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J.-M.Sander (Crédit agricole) « Nous devons être non seulement un financeur mais aussi un apporteur de conseil »

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Volatilité des prix et des revenus, augmentation du nombre d’installations hors cadre familial, diversité des modes de commercialisation, besoins de couvertures à terme… le Crédit agricole doit adapter ses offres à une agriculture qui change de profil. « Nous devons être non seulement un financeur mais aussi un apporteur de conseil » affirme Jean-Marie Sander, président de Crédit agricole SA. Dans un contexte difficile pour les activités de banque d’investissement à l’international, les caisses régionales du groupe se sont révélées un pivot de solidité en 2011.

L’élection présidentielle implique-t-elle un enjeu pour une banque comme le Crédit agricole ?
La déclaration de François Hollande au Bourget, lorsqu’il a dit « mon adversaire c’est la finance », m’a profondément choqué. Les banques ont peut-être fait des erreurs dans le passé, mais dire « la finance », c’est oublier qu’il y a en France près de 400 000 personnes qui travaillent dans la banque de proximité, dont près de 100 000 chez nous, au Crédit agricole, qui font très honnêtement leur travail et qui se donnent tous les jours beaucoup de mal pour conseiller leurs clients. Dire « la finance », c’est profondément choquant pour eux. Que l’on fasse une tirade sur la spéculation, les paradis fiscaux, je suis d’accord. Encore faut-il faire la part des choses, autrement les gens mettent tout le monde dans la même catégorie. N’oublions pas que lorsque Airbus vend des avions, ventes dont on est si fiers, il y a des financements qui sont indispensables, des couvertures de taux, de change. C’est de la spéculation, çà ?

Le Crédit agricole avait annoncé l’an dernier dans son projet la volonté de donner la priorité à l’agriculture et à l’agroalimentaire. Comment cela se manifeste-il ?
Le groupe a présenté son projet pour la décennie à venir il y a un an. L’agriculture et l’agroalimentaire figurent parmi nos priorités. Malgré la crise de 2011 et notre plan d’adaptation de décembre, nous maintenons ce cap pour plusieurs raisons. D’abord, parce que c’est notre responsabilité : le Crédit agricole installe 3 jeunes sur 4. Pas moins de 80% des agriculteurs ont le Crédit agricole pour banquier principal. Maintenir ce cap, c’est non seulement être fidèle aux fondements historiques et mutualistes de notre groupe mais c’est aussi avoir la volonté d’être un acteur stratégique d’une réflexion plus large, qui a pour enjeu les équilibres alimentaires et économiques internationaux.

Avec une population qui va connaître de très importants changements…
Le marché des produits agricoles est de moins en moins régulé et connaît de fortes fluctuations des cours des matières premières qui affectent l’ensemble de la filière agro-alimentaire. La prochaine réforme de la Pac va encore modifier les conditions économiques des exploitations. Les entreprises agricoles et agroalimentaires ont besoin d’innover et doivent se préparer à gérer de plus en plus de risques. Des risques de marché et de prix, des aléas climatiques, des crises sanitaires, des exigences environnementales …
Autant de défis à relever, mais aussi, quand on regarde la croissance de la population mondiale et l’évolution des modes de consommation, des opportunités de développement pour les exploitations et pour les entreprises de l’agroalimentaire.
Pour nous, Crédit Agricole, c’est une opportunité d’être fidèles à notre vocation en accompagnant le secteur dans ces mutations. Installer les jeunes, financer les investissements et les projets, assurer les récoltes contre les accidents climatiques, protéger les filières contre les variations de prix, préparer et accompagner les transmissions, accompagner les industries agroalimentaires pour financer leurs investissements ou mettre en place leur stratégie de développement international … : voilà la vocation du Crédit agricole.

Quelle est votre position par rapport à la volatilité des prix des produits agricoles ?
La volatilité des prix, mais aussi la variabilité du coût des intrants, s’est durablement installée et rend l’environnement économique des exploitations et des entreprises incertain avec parfois des effets de ciseaux. Cette volatilité ne peut pas être, la plupart du temps, gérée au niveau de l’agriculteur seul. Les organisations de mise en marché doivent gérer cette volatilité de marché. Notre rôle à nous est d’être parmi les banquiers du premier cercle de l’agriculteur et de l’entreprise : être non seulement un financeur mais aussi un apporteur de conseil, qui accompagne l’entreprise dans ses projets de développement et ses restructurations.

