Abonné

Sandrine Le Feur, députée LREM du Finistèr « Nous devons relocaliser l’alimentation, pas seulement celle des hommes »

- - 4 min

Alors que le président a visité des exploitations agricoles de sa circonscription, Sandrine Le Feur, députée LREM du Finistère, précise dans cet entretien avec Agra Presse sa vision d’une transition environnementale au service d’une autonomie retrouvée. Avec des différences marquées par rapport à son collègue Jean-Baptiste Moreau.

Quelles sont les conséquences, selon vous, du coronavirus dans le secteur agroalimentaire français ?

On voit que les agriculteurs sont remis sur un piedestal, et nous devons en profiter pour redonner tout son sens à notre mission de production. Nous devons relocaliser l’alimentation, pas seulement celle des hommes, mais aussi celles des bêtes.

Sommes-nous capables de nourrir nos vaches, nos volailles, nos porcs, si on ferme les frontières ? Ce sera possible demain, non seulement en luttant contre la déforestation importée, mais surtout avec une agriculture diversifiée, un nombre d’animaux réduit, et en favorisant l’alimentation à l’herbe. Et en arrêtant de nourrir les troupeaux avec des céréales, d’autres surfaces deviendront disponibles pour l’alimentation humaine, qui permettront de renforcer notre autonomie.

La prochaine Pac doit-elle, selon vous, se saisir de ses enjeux ?

On attend beaucoup des aides, mais je ne crois pas que ce soit compliqué de semer de la luzerne, de la féverole, ou du lupin. Je suis très pragmatique, et je le fais sur ma ferme, où j’ai testé beaucoup de choses. J’ai des animaux rustiques, qui valorisent bien l’herbe, et je les vends dans un magasin que nous avons créé avec une trentaine d’autres producteurs.

Vous avez été responsable de la loi Egalim pour la majorité. A-t-on manqué une occasion avec cette loi ?

On n’est pas allé assez loin dans la loi Egalim. Il y a des outils sur le modèle alimentaire ou les protéines, mais ils ne répondent pas au changement global qui est nécessaire, notamment pour réduire les pesticides ou les supprimer.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Finistère
Suivi
Suivre

En termes de modèle économique également, les mentalités doivent changer. À quoi sert-il de produire pour faire des stocks, au risque que les prix s’effondrent ? Il faut peut-être envisager de produire moins, et de produire mieux, en réduisant les charges. C’est la marge brute qui est importante, et il faut que les agriculteurs arrivent à le comprendre.

La suppression des produits phytosanitaires ne risquerait-elle pas de mettre à mal les rendements, et donc notre autonomie ?

Il est très difficile de gérer 200 hectares de ferme sans phytos. La transition supposera d’installer d’autres agriculteurs, et d’avoir des fermes à taille humaine qui permettront ces changements techniques. On ne réduira pas les volumes globaux, mais on les produira différemment.

Attention, je ne dis pas que tout le monde doit avoir une petite ferme, chaque agriculteur fait, bien sûr, ce qu’il veut. Mais on peut encourager le regroupement en Gaec, ou le recours à la main-d’œuvre salariée. Au final, la surface cultivée par personne sera la même.

Comment favoriser la transition que vous encouragez ?

Le travail doit se faire directement sur le terrain, au contact avec les agriculteurs, en imposant des groupes de travail spécifiques dans les chambres. Car aujourd’hui, dans ma région, ce sont les Civam, la Fnab, ou le Cedapa qui accompagnent les producteurs vers le bio ou les circuits courts. Or, ces organisations ne touchent pas les agriculteurs conventionnels, dont les chambres d’agriculture restent les premiers référents.

On attend beaucoup des aides