à l’actif.

C’est cela qui permettra d’installer des gens, et d’avoir plus d’intensité en travail dans l’agriculture, sans pour autant revenir à la binette à main. Pour moi, il y a plus d’innovation dans l’agroécologie que chez Monsanto. Dans la connaissance du sol, dans l’observation des cultures et la prévention des sécheresses ou des maladies, mais aussi dans la capacité à échanger sur les solutions d’un bout à l’autre de la planète. Il y a un enjeu de formation, et c’est aussi pour cela que nous avons besoin de temps.

« Il y a plus d’innovation dans l’agroécologie que chez Monsanto »