Votre activité dans ces domaines, se porte comment ?
Elle s’est développée à un rythme soutenu, de manière satisfaisante, et avec des risques plutôt faibles. Les crédits à la production agricole ont augmenté de l’ordre de 10% en 2011 et ceux qui sont destinés à l’industrie agroalimentaire et au négoce ont augmenté d’environ 14%. C’est donc un des piliers que les caisses régionales et Crédit agricole SA vont défendre. Dans chacune des caisses, nous avons des spécialistes de ces questions. A nous d’apporter de nouveaux produits, par exemple des produits de couverture par rapport au risque économique des entreprises, des produits contre le risque climatique, etc.

Pour les risques prix, vous avez des produits dans les tuyaux ?
Pour faire face à la volatilité des prix des matières premières agricole, la priorité est de sécuriser l’activité de l’exploitation agricole. Pour ce faire, nous avons adapté notre offre et nous l’avons diversifiée.
Au-delà des produits classiques d’épargne et de crédit, le Crédit agricole développe une offre diversifiée d’assurance, de couverture de prix, autour de plusieurs sphères qui vont du privé (protection de l’agriculteur, de sa famille, de son patrimoine) au domaine professionnel. De ce point de vue, la constitution d’une épargne de précaution est le premier moyen de renforcer leur solvabilité. La constitution de cette réserve de sécurité en cas de coup dur devrait aujourd’hui être un réflexe de base pour les agriculteurs qui en ont les moyens. Il y a une attente de conseil des clients sur le niveau objectif de ce matelas de sécurité et nous devons donner le meilleur conseil. Nous voulons apporter des solutions complètes en assurance agricole. Le Crédit Agricole s’est aussi intéressé très tôt aux outils de couverture des risques de prix, comme les marchés à terme qui doivent permettre aux exploitations agricoles de limiter l’impact de la volatilité en sécurisant leurs marges. Nous continuons à innover pour faire évoluer nos offres et nos conseils et anticiper les besoins de nos clients et les évolutions du contexte économique.

En ce qui concerne les installations hors cadre familial, vous envisagez des produits spécifiques ?
On ne finance pas de la même façon celui qui s’installe en prenant la suite de ses parents et celui qui s’installe sans ce contexte familial. S’il n’a pas de foncier en propriété, ce n’est pas son outil de travail qui peut constituer une caution. Notre offre a été adaptée à ces nouveaux profils, nous avons notamment mis en place une caution mutuelle, la CAMCA JA (1), qui permet de sécuriser ces projets et de donner leur chance à ces jeunes.
Nous sommes très attentifs à la qualité du projet d’installation : nous veillons à ce qu’il soit correctement construit, viable parce qu’adapté aux contraintes de marché et à ses évolutions ; que le producteur par exemple réalise des investissements renforçant sa compétitivité et se couvre contre les aléas de production avec la gamme d’outils que je viens d’évoquer.
Pour cela, on peut compter sur la connaissance qu’ont nos experts du métier d’agriculteur, depuis des décennies, au plus près du terrain. Les agriculteurs savent que c’est là qu’ils vont trouver l’expertise du métier.

Avec la volatilité des revenus, est-ce que le risque crédit a tendance à augmenter ?
Non. D’une part, il est plutôt dans la moyenne de l’ensemble des secteurs, d’autre part il plutôt tendance à diminuer.

Comment le banquier s’adapte-t-il à cette nouvelle agriculture, faite en particulier de plus de volatilité des prix ?
Précisément en développant une palette de produits, dont les couvertures de prix sur les marchés à terme. Cela permet de sécuriser sa marge brute. Aujourd’hui, nous essayons d’être en posture de conseil auprès de l’organisme stockeur ou de l’agriculteur, en proposant une gamme de produits large, qui va de l’épargne de précaution à des produits plus élaborés comme de l’assurance. L’idée, pour les marchés à terme, c’est vraiment d’expliquer qu’il faut rester dans des logiques de couverture et pas des logiques de spéculation. Il va sans dire que les produits ne sont pas les mêmes pour les agriculteurs et les organismes stockeurs.

Le secteur des fruits et légumes est celui qui connaît en ce moment le plus de difficultés. Que peut faire le Crédit agricole pour inciter les producteurs à mieux se regrouper ?
C’est une filière qui est beaucoup trop éparpillée. Les producteurs et les opérateurs sont prêts à s’associer quand cela va très mal, beaucoup moins quand cela va bien. Il y a pourtant des initiatives qui sont intéressantes, il y a de belles réussites, mais pas à assez grande échelle. Il y a place aussi dans certaines régions et certaines productions pour de la vente directe. Dans ma région par exemple, il y a dans presque toutes les communes, des maraîchers qui en font. Et cela marche bien !

(1) CAMCA JA : Caisse d’Assurance Mutuelle du Crédit Agricole – Jeunes Agriculteurs

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