La préoccupation principale de l'Egypte reste de nourrir sa population. Premier importateur mondial de blé, elle cherche aujourd'hui à développer son agriculture de façon plus durable et rentable. En visite à Paris, le nouveau ministre égyptien de l'Agriculture et de la Bonification des terres, également président du CIHEAM, a livré à AgraPresse ses grandes orientations pour les années à venir.
Avec toujours plus de plus de bouches à nourrir, l'Egypte ne sait plus où trouver son pain. C'est d'ailleurs à cause du pain et de son prix qu'a démarré la révolution de 2011. A cette époque encore, le pain était largement subventionné par l'Etat. Aujourd'hui, près de 90 millions d'habitants tentent de manger convenablement, mais 40 % d'entre eux restent pauvres voire très pauvres. Sortir les gens de la pauvreté tout en modernisant l'agriculture, voilà les deux principaux objectifs du ministre de l'Agriculture égyptien, Adel El Beltagy, présent à Paris les 16 et 17 décembre pour le conseil d'administration du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) dont il est le président depuis 2011. A l'occasion de cette visite, il a également été décoré de la médaille du Mérite agricole par le ministre français Stéphane Le Foll.
Des vies tournées vers le Nil
Depuis toujours, le Nil est le principal lieu de vie des Egyptiens. Le pays, vaste d'un million de kilomètres carrés, demeure en grande partie désertique. Aux abords du delta, les petits agriculteurs – appelés Fellahs – se partagent les lopins de terres. Cette agriculture, plutôt intensive, est loin de donner à manger à toute la population. C'est pourquoi l'Egypte continue d'être le premier importateur mondial de blé avec, en moyenne, 10 millions de tonnes importées depuis 2008-2009. La France fait partie de ses fournisseurs. Malgré la qualité reconnue du blé français, son prix reste parfois trop élevé pour les Egyptiens, ce qui les pousse à se tourner vers des marchés de la mer Noire ; récemment les marchés roumains et, principalement, les marchés russes depuis plusieurs années. Le nouveau gouvernement égyptien, nommé en juin 2014 (1), souhaite aussi développer les capacités de production de son pays. Problèmes : l'agriculture intensive appauvrit les sols et la ressource en eau n'est pas immuable. L'objectif est donc de capitaliser sur les jeunes agriculteurs, capables d'apprendre et d'entreprendre. L'Etat les aide notamment à s'installer pendant cinq ans en leur allouant des terres et des soutiens financiers.
L'eau continue d'être un enjeu important dans ce pays désertique. Le ministre veut responsabiliser les populations rurales en leur apprenant à irriguer correctement. Ainsi, les jeunes peuvent se former, ouvrir des petites entreprises et apprendre à leur voisin comment gérer l'eau. Fini l'Etat omniprésent, le ministre de l'Agriculture décrit là son monde idéal. Il y a encore quelques années, l'Egypte subventionnait à très haut niveau le pain ; désormais l'aide est réservée aux « plus pauvres des plus pauvres » grâce à une carte magnétique qui donne accès au fameux pain subventionné. Les agriculteurs sont priés de se tourner vers les marchés extérieurs et de moins en moins compter sur leur gouvernement : « Nous devons orienter les productions vers les marchés, ce n'est plus à l'Etat de le faire », insiste le ministre. Et d'expliquer : « Sur très peu d'hectares disponibles, beaucoup de paysans doivent cohabiter, nous essayons donc de planter une seule culture sur ces parcelles et ainsi permettre aux coopératives de revendre collectivement la production. Il faut une taille critique minimale pour vendre ses productions sur les marchés nationaux, voire internationaux ». Le ministre espère voir son pays devenir avant fin 2017 autosuffisant à 75 % en blé, selon une interview parue dans la presse égyptienne en septembre dernier.
Stocker, produire du lait et développer l'aquaculture
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Le stockage de blé reste également l'un des principaux enjeux du pays. À Damiette, au nord du pays, il est prévu d'engranger 1,5 million de tonnes de blé. À ce jour, « le plan de Damiette est avancé, mais pas terminé », répond partiellement le ministre. Stocker du blé demande beaucoup de logistique et d'intermédiaires, ce qui engendre parfois des vols et de la corruption.
Dans la stratégie gouvernementale, il est aussi question d'attirer de nouvelles entreprises sur le territoire égyptien. Les entreprises françaises sont les bienvenues : « L'Union européenne impose des quotas pour le marché communautaire, ce n'est pas le cas en Egypte », fait remarquer le ministre.
Toujours dans l'idée de nourrir sa population, l'Egypte se tourne vers la production de lait pour répondre aux problèmes de malnutrition. L'entreprise Danone est d'ailleurs déjà présente sur ces terres arides.
Autre activité en pleine expansion : l'aquaculture. Celle-ci se développe de façon exponentielle avec un million de poissons produits chaque année. « Nous voulons donner l'opportunité aux petit pêcheurs d'avoir aussi une ferme aquacole et ainsi leur redonner de la dignité », explique Adel El-Beltagy. A ce jour, la France entretient de bonnes relations avec l'Egypte, le président Abdel Fattah al-Sissi a été reçu en novembre dernier par François Hollande. « Nous sortons d'une période très compliquée, nous voulons remettre le pays sur le bon chemin du développement en retrouvant de la stabilité et de la croissance économique », conclut le ministre.
(1) Le nouveau gouvernement égyptien a été mis en place en juin 2014. Une nouvelle constitution en janvier 2014, puis des élections ont donné le pouvoir à Abdel Fattah al-Sissi.